DE LA FRAUDE DANS LES EXPÉRIENCES D'ECTOPLASME
Il faut toujours, eu expérimentation métapsychique, songer à la fraude. Les autres sciences n'ont pas à souffrir de cette plaie. Elles évoluent paisiblement, en ne connaissant de difficultés que contre les choses, tandis que les savants qui expérimentent avec des médiums sont exposés sans cesse à être ignoblement trahis. De là une tâche très pénible, qui exige une prudente et vigilante attention.
Les difficultés ne sont pas les mêmes pour la métapsychique objective et la métapsychique subjective.
Nous avons vu quelles précautions il faut prendre contre les supercheries, conscientes ou inconscientes, qui rendent l'étude de la cryptesthésie si difficile, contre les erreurs de mémoire, les insuffisances de témoignages, les paramnésies. Nous avons dit qu'il faut toujours se méfier de l'aide qu'involontairement et maladroitement l'expérimentateur lui-même, malgré toute sa bonne foi, apporte au médium. Lorsqu'il s'agit de métapsychique objective, c'est-à-dire de télékinésie et d'ectoplasmie, les précautions à prendre sont tout autres, mais non moindres.
Peu de temps après que les sœurs Fox eurent inauguré le spiritisme, et qu'elles eurent songé tout de suite à tirer profit de leurs facultés médianimiques, partout, mais spécialement eu Amérique, le spiritisme fut considéré par certains individus comme une avantageuse source de bénéfices. Partout la crédulité du public tenta la cupidité des escrocs. Il y eut des séances
publiques payantes, où, côte à côte avec les cirques et les théâtres de prestidigitation, se donnaient des représentations spiritualistes. Des fantômes apparaissaient sur la scène, et, profitant de la naïveté des assistants, descendaient de l'estrade pour se faire reconnaître par quelque malheureuse mère qui croyait retrouver l'enfant qu'elle avait perdu.
Des photographies spirites tinrent boutique; on allait chez tel ou tel photographe qui prenait un cliché, et présentait au client l'image photographique aux traits vaguement indiqués que le client crédule finissait toujours par reconnaître.
Le médium qui avait organisé ces séances pouvait aussi aile?' e?i ville, et, moyennant une forte rétribution, donner des séances. Photographes et médiums, pour mieux attirer la faveur et l'argent du public, avaient la prétention d'être de vrais savants, et même ils poussaient l'astuce jusqu'à immiscer une sorte de vague religion à leurs exhibitions, de sorte que l'ensemble finissait par constituer une véritable profession ; la profession de médium, lucrative parfois, toujours dangereuse, en tout cas déshonorante. Ce qui a permis à ce vilain métier de s'exercer, et au spiritualisme de se développer, c'est que souvent, très souvent môme, ces profes^ sionnels du spiritisme étaient au début doués de quelque réel pouvoir, et que des lambeaux de phénomènes vrais s'accrochaient à leurs pratiques frauduleuses.
Le nombre des adhérents à la doctrine spiriteallaiten croissant. Les journaux se multipliaient, célébrant les exploits des médiums professionnels.
Ces insanités, encouragées par l'aveuglement du public et par la crédulité de quelques savants honorables, entraînèrent une réaction inévitable. Eu Angleterre, et surtout en Amérique, toute une littérature s'est évertuée à démasquer l'étrange naïveté des spirites et la perverse fourberie des médiums professionnels1.
1. Je ne citerai que quelques ouvrages : Abbott, Behirid the science vith médium, Chicago, I'.îOT. — Fu. Podmoiie, Modem spiritualism, an History and a criticism, Londres, Methuen, 1902, 2 vol. — Schekleton, Spookland, a record of Research in the mutch tal/ced realm of mystery. — Caruington, The physical phenomena of spiritualism, Boston, Turner, 1907. — Rainaly, Procès d'un escamoteur, Paris, 1894. — Rem y, Spirites et illusionnistes, Paris, Leclercq,
Morselli cite les écrits des prestidigitateurs professionnels qui ont dévoilé les
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Aussi bien, écœurés par ces faux prodiges, exactement instruits de toutes les machineries dont usaient ces pseudo-médiums, les savants d'Amérique et d'Angleterre se refusèrent-ils obstinément à accepter les faits de mouvement sans contact et de matérialisation. Ce fut presque pour eux un article de foi — aussi aveugle peut-être que la foi des spirites — qu'il n'y avait pas de phénomène matériel.
Malgré les affirmations d'hommes honorables, universellement estimés, comme le juge Edmunds, Dale Owen, et même le grand Russell Wallace, tout f ut impuissant à contre-balancer la nauséeuse impression produite par les professionnels américains.
Même, faut-il le dire, l'admirable œuvre de William Chookes n'amena guère de convictions (1872). Crookes resta un isolé, comme Zôllner. Personne ne voulut croire à ce qu'affirmaient ces deux grands savants. On raconta qu'ils avaient été trompés, illusionnés, qu'ils ne connaissaient rien à la prestidigitation, que par conséquent ils avait été bernés l.
La Société des Recherches psychiques, avec E. Gurney, Myers, H. Sidgwick, Podmore, quand elle s'est constituée, est partie de cet axiome, regardé par elle comme un principe fondamental, qu'il n'y a pas de phénomène matériel, que tout est subjectif. Mais, de 1880 à 1920, les idées ont évolué. H. Sidgwick est mort sans admettre ni la télékiuésie, ni les ectoplasmies. Fr. Myers, au début assez hostile aux matérialisations, a fini par les admettre et croire absolument, résolument, à leur objectivité. Fr. Podmore, à ce qu'il semble, n'a jamais pu se résigner à y croire, tandis que Sir Oliver Lodge, qui n'avait d'abord admis dans toute leur intensité que les phénomènes subjectifs, croit aujourd'hui à la réalité des phénomènes matériels.
Eu Amérique, c'a été d'abord R. HoDGsoNqui, par une singulière évolution, après avoir démasqué habilement dans l'Inde même les fraudes de Mad. Blavatski, a été complètement converti au spiritisme subjectif par ses expériences avec Mad. Piper. Mais, si Hodgson admettait les incarnatious de G. Pelham, il n'admettait
trucs des spirites (médiumnisme et prestidigitation), A. S. P., 1908, XVIII, lo7 (Hopkins, Keller, Snaw, William, etc.).
1. Et moi aussi — pourquoi ne pas l'avouer? — comme Lombroso, comme Morselli, comme Lodge, j'ai pendant longtemps cru que Crookes avait été la victime d'une imposture lamentable.
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nullement les télékiuésies (I'Eusapia. C'est lui qui, étant venu à Cambridge, a soi-disant démasqué Eusapia, alors qu'en réalité il a déplorablement expérimenté, aidant, facilitant, provoquant même les grossières fraudes inconscientes de la malheureuse Eusapia. Hyslop, qui a remplacé Hodgson à la Société américaine des recherches psychiques, n'avait guère admis les matérialisations plus que R. Hodgson.
On comprend un peu ce scepticisme quand ou entend les récits extraordinaires de séances données par certains médiums. Miller, Bailey, Mad. Williams, Eldred, Sambou,A. Hothe, ont été démasqués. Eldred avait un fauteuil dans lequel il amassait tout un attirail d'objetsdivers, propres àdes transformations. LephotographeBouRsnell, quoique ayant pour lui l'autorité de Stead, a été condamné par les tribunaux pour escroquerie, de même que le photographe français, Buguet, encore que des naïfs, après que les supercheries ont été dévoilées, persistaient à croire à l'objectivité de ces fantômes. Mad. Williams a été démasquée dans une séance qu'elle donnait à Paris ; ou a saisi sur elle les objets les plus divers servant, comme pour Eldred, à des formations de fantômes. Le cas de Sambor est bien étrange. Un des amis de Petrovo-Solovovo, personnage paraissant honorable, était son complice. D'après Grasset, Ebstein faisait le fantôme avec un mannequin badigeonné de peinture (p. 70)1. Bailey, qui prétendait donner des apports d'oiseaux vivants, a été surpris à Grenoble, achetant, dans une oisellerie de la ville, les iguicolores qu'il disait venir directement de l'Inde par des voies transcendentales. Maddock a été condamné pour escroquerie. J'ai pu démontrer la supercherie d'A.RoTH, qui apportait des fleurs sur elle. Elle pesait avant l'expérience 58 kilogrammes, elle n'eu pesait plus que 57 après l'expérience, et le poids des fleurs était de 1 kilogramme. Maxwell2 cite le cas de Mad. Wood et de Lemb, très suspects. Quant à Haxby, il fraudait impudemment. Je pourrais multiplier les exemples, si cette énumération avait quelque utilité. De fait les spirites loyaux reconnaissent que ces forbans sont les pires ennemis du spiritisme, et que notre intérêt, à nous tous,
1. Voir Paul Mathiex, Les faux médiums. Echo du Merveilleux , 1906, 249.