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Les phénomènes psychiques, 1903, p

qui croyons à l'ectoplasmie et à la télékinésie, est de mettre hors de cause ces misérables.

Pourtant la question n'est pas aussi simple qu'elle parait. (Jamais, d'ailleurs, quand on daigne approfondir, aucune question n'est simple.) En effet, il y a, à côté de ces médiums fraudeurs, pourvus d'appareils préparés à l'avance, des médiums véritables, très puissants, qui ont recours à la fraude quand ils voient leurs forces disparaître, ou l'expérience échouer.

C'est ce qui est arrivé partiellement et probablement à Florence Cook elle-même, à Slade, à Eglinton, à Eusapia, à Linda Gazzera, à Marthe Béraud, à Mad. d'Espérance. Mais il faut s'entendre sur ce qu'on appelle démasquer un médium (exposure en anglais, entlarven en allemand).

D'abord les médiums naïfs, rustiques, comme par exemple l'était Eusapia, ne comprennent pas bien que c'est un crime très grave que de simuler un phénomène. Ils ne se rendent pas compte de l'énormité de la faute : « On veut des phénomènes, se disent-ils, eh bien! on leur donnera des phénomènes, puisqu'ils y tiennent tant. » Il faut une longue éducation pour comprendre tout ce qu'a d'odieux, d'impardonnable, un mensonge scientifique qui introduit des erreurs voulues dans notre pauvre science, où il y a déjà tant d'erreurs involontaires.

Ensuite ils sont dans un état de demi-inconscience, qui leur ôte une grande part de responsabilité. Leur trance les transforme en automates, qui n'exercent plus sur leurs mouvements musculaires qu'un contrôle très mitigé. Lorsqu'un médium est là, les yeux fermés, insensible, presque immobile, en sueur, convulsant ses membres, ne pouvant répondre aux questions qu'on lui adresse, je' ne crois pas qu'on puisse lui reprocher ses actes, car il n'est plus lui-même : il n'a plus cette conscience pondérée, réfléchie, sereine, qui permet de décider entre le bien et le mal. Il a oublié ce qu'il est, où il est, ce qu'il doit faire.

Autant est criminelle la préparation des ustensiles et accessoires qu'ELDRED ou Mad. Williams entassaient dans un meuble, ou cachaient sous leurs vêtements, autant sont explicables, presque justifiables, les mouvements suspects accomplis par un médium entrancé.

Non seulement les médiums ne sont pas responsables, mais les mouvements télékinésiques ou ectoplasmiques se trouvent le plus souvent soustraits en grande partie à leur contrôle. La petite Stasia, qui était le guide de Stanislawa Tomczyk, s'amusait souvent, pour tromper Ochorowicz, à jouer des tours à Stanislawa elle-même. De même, dans le dédoublement de personnalité si bien étudié par Morton Prince, la personnalité d'A... dégagée de B... était hostile à B... et lui causait dommages et douleurs. Les bras et les mains ectoplasmiques qui sortent du corps d'EosAPiA ne font que ce qu'ils veulent, et, quoique Eusapia sache ce qu'ils font, ce n'est plus la volonté d'EusAPiA qui les dirige, ou plutôt il n'y a plus d'EusAPiA.

On comprend aussi très bien comment alors, épuisés par une longue séance, n'ayant rien pu produire, voyant autour d'eux une assistance haletante qui désire un phénomène , les médiums, dont la demi-inconscience croît à chaque instant, donnent le coup de pouce qui va déclancher ce phénomène.

D'Arsonval, à une des séances de l'Institut psychologique de Paris, racontait spirituellement l'histoire du grand A. -M. Ampère, qui, dans une expérience d'électricité, devant une commission académique, comme l'aiguille, contrairement à ce qu'il avait avancé, ne marchait pas, voulant à tout prix la mettre en mouvement, l'a légèrement poussée du doigt. Quelque temps après, refaisant l'expérience (qui à ce moment-là réussit), il dit triomphalement, en montrant l'aiguille : « Cette fois elle marche toute seule ».

Il s'établit une sorte de confusion entre le médium et son ectoplasme, de sorte qu'en croyant saisir l'ectoplasme on saisit parfois un membre du médium (toutefois je fais sur cette fréquente allégation des spirites des réserves et des réserves formelles). Le plus souvent l'ectoplasme est indépendant du médium, peut-être même toujours. Ce n'est pas à dire que la dilacération ou l'emprisonnement de l'ectoplasme puissent être sans quelque danger (?). L'expérience célèbre de Mad. d'Espérance (encore qu'elle soit bien suspecte) serait là pour établir que le médium peut être longtemps malade à la suite d'une de ces tentatives. Il s'agit donc de savoir si, connaissant les fraudes des médiums,

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nous pouvons avoir quelque coufiauce dans les récits plus ou moins mirifiques qui nous sont donnés.

Résumons les conditions qui nous paraissent nécessaires.

Elles s'appliquerout aussi bieu aux médiums fraudeurs qu'aux médiums de bonne foi (s'il y en a qui peuvent l'être constamment). Les précautious doivent, daus un cas comme dans l'autre, être également rigoureuses, et, si ces précautions n'ont pas été prises, aucune conclusion scientifique ne pourra être donnée.

Quoique Boursnkll et Buguet aieut trouvé beaucoup d'adeptes, quoiqu'il y ait eu bien des fraudes qui aient été acceptées comme des phénomènes authentiques, il est tout de même consolant de penser que finalement les fraudeurs ont échoué dans leurs fraudes. La fraude ne résiste pas à des contrôles prolongés et multiples. Les trompeurs, pour peu qu'ils sortent de leur étroit cercle primitif de crédules, rencontrent bientôt des observateurs sérieux qui les démasquent. S'ils refusent d'accepter les conditions expérimentales qu'on leur impose à juste raison, c'est un premier motif, assez légitime, de suspicion, et quelquefois cela peut suffire pour qu'où s'iuterdise d'expérimenter dans des conditions mauvaises. Mais, même dans ces conditions mauvaises, la fraude finit toujours par être dévoilée. Il n'est vraiment pas aussi difficile qu'on le prétend de démasquer un de ces fripons. Je ne crois pas qu'on pourra citer d'exemple d'un fraudeur ayant trompé pendant deux ans, sans avoir été pris, comme on dit, la main dans le sac.

1° L'assistance ne doit pas être uombreuse. Il ne faut que trois, quatre ou cinq personnes, tout au plus. Même, s'il y a cinq personnes, il me paraît qu'on est déjà plutôt trop nombreux*. On peut faire de très bonnes observations quand on est seul; car l'hypothèse d'une hallucination de l'observateur est stupide. S'il y a six personnes présentes, il se trouvera forcément, sur ces six spectateurs, des inattentifs, des mauvais plaisants, des maladroits. Chacun aura ses exigences, ses fantaisies personnelles, exigences et fantaisies qui vont troubler le décours des phénomènes.

Il faut être absolument sûr de la bonne foi des personnes présentes. Pkthovo Solovovo a été trahi par un de ses amis. Donc on ne peut pas faire assister à une expérience des individus quel-

couques ; ils doivent être tous d'une loyauté tellement irréprochable que nous pourrions l'attester avec autant de force que si c'était la nôtre.

Ajoutons qu'ils doivent avoir une certaine compétence. Il n'est pas facile d'observer bien, c'est-à-dire d'observer tout. Tenir la main droite du médium pendant une heure, en étant assuré qu'on n'a pas quitté cette main droite, même pendant une seconde, ce n'est pas très aisé, surtout si cette main droite s'agite, se tortille, se démène. Les assistants doivent être choisis tels qu'ils ne connaîtront ni la frayeur, ni la fatigue, ni l'inattention (ce qui est bien rare), et qu'ils laisseront, sans prétendre à aucune direction, l'expérimentateur conduire à son gré l'expérimentation.

2° Les photographies, les empreintes sur des papiers enfumés, sur l'argile, sur le plâtre, sur la paraffine n'ont aucune valeur eu soi. Tout dépend des conditions de l'expérience. Il existe des photographies si habilement truquées, que vainement on me montrerait d'admirables photographies de fantômes, je n'en conclurai absolument rien, tant que les détails ne m'auront pas été donnés avec assez de précision pour que toute supercherie soit impossible.

Si les conditions expérimentales sont mauvaises, les photographies, même splendides, sont inopérantes, et je ne tiens nullement à les voir. Mais, si les conditions sont irréprochables, des photographies, même médiocres, ont une valeur décisive. Elles peuvent faire apercevoir des détails qui à une vue rapide auraient échappé. Si elles sont stéréoscopiques, c'est-à-dire plus instructives que des photographies sans relief, elles donnent la distance, indiquent le relief. Après les admirables photographies de Sghrenck-Notzing, de Mad. Bisson, et de G. de Fontenay, il n'est plus permis d'étudier une matérialisation sans le secours d'un ou deux appareils photographiques. Mais il faudra toujours garder cette conviction profonde que la photographie ne vaudra que ce que vaudront les dispositifs de l'expérience.

3° L'expérience ne doit pas être faite dans un local trop vaste; plus la chambre est petite, plus les conditions d'examen sont faciles. Tous les meubles sans exception doivent être scrupuleusement fouillés, retournés, examinés; les portes doivent être fermées à clef, pour que nul étranger ne puisse s introduire. Elimination

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absolue de tout appareil, de tout objet apporté par le médium. Qu'un prestidigitateur montre sur une scène sa table, son jeu de cartes, son fauteuil, sa baguette, alors il pourra faire tout ce qu'il voudra. Mais qu'on lui donne ma table, mon fauteuil, et mon jeu de cartes, sans qu'il ait rien d'autre a sa disposition, et sans qu'il puisse faire de substitution, il sera désarmé.

4° De là la nécessité absolue, rigoureuse, de fouiller le médium scrupuleusement, de le revêtir même de vêtemeuts qu'on a apportés, et, à partir de ce moment, de ne plus le quitter des yeux. Alors il faudra suivre ses moindres mouvements, jusqu'au moment où il prendra place sur le fauteuil ou dans la chaise. D'abord il faudra l'attacher (ou ne pas l'attacher, s'il se refuse à être ligoté). Alors seulement on pourra faire l'obscurité. Qu'on le laisse derrière le rideau, cela importe assez peu, puisqu'il n'a aucun appareil, aucun masque, aucun tissu. Si dans ces conditions par exemple, une forme enveloppée d'un grand voile blanc sort du rideau, comme il est absolument impossible au médium de s'être procuré un voile blanc (car je suppose la fouille bien faite) j'en conclurai en toute certitude qu'il y a eu matérialisation d'un voile blanc.

La seule question alors est de savoir si l'on peut être assuré qu'un individu, médium ou non médium, a caché ou non, sur soi, un grand voile blanc. Il me paraît que ce n'est pas impossible.

Si toutes ces conditions sont réalisées, — et elles peuvent l'être, et elles l'ont été, — alors l'expérience est valable.

Mais dans quelques cas toutes ces précautions ne sont pas indispensables.

Si, par exemple, dans un local fermé à clé, antérieurement exploré et fouillé à fond, une forme d'apparence vivante se tient à côté du médium et marche près de lui, le doute n'est pas permis, puisque personne n'a pu s'introduire dans la pièce.

Mais il est évident qu'il faudra être sûr que ce n'est pas un mannequin, et que le médium endormi n'est pas un mannequin. Quand Crookes a vu chez lui Katie King à côté de Florence Cook, deux êtres vivants étaient là.

Soit, par exemple encore, quand je tiens dans mes deux mains les deux mains d'EusAPiA, et quand je sens une main me caresser la figure, me tirer les cheveux, me frapper sur l'épaule, je suis sûr

que ce n'est pas la main cTEusapia, car je ne vais pas supposer que Fr. Mvers, Sir Oliver Lodge, ou J. Ochorowicz, m'aient fait cette criminelle plaisanterie.

Mais voici qui me paraît bien important- C'est pourquoi j'insisterai.

Si toutes les conditions que nous indiquons ici ne sont pas prises, ce n'est pas une raison pour ne pas expérimenter . Seulement il faudra alors, pour chaque cas spécial, faire des observations spéciales, tout regarder de très près, avant de conclure.

Surtout il faudra recommencer, recommencer et recommencer encore. Assister à une séance, ce n'est rien ; assister à deux, c'est peu de chose encore. Pour que ma conviction soit absolue, je ne me contenterais que de cinq ou six séances, et encore. Chaque fois on apprend quelque chose de nouveau, chaque fois on corrige une défectuosité des expériences antécédentes. Certes, c'est long, pénible, difficile, fastidieux, mais la science ne vit pas d'observations uniques, elle a besoin d'observations répétées. La première fois on ne voit rien; la seconde fois on voit mal; la troisième fois on voit passablement ; la quatrième fois on voit bien.

Il est évident que, pour les télékinésies, l'observation est plus simple. Point n'est besoin de tant de précautions pour s'assurer qu'un objet est déplacé sans contact. Il suffit d'une bonne lumière (car dans l'obscurité tout est plus compliqué): Alors, en pleine lumière un mouvement d'objet, s'il est net, se suffit à lui-même. Nous en avons donné d'assez nombreux exemples pour n'avoir pas besoin d'y revenir.

Mais, pour les matérialisations, qui, sauf exception, ne se produisent que dans l'obscurité, il faut être très exigeant sur les contrôles.

Quelles sont, parmi les nombreuses histoires qui nous ont été racontées, celles qu'il faut accepter ?

Faisons tout d'abord une distinction, qui est fondamentale, entre les médiums professionnels et les non professionnels, autrement dit les médiums qui donnent des séances payantes auxquelles le public peut assister, et les médiums non rétribués.

1° En premier lieu, et très évidemment, sans qu'il soit besoin d'insister, les séances payantes, dans lesquelles le public est admis, commeàuue représentation dethéàtre, en payant sa place, nedoivent compter à aucun prix. Quelque étonnante que soit l'armoire des frères Davenport, il est bien certain que cette armoire n'est pas différente de la caisse de métal, ou même de verre, dans laquelle Robert Houdin place un individu ligoté par les assistants. On recouvre la caisse d'un tapis, et, après quelques paroles destinées à laisser passer les deux ou trois minutes qui sont nécessaires à l'achèvement du truc, on enlève le tapis, on ouvre la boîte, l'individu ligoté n'est plus là, et on le retrouve parfaitement libéré de ses liens dans une autre boîte qui était vide tout à l'heure. C'est très joli comme tour de magie amusante, de même que l'armoire des frères Davenport, de même que les divinations de pensée des Zanzig, des Lully et autres personnages, mais ce n'est pas plus scientifique que la danse des sorcières dans le ballet de Faust.

Maskelyne et d'autres habiles prestidigitateurs se sont évertués à montrer sur une scène des phénomènes dits spiritiques. C'est facile pour l'opérateur, et amusant pour le public. Par des systèmes de glaces, ingénieusement disposées, le magicien fait apparaître des fantômes, qui se précipitent sur lui ; il les perce de son épée, et ne rencontre que le vide. L'illusion des spectateurs est complète. Mais ces scénarios ne ressemblent en rien à nos expériences. Entre les quatre murs d'une petite chambre, dûment explorée, un médium qu'on a déshabillé et revêtu d'un sarrau noir ne peut rien faire de semblable.

Le professeur Grasset a écrit sur l'occultisme un livre très richement documenté. Grasset, encore qu'il ne croie guère à la métapsychique tant objective que subjective, fait un admirable effort pour être impartial, et son impartialité est d'un heureux contraste avec le scepticisme des savants officiels qui se refusent même à l'examen des faits. Cependant, en dépit de son impartialité, Grasset est certainement injuste : il omet les expériences de Gibier, de Home et de Florence Cook. Il croit, avec le vil vulgaire, qu'à la villa/ Carmen le cocher Aresky s'introduisait dans la pièce; il déclare

1. L'occultisme hier et aujourd'hui. Le merveilleux préscientifique, Montpellier, Contet, 1908.

que les expériences d'EusAru sont frauduleuses presque toujours, sinon toujours ; il donne raison à Maskelyne contre l'archidiacre Colley, encore que Maskelyne ait perdu sou procès devant les tribunaux. Il est vrai que le livre de Giwsset (deuxième édition) date de 1908, et que depuis quatorze ans des progrès énormes ont été faits. Les expériences actuelles ne ressemblent nullement aux mises en scène truquées. Or, dans quelques cas récents, il me semble qu'il n'y a pas de place pour la fraude.

2° Les médiums professionnels qui donnent des séances privées, moyennant rétribution, dans des cercles plus ou moins abordables au public, ne méritent pas grande confiance. Même si le cercle est très fermé, ne se composant que de personnes honorables, il est possible que ces personnes honorables soient d'une crédulité enfantine. Alors le médium peut tout se permettre. On croit en lui, et même on n'est admis que si l'on croit en lui. Aucune investigation n'est permise, pour ne pas nuire à la santé du médium, et à l'éclat des phénomènes. Certes, toutes ces séances intimes, ce n'est pas le néant, mais c'est bien peu de chose, car la démonstration précise fait défaut. Tout au plus quand un médium rétribué, comme Mad. Salmon avec P. Gibier, donne une série de séances devant un tout petit nombre d'expérimentateurs, dans un local qui n'est pas son local, en se soumettant à des investigations rigoureuses, peuton, avec grande réserve, conclure.

Quand Miller est arrivé à Paris, il n'a pas accepté les conditions qu'on lui imposait ; de même Bailey ; de même Anna Roth.

Pour ma part je serais tenté de croire que les grands médiums professionnels possèdent de réels pouvoirs médianimiques, car vraiment, s'ils étaient dépourvus de tout pouvoir, ils n'auraient pas choisi cette singulière profession. Le plus souvent, ce sont des gen.s du peuple, hommes ou femmes, qui plus ou moins accidentellement ont découvert en eux-mêmes un certain pouvoir étrange, lequel les surprend d'abord, mais dont plus tard ils veulent profiter. Ils prennent alors le métier de médium. Les sœurs Fox n'ont pas hésité à le faire dès le début de leurs étounantes manifestations.

Donc on aurait grand tort de négliger les médiums professionnels, rétribués, sous prétexte que le métier de médium est leur gagne-pain. Il faut vivre. Nous serions très injustes si nous repro-

chions à uu médium de ne pas nous donner pour rien sou temps et sa santé. Il a droit nou seulement à des égards, mais à une rétribution, et cette rétribution n'est pas plus blâmable que celle du médecin qui nous soigne, ou du violoniste qui nous enseigne la musique.

Les grands médiums professionnels sont extrêmement rares, mais les individus doués de quelque pouvoir médianimique sont assez nombreux. Il se donne, sans cesse, en tout pays, des séances spiritiques, tout à fait privées, et même dans lesquelles il est parfois difficile d'être introduit. Là il y a un individu, homme ou femme, doué de quelque pouvoir et donnant à uu petit groupe d'initiés des séances régulières.

On ne sait pas au juste quel est le nombre de ces cercles spirites : il en existe probablement beaucoup plus qu'on ne croit.

Les phénomènes sont parfois très remarquables. Mais les crédulités des assistants sont si naïves, que le plus souvent, sinon toujours, ces phénomènes, n'étant pas constatés avec une précision suffisante, sont perdus pour la science. Ils sont racontés de-ci de-là, inexactement, imparfaitement, sans les détails nécessaires. On est donc réduit pour les juger et les apprécier — avec une rigueur critique qui doit être très sévère — aux récits incomplets qui sont publiés.

Si l'on accepte tout, que d'illusions! Que de sottises! Si l'on n'accepte rien, n'est-on pas exposé à laisser de côté des faits essentiels importants, utiles à l'avancement de la métapsychique?

Heureusement, quand un médium est très puissant, bientôt, malgré lui peut-être, malgré son entourage, il sera parlé de lui. Une médiùmnité éclatante, éblouissante, ne reste pas secrète longtemps, et elle ne tarde pas à être divulguée. C'est alors aux expérimentateurs et aux savants qu'il appartient de pousser la recherche plus loin. Si l'on peut faire, comme Imoda, comme Schrenck-Notzing et Mad. Bisson, comme Grookes et Varley, comme le général Noël et Mad, Noël, comme de nombreux observateurs, A. de Rochas, Lom-

BROSO, FlNZI, MORSELLI, FOA, 0. LûDGE, DARIEX, MAXWELL, SCHIAPARELLI,

Ochorowicz, Bottazzi, qui ont expérimenté avec Eusapia, comme Ochorowj.cz avec S. Tomczyk, alors rien de mieux.

Ce qui rend spécialement difficile l'histoire des matérialisations expérimentales, c'est que, de toutes les expériences, ce sont celles qui sollicitent le plus la fraude, et en même temps qui sont les plus

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aptes à la fraude. Devant l'idée qu'elles ont alïaire à un fantôme, les personnes crédules perdent leur sang-froid, sont disposées à tout accepter, et s'indignent des précautions qui sont prises pour qu'il n'y ait pas de supercherie. Mais un pareil effarement ne convient pas à la science. Pour ma part, quoique ayant vu maints phénomènes de matérialisations, je déclare n'avoir jamais eu aucun sentiment de terreur, si minime qu'il soit. Ma seule préoccupation (intense, d'ailleurs, et angoissante, et qui envahissait toute ma pensée) fut toujours de n'être pas dupe. Je ne pensais pas à autre chose. A.ussi ai-je quelque peine à comprendre l'émotion des assistants quand ils sont témoins d'un beau phénomène de matérialisation.

Puisque le grand danger de ces expériences, c'est la fraude, il faut prendre toutes les précautions possibles contre la fraude, entourer le médium d'une surveillance étroite, rigoureuse, dont rien ne nous détourne, visiter avec un soin extrême tous ses vêtements, tous les objets qui sont à sa portée, ne pas expérimenter avec les médiums pris en flagrant délit de supercherie, avoir des appareils photographiques qui puissent à un moment donné indiquer exactement toutes les conditions dans lesquelles l'apparition s'est manifestée, répéter fréquemment l'expérience, ne pas se lasser dans les contrôles, avoir toujours présente à l'esprit cette idée dominatrice, obsédante, que le médium fait effort pour tromper.

De fait la seule preuve objective, décisive, c'est de pouvoir, alors qu'on est absolument certain qu'aucuue personne étrangère n'a pu s'introduire dans la salle des séances, voir, toucher, surtout photographier simultanément le médium et la soi-disant apparition. Rares, rarissimes, sont les expériences de ce genre. Donc il serait désirable qu'où en produisît quelques-unes encore ; mais, malheureusement, la matérialisation est un phénomène exceptionnel que bien peu de médiums sont en état de présenter avec assez de netteté et d'intensité pour qu'on puisse obtenir sur le même cliché le médium et son fantôme.

Toutefois, même quand il n'est pas possible, pour des raisons multiples, d'avoir cette confirmation — (par la photographie) — qui donne la certitude, on peut, ce semble, trouver des preuves, excellentes encore, qui excluent le doute.

Richp.t. — Métapsychique. 38

Et je citerai eutre autres celle-ci, qui me paraît, après longues réflexions, absolument décisive.

A l'Ile Ribaud, avec Eusal>ia, surveillée par Sir Oliver Lodge,Fred. Myebs, et J. Ochorowicz, trois observateurs dont on ne pourra pas plus contester la loyauté que la sagacité, je tenais d'une main très fortement une main d'Eus.\piA, de l'autre main, très fortement aussi, l'autre main d'EusAPiA. Alors j'ai senti une troisième main me toucher l'épaule, la tète, la figure. L'obscurité n'était pas complète; il y avait dans la chambre une bougie allumée.

Et alors il faut éliminer plusieurs hypothèses, extraordinairement absurdes. D'abord que j'ai été victime dune hallucination (non, car le bruit de la tape que la main de John King me donnait sur l'épaule a été entendu par tous les assistants) ; ensuite queMYERS, ou Lodge, ou Ochorowicz, m'ont fait la mauvaise plaisanterie de me frapper à l'épaule; enfin que j'avais lâché une des mains d'EusAPiA(nou, car mes amis voyaient les mains d'EusAPiA tenues séparément dans les miennes), et je gardais mes deux mains écartées l'une de l'autre). D'ailleurs le même phénomène d'une matérialisation de main, alors que les deux mains d'EusAPiA étaient tenues, et tenues séparément par la même personne, a été observé par Oliver Lodge, par Ochorowicz, et par Myers.

Je citerai plus loin d'autres cas de matérialisation tout aussi probants; j'ai voulu rapporter celui-là, qui me paraît défier toute critique.

Les conditions dans lesquelles se produisent les matérialisations sont intéressantes à étudier.

D'abord, c'est l'obscurité. Pour une cause ou une autre, en pleine lumière, rien ne se forme, ou presque rien. Ce n'est pas vrai de Home qui donnait en pleine lumière des matérialisations éclatantes. Mais, le plus souvent, il faut l'obscurité. Dans certains cas, avec une lampe rouge, comme celle qu'on emploie pour le développement des plaques photographiques, on peutavoirencore des matérialisations. Même, quand les médiums sont très puissants, on peut prendre des photographies au magnésium; cependant en général l'obscurité est tellement indispensable, que le médium a besoin, surtout pour les ébauches du début, d'être protégé par un rideau. C'est seulement

derrière le rideau, même quand déjà la pièce est obscure, que peuvent se préparer les phénomènes. Voilà uue affirmation qui va faire sourire les sceptiques. Cependant, pour dire vrai, qu'importe l'obscurité ? Est-ce que l'obscurité va créer une figure vivante et produire un voile blanc?

Quant aux conditions psychologiques nécessaires, on ne saurait les indiquer, car elles sont fugaces, inconstantes, irrégulières. On ne peut jamais, avant que la séance commence, savoir si le médium est bien ou mal disposé. Même en opérant dans les mêmes conditions que la veille, où le résultat avait été excellent, parfois on aura un résultat nul.

Ajoutons qu'un temps notable, parfois assez long, est nécessaire à la production des phénomènes. Souvent il faut attendre une, ou deux, ou trois heures avant qu'il y ait une manifestation quelconque. Parfois cependant, mais exceptionnellement, c'est tout de suite, immédiatement après que les rideaux ont été clos, que le phénomène apparaît.

L'objet matérialisé a presque toujours une forme d'être humain. Autrement dit, c'est un fantôme qui se forme. Quelquefois, comme avec Eusapia, de ce fantôme, il n'y a que la main ; quelquefois, avec Katie King et Marthe B... ce sont des individus tout entiers. Cependant, quoique la présence d'un grand fantôme soit plus dramatique que celle d'un moignon qui s'ébauche derrière un rideau, au fond le phénomène est identique. Une main articulée, chaude, souple, mobile, résistante, absolument et de tous points identique à une main humaine, ce n'est pas plus extraordinaire qu'une personne humaine qui regarde, se promène, et parle. La difficulté est la même. L'abîme est aussi grand entre la science actuelle et la métapsychique, qu'il y ait derrière le rideau la grosse main informe de John King, ou, devant le rideau, Bien Boa qui sort du plancher.

Et je ne perdrai pas mon temps à énumérer les absurdités, presque les impossibilités, psycho physiologiques, de ce phénomène. Un être vivant, une matière vivante qui se forme sous nos yeux, qui a une chaleur propre, une circulation sans doute, une combustion physiologique (comme je l'ai constaté en faisant respirer la forme de Bien Boa dans un flacon contenant de l'eau de

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baryte), une sorte de personnalité psychique, puisqu'il a sa volonté distincte de la volonté du médium, en un mot un nouvel être humain apparaissant, c'est le comble du merveilleux !

El pourtant le fait existe. Les critiques qu'on a élevées contre les expériences de Grookes, et contre les miennes, et contre celles de Stainton Moses, sont absolument inopérantes. Tout ce qu'on peut dire de plus sérieux contre ces expériences, c'est que le phénomène est tellement rare, que, si dans ces cas exceptionnels on a cru le constater, c'est qu'on a été la dupe d'une illusion.

Mais je ne crois pas l'objection fondée. Grookes a observé pendant longtemps Katie King ; pendant vingt-cinq ans, Eusapia, avec une admirable complaisance, s'est prêtée à toutes les investigations scientifiques, même les plus saugrenues. Il y a plus de trente savants, dont l'incrédulité était très forte, qui ont été convaincus (après de longues épreuves) qu'il y avait en dehors du corps d'EusAPiA formation de matières ayant l'apparence de la vie (ce que je décrirai plus loin sous le nom d'ectoplasmes). Marthe B... non moins complaisante qu'EusAPiA, a expérimenté avec le général Noël, avec G. Delanne et moi à Alger/avec Schrenck-Notzing, J. Maxwell, Mad. Bisson, Geley, le D1' Bourbon, et bien d'autres encore. Home, sans avoir jamais été pris en flagrant délit de supercherie, a donné pendant vingt ans des phénomènes extraordinaires de matérialisations constatés par les plus illustres personnages.

Il faut donc admettre ou que les phénomènes sont vrais, ou qu'ils sont dus à des fraudes. Je sais bien que les phénomènes sont extraordinaires, et si monstrueusement extraordinaires qu'au premier abord on est tenté de regarder comme plus probable l'hypothèse de la fraude énorme, répétée, constante. Mais est-elle possible, cette fraude ? Je ne lecrois vraiment pas. -Quand je pense aux précautions que nous avons tous prises, vingt fois, cent fois, mille fois, il est inadmissible que nous ayons été tous vingt fois, cent fois, mille fois trompés.

Il est vrai que certains savants disent : « Je ne veux pas regarder, je ne veux pas étudier : car je sais d'avance que ce n'est pas possible. Donc a priori vous avez été tous trompés par des imposteurs. »

Or il y a là deux propositions inadmissibles. D'abord il ne suffit pas de dire : « Vous avez été trompés » : il faut dire : « Voici

comment vous avez été trompés. » Quand je tiens les deux mains d'EusApiA et qu'une troisième maiu me touche le front, la tète et l'épaule, comment ce miracle a-t-il pu se faire 1 Qu'on me le dise, et je changerai peut-être d'opinion. Jusque-là je suis inébranlahle.

En second lieu, on a tort de dire a priori : « C'est impossible ! » Les connaissances des chétifs humains sont assez incertaines, assez limitées pour que le mot impossible ne doive jamais être prononcé.

Je dis : dans certaines conditions exceptionnelles — et je reconnais que ces conditions sout prodigieusement exceptionnelles — il se forme comme une main vivante qui a toutes les propriétés d'une main vivante, et qui semble appartenir à un être analogue à un être humain (!!). Cette donnée nouvelle ne contredit absolument rien de ce que lascience nous enseigne. C'est un fait étrange et effarant ; mais il n'y a pas là de l'absurde, il n'y a que de l'inhabituel.

Assurément il est possible qu'avec Cuookes, avec A. de Rochas, avec Aksakofk, avec Myers, avec William James, avec Schiaparelli, avec ZôllneRj avec Fechner, avec Oliver Lodge, je me sois trompé, et lourdement. Il est possible que nous ayons été tous mystifiés. Il est possible qu'un jour quelque expérience iuattendue justifiera très simplement notre prolongée mystification. . . Soit ! Mais jusqu'au moment où on m'aura expliqué comment nous avons tous été les dupes d'une prestigieuse illusion, je prétends qu'il faut admettre la réalité des matérialisations.

Après tout, en réfléchissant, l'absurdité ne paraît pas aussi grande qu'où le croirait tout d'abord. Quand je mets la main devant un miroir, l'image de ma main se reflète : réflexion de lumière. Devant un thermomètre, réflexion de chaleur. Devant un galvanomètre, réflexion d'électricité. Il est vrai que devant une balance il n'y a rien. Mais est-il déraisonnable de supposer que cette projection de lumière, de chaleur, et d'électricité pourrait être accompagnée d'une projection de force mécanique ?

Car c'est bien à cela seul, en définitive, que se ramène le problème. Si la main à distance peut agir sur une balance, ainsi qu'elle agit sur un thermomètre, sur un galvanomètre, sur un miroir, elle pourra, à la personne voisine, donner une sensation de coutact. La matérialisation est une projection mécanique. Or déjà nous avons projectiou de lumière, de chaleur, et d'électricité. Ce

598 METAPSYCHIQUE OBJECTIVE

n'est pas aller très loin que de regarder comme possible, outre ces projections de chaleur, de lumière et d'électricité, une projection de force mécanique. Les mémorables démonstrations d'EiNSTEiN viennent établir à quel point l'énergie mécanique se rapproche de l'énergie lumineuse

Il faut avoir une âme scientifique assez haute pour admettre que l'inhabituel a droit d'exister.

Bien des faits curieux ont été indiqués sur la genèse de ces matérialisations, car il ne faut pas supposer qu'elles se produisent brusquement (sinon dans certains cas rarissimes). C'est par une progressive concentration de matière autour d'un noyau central qu'elles se forment ; de même que les planètes se forment par concentration d'une nébuleuse ; de même que les cellules, par concentration de matériaux protoplasmiques.

Il est probable, ou plutôt il est certain, que la genèse des matérialisations varie suivant le médium et suivant des conditions que nous connaissons mal. Je vais essayer d'en donner un schéma analytique, en me référant aux matérialisations données par miss Goligher, par Marthe Béraud, et surtout par Eusapia. dont j'ai, à diverses reprises, pendant longtemps, suivi les processus.

C'est d'abord une masse confuse, plus ou moins informe, qui même peut-être n'est pas visible, mais pourtant dont on perçoit le contact, et qui semble capable d'une action mécanique. Maison ne peut guère s'empêcher de supposer que les mouvements de la table sont dus à cette force mécanique, à cette main à demi invisible qui fait gonfler les rideaux, dont on sent la résistance, et qui s'obstine à rester dans l'ombre. Quand la table est soulevée des quatre pieds, il y a toujours un des pieds qui est dans l'ombre. Ce sont ces formations diffuses que j'appelle des ectoplasmes; car elles semblent sortir du corps même cTEusapia l.

Cette observation — car c'est une constatation et non une hypothèse — a été confirmée récemment de tous points par les admirables travaux de Crawford.

Parfois on voit ces ectoplasmes s'organiser peu à peu ; j'ai vu un

4. Sir Oliver Lodo.e vient d'en donner une bien inhiressante observation faite anciennement (Light, "11 avril 1921).

ECTOPLASMES S99

prolongement presque rectiligne sortir du corps cTEusapia. et à l'extrémité agir comme uue main vivante. De même, pour la formation de Bikn Boa, au début les membres apparaissaient grêles, rigides, et comme des tiges étroites; mais peu à peu ils se renflaient pour prendre la forme de membres plus ou moins épais, semblables à des membres normaux.

J'ai pu aussi, comme Gkley, Schrenck-Notzing, et Mad. Bisson, voir les premiers linéaments des matérialisations qui se forment. C'est une sorte de gelée liquide, pâteuse, qui sort de la bouche de Marthk, ou de sa poitrine, et s'organise peu à peu. acquerrant les formes d'un visage ou d'un membre. J'ai vu, dans de très bonnes conditions de vision, cette pâte fluide se répandre sur mon genou, et peu à peu s'organiser de manière à me montrer un rudiment de radius, de cubitus, de métacarpe, dont je sentais la pressiou augmenter sur mon genou.

Eu géuéral les matérialisations sont progressives, et commencent par une ébauche : tandis que les formations complètes-de formes et de figures vraiment humaines n'ont lieu que plus tard.

Au début souvent ces formations sont très imparfaites. Parfois elles n'ont pas de relief, semblant être plutôt des images que des corps, de sorte que, malgré soi, on est tenté de supposer une fraude, puisqu'on a la matérialisation d'une image et non la matérialisation d'un être. Mais dans certains cas la matérialisation est parfaite. A la villa Carmen, j'ai vu sous mes yeux sortir du plancher une forme bien organisée. D'abord ce n'était qu'une opacité blanche, comme un mouchoir placé par terre devant le rideau, puis ce mouchoir assez rapidement est devenu comme une tête d'homme, à ras du plancher, et quelques instants après, cette tête s'élevait du sol en droite ligne, et devenait un homme vêtu d'une sorte de burnous blanc, de petite taille, qui faisait en claudicant deux ou

1. Je tiens ici à dissiper une absurde légende : je n'ai été nullement mystifié, comme l'ont prétendu quelques petits journaux d'Alger. Dans le mémoire où j'ai raconté les faits, j'avais fait des réserves formelles, exposant quelques-unes des objections a§sez sérieuses que je m'élais présentées. Mais ou n'a tenu compte ni de mes affirmations, ni de mes objections, de sorte que les critiques que je m'étais adressées à moi-même subsistent. Tout de même elles ne me paraissent pas décisives. Quant aux objections qu'on m'a faites, elles ne comptent pas.

Et je conclurai, comme avait conclu mon illustre maître, sir William Crookes, que je n'ai rien à rétracter à ce que j'ai dit en 1904, et que, bien au contraire, les belles expériences laites ultérieurement avec la même Marthe, par

trois pas devant le rideau, et qui alors tout d'un coup s'est affaissé sur le sol et a disparu comme s'il y avait une trappe... Mais il n'y avait pas de trappe.

Et maintenant il faut conclure, et, après avoir indiqué les conditions nécessaires à une bonne expérience, résoudre formellement la question troublante, urgente :

Y a-t-il une mélapsy chique objective ? i

D'assez fortes preuves peuvent être invoquées pour dire « Non! il n'y a pas de métapsy chique objective, il ne se produit pas de phénomènes physiques inconnus de la physique normale ».

Et voici les arguments qu'on peut imaginer pour soutenir cette opinion.

1° La démonstration, disait déjà Laplace, doit être d'autant plus rigoureuse que le fait est plus extraordinaire. Or ici les phénomènes extraordinaires disparaissent à mesure que les conditions deviennent plus sévères.

2° Plus les possibilités de fraude augmentent (mains libérées, obscurité, absence d'examen), plus les phénomènes physiques s'intensifient.

3° Tous les médiums ont trompé (même peut-être Home). En tout cas, si tous n'ont pas trompé consciemment, ils ont trompé tout de même, par suite de leur inconscience pendant la trance. Donc toutes les fraudes sont toujours admissibles.

4° Les prestidigitateurs, même de moyenne habileté, produisent

Mad. Bisson, Schrenck-Notzing et Geley, apportent une éclatante confirmation à nos expériences de la villa Carmen.

Quant à Eusapiv, qu'on a bien souvent soupçonnée de fraude, on n'a jamais pu rien prouver. Au contraire. Après qu'on eut fait quelques expériences à Cambridge, qui étaient douteuses, j'ai prié Fr. Mvers de revenir la voir. Il est arrivé chez moi, et il y eut alors une séance mémorable, où les phénomènes produits étaient si nets que j'ai solennellement adjuré Myers de déclarer qu'il n'y avait pas supercherie, et que le mouvement des objets à distance, sans contact, était authentique et incontestable. Mes regrettés amis, les professeurs Boirac et Flournoy, tous deux savants très avertis, assistaient à celte séance, et ils ont acquis la certitude des mouvements sans contact, c'est-à-dire d'une matérialisation, puisque, selon toute vraisemblance, les raps et les mouvements d'objets sont dus à des matérialisations commençantes et encore invisibles.

1. Voir la remarquable étude de Petrovo Solovovo, Les phénomènes physiques du spiritisme, quelques difficultés, P. S. P. R-, 1911, 413-447, avec une réponse d'O. Lodge. A priori arguments against physical phénomène. Ibid., 447. 4o4. Mais il est permis de penser que Petrovo Solovovo a été fortement influencé par la déception qu'il a ressentie quand il fut prouvé, dans ses expériences avec Sambor, qu'un de ses amis personnels l'avait trompé ; ce qui est désagréable et rare. Dans la plupart des cas, il n'y a pas de complices.

ECTOPLASMIES t>(M

des phénomèues beaucoup plus remarquables que les médiums les plus puissants. A moins d'être très versé dans la prestidigitation, ou ne deviue pas comment uu vulgaire faiseur de tours nous illusionne complètement.

Aucune des expériences d'écriture directe faites avec les médiums n'est valable, par suite des multiples fraudes, très faciles, qui sont journellement opérées, et qui ont lourdement trompé maintes personnes même défiantes.

5° Il n'y a pas d'observateurs capables de garder pendant deux ou trois heures une faculté d'attention et d'observation continues.

6° Il faut éliminer toutes les merveilles attribuées aux sœurs Fox, à Mad. d'Espérance, à Fl. Cook, à Eglinton, à Slade, à Bailey, à Eldred, à Miller, à A. Rothe, car là les fraudes ont été évidentes. 11 ne reste donc que les expériences de Home, de Stainton Moses, et d'EusAi>iA. Or, les expériences d'EusAPiA furent énergiquement contestées (à Cambridge et en Amérique). Les faits rapportés sur Home ont été observés par Crookes seul ; et les allégations de Stainton Moses dérivent uniquement de lui et de M. et de Mad. Speer, ses amis intimes, très prévenus en sa faveur.

En dernière analyse il ne reste rien. Et cependant tout est si étrange et invraisemblable que des preuves multiples, surabondantes, seraient nécessaires. Or, à mesure que le contrôle progresse en sévérité, le phénomène progresse en incertitude.

Conclusion. — En fait de métapsychique objective, les invraisemblables phénomènes de télékinésie, d'ectoplasmie, d'apports, n'ont jamais été encore prouvés. Si quelque chose est démontrée, c'est qu'ils n'existent pas.

Telles sont les objections qu'on peut faire à la métapsychique objective. On me rendra cette justice que je n'ai pas essayé d'en diminuer l'importance. Certes, de pareils doutes ont cent fois, mille fois, traversé mon esprit, et je comprends, mieux que tout autre, la force de cette argumentation. Pourtant, très résolument, je ne la crois pas fondée, et je suis convaincu qu'il existe réellement des phénomèues physiques métapsychiques.

Voici pourquoi :

l"° Les faits négatifs ne peuvent rien établir. Certains faits posi-

602 MÉTAPSYCHTQUE OBJECTIVE

tifs, s'ils sont évidents, entraînent la preuve formelle. Quand Crookes voit, en pleine lumière, un crayon se soulever et écrire ; quand Ochorowicz voit, eu pleine lumière, une chaise se rapprocher de lui ; quand je tiens les deux mains d'EusAPiA et qu'une troisième main me caresse la figure, il n'y a plus de doute possible, et la démonstration est valable per se.

Je ne cite que trois faits : il y eu a des centaines d'autres. On les lira plus loin.

2° Les médiums ne sont pas, sauf exception, d'habiles prestidigitateurs. Des mouvements d'objets et des raps ont été constatés dans des conditions irréprochables, si nombreuses et si irréprochables que Petrovo Solovovo, malgré son scepticisme, dit (p. 415) « un chercheur véritablement impartial ne peut pas les rejeter ». Or, du moment qu'il y a télékinésie et raps, il peut y avoir d'autres phénomènes physiques.

3° N'y eùt-il que Home et Eusapia, la télékinésie devrait être admise. Nous possédons, grâce à ces deux médiums admirables, un tel ensemble de documents, de preuves, d'expériences rigoureuses, répétées par les savants les plus divers, qu'aucun doute ne prévaut. Myers, Feilding, Carrington, qui en avaient d'abord douté, les ont ensuite acceptés après un examen attentif. Il n'y a pas, dans toute la physique et dans toute la physiologie, de phénomène ayant été soumis à un contrôle plus répété et plus sévère.

Et il y a bien d'autres faits incontestables de télékinésie. Par exemple, pour rejeter tout ce qu'ont écrit M. et Mad. Speer sur Stainton Moses, il faut supposer qu'ils ont été non pas seulement des illusionnés, mais des imposteurs : et c'est absurde.

4° Il y a eu des hallucinations collectives, recueillies avec un tel soin, et si nombreuses, et attestées avec tant de précision par des personnes de bonne foi, qu'il n'est pas possible de les rejeter plus que les hallucinations non collectives. Or, du moment qu'il y a une hallucination collective, il y a objectivation.

5° Les faits de matérialisations expérimentales (ectoplasmies) ont été trop fréquemment, trop correctement observés, pour qu'on puisse les rejeter tous.

La question est mal posée : on dit : « C'est à vous de faire la preuve qu'il y a eu matérialisation ». Je répondrai : c< C'est à vous

ECTOPLASMIES 603

de faire la preuve qu'il y a eu fraude ». Il ne suffît pas dédire : « La fraude était possible, doue il y a eu fraude ». Il faut établir qu'il y a eu fraude, ce qui u'est presque jamais établi. L'omis probandi est à votre charge.

6° Il est absurde, parce que dans telle ou telle expérience tel ou tel phénomène physique est complètement incompris, de dire : « Tous les phénomènes physiques sont faux ». Cicéron avait déjà dit, en prenant l'exemple de l'aimant qui attire le fer, sans qu'on puisse comprendre par quel mécanisme : « Fiat, neene fiât id quaeritur... si ralionem cur id fiât aff'erre nequeam, fieri omnino neges ». Faut-il nier un phénomène parce qu'on ne le comprend pas? Gela me paraît contraire à toute bonne méthode scientifique.

7° Parce qu'il y a dans la métapsychique objective des phénomènes douteux et faux, ce n'est pas une raison pour qu'ils soient tous à rejeter. Il peut y avoir télékinésie, sans qu'il y ait ectoplasmie. Il peut y avoir ectoplasmie, sans qu'il y ait d'apports. Nulle nécessité de considérer ces phénomènes comme irrévocablement liés l'un à l'autre. L'hésitation sur l'un n'entraîne aucunement l'infirmation de l'autre. Or les preuves, à mon sens suffisantes, et même surabondantes, de la télékinésie existent. Les faits d'ectoplasmie paraissent démontrés avec tout autant de rigueur (quoiqu'il s'agisse de phénomènes plus dramatiques et plus extraordinaires). Au contraire les apports, les lévitations, les bilocations, sont des phénomènes assez douteux. L'écriture directe (avec les ardoises) est produite presque toujours par l'habile supercherie de prestidigitateurs. Les photographies de fantômes, les moulages méritent encore une étude approfondie.

Finalement, en science métapsychique, il existe des phénomènes physiques incontestables.

A l'heure actuelle, les nier, c'est passer à côté de phénomènes fondamentalement nouveaux, ouvrant une voie féconde à l'avenir scientifique; c'est s'enliser dans la vieille ornière en laquelle s'est si souvent complu une science officielle aveugle.

Et alors une conclusion définitive se dégage. Puisque la preuve de plusieurs des phénomènes de la métapsychique objective (mais non de tous) n'est pas suffisante, il faut reprendre ab ovo toute l'expérimentation. Faisons, comme notre grand Descartes, table rase

-de tout ce qui a été dit et écrit jusqu'ici. Les télékinésies et les ectoplasmies sout certaines ; mais leur mécanisme est encore prodigieusement mystérieux : par conséquent expérimentons, expérimentons encore. Nous serons certainement récompensés de ce dur labeur.

Un des phénomènes les plus caractéristiques, celui qui, lorsqu'il peut être bien analysé par un observateur ayant gardé tout son sang-froid, entraîne la conviction absolue, c est celui de la main du fantôme qui fond dans la main (de l'observateur; qui la tient1.

Damiani, tenant les mains d'EusAPiA, a senti les mains (fluidiques) de John fondre et se dissoudre 2.

« Une fois, dit Crookes, j'ai retenu une des mains de Katie dans la mienne, bien résolu à ne pas la laisser échapper. Aucune tentative, aucun effort ne fut fait pour me faire lâcher prise, mais peu à peu cette main sembla se résoudre eu vapeur, et ce fut ainsi qu'elle se dégagea de mon étreinte ::. » '

Pour ma part, je n'ai malheureusement pas pu constater cet admirable et décisif phénomène. Avec Marthe Béuaud comme avec Eusapia, j'ai maintes fois taché de l'obtenir. C'a toujours été en vain. Mais ce n'est pas une raison pour nier le fait, établi par W. Crookes, Damiani et d'autres.

Morselli, expérimentant avec Eusapia, dit : « Si on saisit les mains (fluidiques) on en sent la peau, la tiédeur, les doigts mobiles, et on éprouve l'impression de mains qui se fondent. »

Venzano (avec Eusapia aussi), dit qu'il s'agit de membres tout à fait analogues aux membres humains, mais qui s'évanouissent sous l'étreinte sans laisser de traces.

F. Bottazzi, le savant physiologiste dont le témoignage est celui d'un observateur habitué aux analyses les plus délicates de toutes les conditions expérimentales, dit qu'une main (d'EusAPiA) s'est

1. Voir à ce sujet un chapitre intéressant du livre de G. Delanne, les Mains fantomales qui fondent, II, 695.

2. Delanne, Apparitions matérialisées, 11, 163. '.'■>. Delanne, Ibid., 167.

DEMATERIAUSATIONS 60b

entre ses mains, à lui, Bottazzi, fondue, dissoute, matérialisée. Un peu plus tard, une autre main, posée sur sa tète, s'est défaite, s'est évanouie sous son étreinte. Avec Eusapia encore, M. Barzini, le très distingué journaliste du Carrière délia Sera, dit : « Ses mains ne m'ont pas échappé, elles se sont pour ainsi dire fondues. Elles m'ont manqué entre les doigts, comme par un dégonflement. On dirait des mains qui se ramollissent et s'évanouissent. » M. Falcomer, observant un médium nommé Rostagno, a saisi une main fluidique qui se dégonfla. Dans une expérience que Crookes faisait avec Florence Cook, M. Tapp saisit le poignet de Katie. « Son poignet, dit-il, céda sous ma pression comme un morceau de carton mince ou de papier, et même mes doigts se rencontrèrent à travers son bras qui fondait en fluide. »

Dans une séance que raconte A. de Rochas1, on faisait la chaîne autour du médium, F... Montorgueil, prenant une main qui lui frottait la figure avec un chiffon, saisit cette main, et demanda la lumière. La main saisie fondit dans celle de Montorgueil, et tous, dit A. de Rochas, nous crûmes voir une traînée lumineuse, qui en partait pour rentrer dans le corps de F... Si l'on était rigoureusement sûr de l'observation de M. Montorgueil, ce serait une preuve de premier ordre.

Ces phénomènes sont bien remarquables, non seulement au point de vue de la théorie même des ectoplasmies, mais encore parce qu'ils fournissent une preuve irréfutable de la réalité des ectoplasmies. Une main vivante, qui fond dans la main qui la tient, voilà ce que nulle prestidigitation ne peut donner. J'ai vu fondre sous mes yeux la forme de Bien-Boa qui s'enfonçait dans le plancher, mais une sensation visuelle est loin d'avoir la précision d'une sensation tactile.

Bien d'autres observateurs ont vu des dématérialisations ; la plus célèbre, et la mieux constatée, est encore (et toujours) celle de Katie King.

M. Oxley, expérimentant avec une médium nommée Mad. Fihmin, aurait vu l'apparition d'un fantôme matérialisé (Bettie) qui sembla se fondre. D'abord les pieds, puis peu à peu le corps et la tète dis-

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