APPORTS
quant au passage de la matière à travers la matière, et aux apports, nulle preuve satisfaisante n'a été apportée, et il me parait sage de réserver aujourd'hui son jugement.
Ce qui paraît prouvé — et on est heureux d'avoir eufin un fait positif parmi tant d'incertitudes — c'est que le plus souvent c'est du corps du médium que sortent les ectoplasmes; ce qui justifie expressément ce néologisme. Les expériences de Mad. Bisson et de ScuRENCK-NoTziNGétahlisseut ce fait important. Des expansions gélatineuses sortent de la bouche, des épaules de Marthe. J'ai vu s'organiser pour ainsi dire le bras de Bien-Boa. C'était d'abord comme une tige rigide et mince, recouverte d'une draperie. Mais peu à peu sous la draperie la tige s'épaississait, devenait un bras tendu, Avec Eusapia le phénomène de î'ectoplasmie simple a été très net aussi. De son corps semblait sortir un prolongement, une sorte de bras surnuméraire. Une fois, j'ai vu une tige rigide, longue, sortir de son flanc, qui. après s'être allongée démesurément, portait une main à son extrémité, une main vivante, chaude, articulée, absolument identique à une main humaine.
Avec les autres médiums les formations ectoplasmiques se faisaient sans doute à peu près de même.
Russell Wallace1, expérimentant avec le Dr Monck, voit une légère vapeur blanchâtre apparaître au côté gauche de l'habit de Monck. La densité augmenta. C'étaient comme des flocons blancs qui s'agitaient dans l'air, et qui s'étendaient du plancher jusqu'à la hauteur de son épaule. Puis ce nuage se sépara du corps du médium, assez pour prendre l'apparence d'une femme habillée de draperies blanches, flottantes. Enfin le tout rentra dans le corps du médium...
Avec Eglinton, observé par M. Mitchiner, une vapeur blanche sortit de son flanc, entoura ses pieds d'une gaine, puis peu à peu se forma en une colonne qui prit l'aspect d'un corps humain, un grand et bel homme, vêtu de blanc, portant une barbe noire. Pendant tout ce temps, Eglinton était complètement visible. Une sorte de cordon ombilico-astral le rattachait à la forme nuageuse. Au bout de quelque temps, Eglinton étant assis, la forme parut se fondre dans son corps
i. Delanne, Loc. cit.. 644.
Richet. — MOtapsycbique. 3'J
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et, s'unir à lui à la hauteur de la poitriue. A. de Rochas a vu. expérimentant avec Mad. d'Espérance, une vapeur lumineuse (quelque chose comme une voie lactée) sortir de sa poitriue.
Il n'est pas nécessaire que le processus des matérialisations soit toujours le même. Peut-être existe-t-il des degrés de puissance différents chez les médiums. Avec ceux qui sont exceptionnellement forts, comme Home et Florence Gook, la formation est rapide, complète, et, dès l'origine, l'ectoplasme est indépendant du médium. Avec des médiums, très puissants aussi, comme Eglinton, Mad. d'Espérance, Marthe Béraud, l'indépendance de l'ectoplasme n'est pas tout de suite obtenue, et le fantôme n'a qu'une réalité très passagère. Avec Eqsapia, avec Stainton Moses, les formes sont beaucoup plus vagues : il est rare qu'on puisse voir une apparition indépendante, séparée longtemps du médium et gardant son autonomie.
On peut provisoirement admettre la progression suivante des phénomènes de matérialisation, tels qu'ils se présentent chez Eusapia. C'est d'abord, très fréquemment, et très facilement, des attouchements et des raps ; première période,t pendant laquelle il n'y a vraisemblablement rien de visible, car la force matérielle qui se dégage du corps d'EusAPiA est informe. A la seconde période, la main est déjà formée, mais ne se laisse pas voir encore. Cependant cette main peut exécuter des actions mécaniques, bien nettes, prendre une sonnette, un livre, toucher la tête avec des doigts qu'où sent chauds et articulés. Enfin, dans la troisième période, à laquelle assez rarement, d'après mes propres expériences, arrive Eusapia, cette main est visible, photographiable. A une quatrième période, plus rare encore, il y a non seulement la main, mais encore tout un corps qui s'est ectoplasmisé. Vassallo, Porro, Morselli et Bottazzi ont pu voir ces matérialisations complètes.
Les phénomènes lumineux sont relativement fréquents. Certes, je n'ignore pas qu'ils prêtent à la simulation, au moins quand ils se présentent sous la forme de feux follets, qui, comme des lucioles, apparaissent devant les assistants, pour faire quelques voltes et disparaître. Je sais qu'on peut imiter le phénomène avec de petites projections phosphorôes, mais après la production de