SOMMEIL MAGNÉTIQUE A DISTANCE
rien de métapsychique — à deviner les intentions du magnétiseur. Le moindre bruit, le moindre regard des personnes de l'ambiance, suffisent pour qu'elles devinent la présence du magnétiseur ou ses intentions, et s'empressent de s'y conformer. Dans une expérience célèbre, Du Potet en 1827 a endormi Mad. Sanson, sans que Mad. Sanson pût, dit-il, connaître sa présence. Mais de cela est-on bien assuré ?Hcfsson et Récamier assistaient à l'expérience ; mais leur présence même n'était-elle pas, pour Mad. Sanson, un indice?
De nombreuses expériences ont été faites à diverses reprises pour établir une action fluidique à distance. Je citerai, parmi les dernières, celles de Pierre Janet et Gibert, de Boirac, de J. Ochorowicz, de J. Héricourt, du D'Dusart, et les miennes. Pour le dire tout de suite, ni les unes ni les autres n'entraînent la conviction.
Et pourtant, si, comme nous le démontrerons abondamment plus loin, il existe vraiment une sensibilité spéciale, cryptesthésique, qui nous révèle des faits que nos sens normaux ne peuvent nous apprendre, on conçoit bien que cette influence du magnétiseur puisse être perçue plus ou moins nettement par le sujet sensible. De sorte que la magnétisation à distance n'est qu'une des modalités de la cryptesthésie.
Même en admettant l'effluve humain, émission d'un fluide spécial, vibration particulière, rien ne dit que cette vibration soit comparable à la force rhabdique, celle qui fait tourner la baguette divinatoire, force émanant des choses et éveillant la cryptesthésie. Les émanations des choses ne sont probablement pas identiques au fluide des magnétiseurs. La volonté n'y est alors pour rien, puisqu'il s'agit de l'action de choses inintelligentes.
La distance n'y est pour rien non plus. Des cas de lucidité ont été signalés, alors qu'il y avait plus de mille kilomètres de distance entre l'agent et le percipient, de sorte que l'extériorisation de la sensibilité, par des cercles entourant notre tégument cutané et ne
1. P. Janet et Gibert, Sur quelques phénomènes de somnambulisme, Bull, de la Soc. de psychologie de Paris. Revue philosophique, 1886, (1), XXI, 190-198. — Ch. Richet, Un fait de somnambulisme à distance, Ibid., 199-200. — J. Héricocrt, Un cas de somnambulisme à distance, Ibid., 200-204. — A. Ruault, Le mécanisme de la suggestion mentale hypnotique. Revue philosophique, 1886, (2), G91. — Boirac (cité par Flammarion), L'inconnu et les vroblèmes psychiques, 310. — Dus art (cité par Flammarion), Ibid., 308.
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dépassant pas quelques mètres, ne peut être une explication plausible.
Il semble enfin que l'impression soit parfois tellement précise (une figure, un nom, une image) qu'on ne peut se contenter de dire : un effluve amenant le sommeil. La connaissance des choses est détaillée, minutieuse, complète. Autrement dit, il est prouvé que certains individus acquièrent, grâce à la cryptesthésie, des connaissances que les sens ordinaires ne donnent pas. Mais voilà tout ce qui est démontré. On n'a pas encore pu établir qu'il y a des effluves humains que dégage la volonté du magnétiseur et qui ont le pouvoir de provoquer le sommeil.
Quant à l'influence d'une pensée humaine sur une autre peusée humaine (thought transference, suggestion mentale, télépathie), ce n'est plus un cha pitre de l'hypnotisme ; c'est le chapitre fondamental de la métapsychique subjective, et nous l'étudierons plus loin avec détails. A ce point de vue le sommeil somnambulique à distance et l'action du fluide magnétique rentrent tout à fait dans la cryptesthésie. Mais la cryptesthésie est prouvée, tandis qu'il n'y a encore rien qui établisse] la réalité d'un fluide magnétique, émis par la volonté du magnétiseur et déterminant le sommeil.
(J. — Développement de la cryptesthésie par l'hypnotisme.
Assurément, dans certains cas, on constate la lucidité en dehors de toute hypnose ou de tout sommeil, puisque la plupart des exemples de monitions (que nous donnerons tout à l'heure) se réfèrent à des individus normaux. De même certains faits très remarquables de lucidité expérimentale, observés pendant les séances spirites, ont été fournis par des médiums que personne n'avait hypnotisés, et qui semblaient — mais ce n'était peut-être qu'une apparence, — absolument dans leur état normal .
Ainsi il est évident qu'il y a cryptesthésie en dehors de l'état hypnotique. Tout de même il n'est pas moins établi que l'hypnotisme augmente la cryptesthésie. Mainte personne, incapable quand tous ses sens sont éveillés, de donner quelque phénomène transcendental, deviendra, par moments, lucide, quand on l'aura hypnotisée.
Au lieu de supposer l'existence, très douteuse, d'un fluide magnétique (inconnu) qui aurait provoqué la cryptestbésie, il vaut mieux admettre que l'état hypuotique facilite la cryptesthésie, parce qu'il abolit ou diminue V esthésie normale .
C'est une hypothèse, mais une hypothèse vraisemblable.
A l'état normal nous sommes conscients de notre existence, nous percevons très distinctement des sensations multiples, celles que nos sens nous apportent. La vue, l'ouïe, nous donnent à chaque instant de multiples indications qui arrivent à la conscience, et la maintiennent éveillée. Ces sensations sont tellement fortes, et si nombreuses, qu'il n'y a plus de place pour les autres vagues et confuses notions que peuvent nous donner d'autres sensibilités mystérieuses. Nous sommes à peu près comme un individu qui se promène, au grand soleil de midi, sur une route. Alors il ne pourra pas voir la lueur falote du ver luisant qui rampe sous une feuille. Mais que la nuit vienne à tomber, cette luminosité du ver luisant sera très facilement et nettement perceptible.
Ce n'est là qu'une comparaison. Tout de même cette comparaison explique assez bien pourquoi l'hypnotisme et le sommeil normal, qui tous deux abolissent ou diminuent les sensibilités normales, favorisent la lucidité.
Les sujets très profondément hypnotisés sont insensibles. On a pu faire des opérations chirurgicales, sans provoquer de douleur, sur des personnes hypnotisées. J'ai souveut vu une jeune femme, plongée en un sommeil hypnotique profond, qui ne faisait ni un mouvement, ni un geste, quand les mouches se promenaient sur sa figure, déambulant sur ses lèvres et ses narines. Parfois les bruits les plus violents ne les réveillent pas, et ne sont pas entendus. Les grands sujets magnétisés sont insensibles aux excitations seasorielles ordinaires ; ce qui les rend peut-être plus sensibles à ces excitations de nature inconnue qui émeuvent la cryptesthésie.
De même beaucoup de monitionsont été relatées, qui ont eu lieu pendant le sommeil normal. M. Warcollier a statistiquement constaté la fréquence des monitions pendant le sommeil ou le demisommeil. C'est qu'alors, comme dans l'hypnotisme, les sens sont engourdis. Alors les vibrations inconnues, très faibles sans doute,
Ricbet. — Métapsj chique. 9
qui émeuvent la eryptesthésie, peuvent mieux être perçues. Pour entendre certain faible bruit, il ne faut pas que nous soyons entourés par des bruits multiples et retentissants, car ils masquent ce léger bruit qu'il faut percevoir. L'bypnotisme et le sommeil mettent la conscience dans le silence et dans l'obscurité nécessaires pour la perception de minuscules énergies.
11 faut rattacher à l'étude de la eryptesthésie les soi-disant divinations faites par les somnambules (consultations) sur le diagnostic ou sur la thérapeutique des maladies.
Je n'insisterai pas sur la thérapeutique. L'appréciation d'une action thérapeutique efficace, même dans la médecine non occulte, est si délicate, qu'il est impossible de dire quoi que ce soit de sérieux sur la thérapeutique recommandée par les somnambules. Et puis sur les malades la suggestion peut agir, et avec beaucoup de force, comme dans certains cas cela a été surabondamment démontré. Personne n'ignore qu'on a raconté des cas de guérisons extraordinaires observés à Lourdes, de notre époque, comme ceux qu'il y a deux siècles ou a vus sur la tombe du diacre Paris. Peut-être y aurait-il lieu d'introduire dans la science métapsychique quelquesunes de ces guérisons miraculeuses et authentiques. Je me contenterai, sans conclure, d'en signaler trois qu'il faut pourtant mentionner, à cause de la complexité des phénomènes, qui à certains égards touchent à la métapsychique.
Il s'agit d'abord d'une observation remarquable très bien prise par Emile Mag.mn1.
Une jeune fille de vingt-huit ans, MlleB..., est paraplégique depuis vingt-cinq mois : « les bras seuls peuvent faire quelques mouvements ; c'est à peine si elle peut tourner la tête. Il y a au rachis deux convexités, aux poumons râles et submatité ; la température est de 39a le soir. » Trois médecins portent successivement les diagnostics suivants :
1° Paraplégie : pronostic très grave ; -
2° Mal de Pott : compression de la moelle et paraplégie;
3° Paraplégie : lésion médullaire ; pronostic très grave.
1. Devant le mystère de la névrose. De la guérison de cas réputés incurables, in-12, Paris, Vuibert, 1920.