CHAPITRE VIII
DÉTERMINATION DES SURFACES AGRAIRES EN FONCTION DES QUANTITÉS DE SEMENCE QU'ELLES PEUVENT RECEVOIR
Les actes relatifs à la vente ou à rechange des terrains cultivés étaient rédigés, chez les Assyriens, avec plus de soin que chez nous, car on ne se contentait pas d'y indiquer, comme nous le faisons aujourd'hui, les confronts et les contenances des terrains vendus ou échangés, et Ton y ajoutait encore, dans tous les cas, les longueurs des côtés du périmètre.
Cette indication, malgré sa grande utilité, en cas de contestations ultérieures, n'avait pas cependant toute la rigueur d'une définition géométrique, parce que cinq conditions sont indispensables pour déterminer géométriquement un quadrilatère, et parce qu'on n'en pouvait déduire que quatre de la mesure des côtés. Mais l'indication de la contenance suffisait pour suppléer à l'imperfection de la définition géométrique.
Quant à cette contenance, elle était exprimée, sur les actes assyriens, de deux manières essentiellement difiérentes, tantôt en mesures agraires calculées d'après un arpentage fait suivant les règles exposées dans le chapitre 4 ci-dessus, et tantôt, par la seule indication des quantités de semence que les terrains vendus ou échangés étaient capables de recevoir. Ce dernier mode
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d'évaluation, beaucoup moins exact que Tautre, et, en même temps beaucoup plus ancien, avait été seul en usage dans le principe, et continuait à subsister, malgré son imperfection, par le seul efiEet de la routine, si vivace dans les campagnes (1). On ne peut le bien comprendre aujourd'hui et s'en servir pour calculer les contenances qui correspondaient aux quantités de semence employées qu'à la condition de connaître au préalable et d'une manière exacte, le rapport admis autrefois, chez les Assyriens, entre le volume de la semence et la surface du terrain à ensemencer.
M. Oppert, qui s'est appliqué à résoudre ce dijfficile problème, a dit à la fin de la dissertation qu'il a publiée en 1886, « ce que nous voulons montrer c'est la con- » nexion qui existe entre le mesurage des blés et l'ar- )) pentage des champs ; mais nous serons éclairés sur » tous les points douteux, qui obscurcissent cette ques- » tion difficile, le jour où des découvertes matérielles » nous mettront à même de définir le contenu des va- » leurs de capacité et des mesures agraires à une époque » donnée. Nous manquons de notions pareilles à celles » que les poids assyriens nous fournissent, pour la » stathmétique de ces peuples. Quand ce jour viendra, » nos travaux et nos hypothèses auront préparé les » érudits à venir à résoudre définitivement la ques- )) tion. » (§ III. Les mesures agraires exprimées par les mesures de capacités, page 26 du tirage à part.)
Si mon illusion n'est pas complète, les points douteux dont il était alors question sont maintenant définitivement éclairés, puisque nous connaissons, d'une manière exacte, dans le système assyrien, non seulement toutes
(1) Par exemple le nom de Sétérée est encore donné dans le midi de la France à la surface qui peut recevoir un Setier de semence.
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les mesures agraires de longueur et de superficie, mais encore toutes les contenances des mesures cubiques, et le moment semble ainsi venu où les travaux et les hypothèses du savant assyriologue peuvent être utilisés. C'est là ce que je me propose de faire en achevant cette étude.
Sans connaître, ni TU des arpenteurs qu'il suppose égal à 2 Pieds (au lieu de 2 Coudées), ni même les autres mesures agraires; sans connaître surtout ni la contenance de la mesure cubique qu'il nomme Sahia ou Log et que j'ai nommée Sa ou Gar, ni celle de la mesure qu'il nomme Qa ou Cab et que j'ai nommée Qa ou Ka, M. Oppertse livre à une série de calculs plus ou moins approximatifs dans lesquels il exprime : 1® les longueurs en fonction de l'U des arpenteurs, 2® les contenances agraires en fonction du carré de cet U, quoique ce carré ne soit pas une mesure agraire, et 3° enfin les quantités de semence employées, en fonction du Sa ; et en opérant ainsi, il parvient à établir que, dans tous les cas, le nombre des Sa était, chez les Assyriens, à peu près égal à la SO*" partie des contenances exprimées en fonction de U', ce qui revient à dire, en d'autres termes, que les Assyriens évaluaient autrefois à un Sa la quantité de semence nécessaire à une surface de 30 U' ou plus exactement de 120 Coudées carrées, puisqu'un U est, en fait, égal à 2 Coudées ; et comme nous savons que 30 Sa sont égaux à un Séphel, c'est-à-dire à un Empan cube, il résulte de ce qui vient d'être dit qu'un Empan cube servait à ensemencer une surface de 3,600 Coudées carrées, ou, en d'autres termes, un P/é^/ire carré.
La grande simplicité de ce résultat doit être remarquée, et semble bien capable de fournir, dès à présent, sinon une preuve directe, au moins un commencement de preuve de son exactitude, car il est bien difficile de
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croire qu'une série de calculs compliqués est capable de conduire, par hasard, si ces calculs sont inexacts, à un résultat aussi simple: un Empan cube par Plèthre carré, c'est-à-dire, en mesures françaises, 19 litres 533 pQ^p 10«res 49mq 7g^ qu ^^ tcrmcs plus simples et très exactement 187^^^ 50 par hectare.
Si telle est, en efiEet, la vérité, et si la quantité de semence, que Ton attribuait, dans la pratique, à un hectare, est approximativement égale à 187"^ 50, toutes mes précédentes aflBrmations relatives tant aux mesures de superficie qu'aux mesures de capacité sont aussitôt vérifiées, et deviennent, par cela seul^ réciproquement démontrées d'une manière incontestable. Mais M. Oppert, je suis forcé de le reconnaître, est loin d'accepter ce résultat, car après avoir admis plusieurs hypothèses invraisemblables, après avoir donné à l'Aune des arpenteurs 2 Pieds, au lieu de 2 Coudées, à la Canne 4°^536, au lieu de 8°'10, et à la Canne carrée 20°^^57, au lieu de 65°^^61, après avoir réduit le Sa ou Sahia à O^^^ll au lieu de 01^^656 et le Qa ou Cab à 11^411 au lieu de 6'^'561 !!! il finit par conclure en disant, à la dernière ligne du mémoire précité : « le Qa de l^^'lll aurait en- » semence à peu près 126 mètres carrés, ce qui est la )) proportion admise de tout temps et en tous lieux. »
l^i^ll pour 126 mètres carrés correspond en fait, à ggiitresjo seulement par hectare^ et l'on voit par là combien cette évaluation difiEère de la mienne.
Mais voici en quels termes je me suis exprimé dans msL théorie de l'arpentage chez les Assyriens, insérée dans le X® volume du Recueil de M. Maspero (p. 29) :
(( Au chapitre xliv du 1®^ livre de son Économie ru- )) raie, Varron déclare qu'on employait communément, » de son temps, 5 Modius de blé, par Jugère, et comme » le Modius, tiers du pied cube romain, contenait 8*^^671,
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» quand le Jugère, rectangle de 240 pieds sur 120, avait » une contenance de 25"^^^ 2S^^ 60, il est facile de voir » que la proportion de 5 modius ou de 43*"''®s355 pour i) 25"'®» 28°^*> 60, soit 171*"''«M59 par hectare, qui est la » proportion indiquée par Varron, s'éloigne déjà beau- » coup de celle de 88'^^''«^ 10 par hectare, admise par » M. Oppert, de tout temps et en tous lieux.
» Columelle, dans le chapitre ix de son 2® livre dit, » à son tour, comme Varron, qu'il faut 5 Modius de » blé pour ensemencer un Jugère, si la terre est médio- » cre, et ajoute cependant qu'on peut se contenter de » 4 modius par jugère (137^^^^^^ 167), si la terre est )) grasse, différence qui ne doit pas surprendre, parce » que la quantité de semence doit nécessairement va- )) rier, non seulement avec la qualité du terrain, mais )) aussi avec celle du blé.
» Si l'on veut se rapporter ensuite à une époque plus » rapprochée de la nôtre, on trouve, dans la Topogra- )) phie de la ville de Nîmes et de sa banlieue, publiée » en 1802 par MM. Baumes et Vincent, qu'on sème » communément:
» 1^ Dans les bas-fonds, 438 pouces cubes (8^^^''®* )) 688-322) de Touzelle ( Triticum hybernum aristis ca- » rens) par 100 toises carrées (3'*''®s768-743), en d'autres » termes, ItIIpI^^, soit 2'"^««287 par are, ou mieux en- )) core 228*i^^«»70 par hectare.
» 2^ 390 pouces cubes (7ïitres736.i86), dans les ter- » rains médiocres, soit JJi|ff^.?|ji| ou 2»^^^^^ » 203"''^«s65 par hectare
» et 3^ 365 pouces cubes {T'^'^^2^Q.21Q), dans les » mauvais terrains, soit ^ ff[^'^; ^^;^]| ou lïi^'«9060 par are, )) 190*it^««60 par hect^Lvef Topographie, p. 285).
)) A la page 292 du même ouvrage^ MM. Baumes et » Vincent ajoutent :
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(( Plusieurs agriculteurs éprouvent journellaï » qu'en réduisant d'un cinquième la quantité d^ » mence, ils obtiennent le même produit total. ^
)) Ce serait alors 182^^*^®^96 par hectare pour h » terrains, 162"^^®^92 pour les médiocres et 1! )) pour les mauvais.
» Il est probable que cette amélioration a été gp » ralement adoptée depuis lors, car, au moment aci )) les agriculteurs de la commune de Nîmes qui se ^ » vent depuis longtemps du litre et de Thectolitre 3 )) mesurer leurs blés, mais qui ont conservé en< )) Tusage de leurs anciennes mesures agraires, comp; )) généralement 10 litres de semence par É minée, ce )) fait 179^"''®^12 par hectare, Tancienne Éminée deNli )) ayant une contenance de 5°^«s58°'*ï273.
)) On peut même aller plus loin encore, car en c )) sultant d'autres ouvrages, on trouve d'autres ind )) tions.
» Ainsi, par exemple, M. Joigneàux a dit, dans » Livre de la ferme, qu'on doit employer 200 litr^ » semence par hectare, dans les terres légères, et^ » litres par hectare dans les terres fortes, et quoi )) cette évaluation s'éloigne, comme on le voit, enc )) plus que toutes les autres, des 88 litres par heci )) de M. Oppert, on la trouve cependant reproduite » les catalogues qui sont publiés, chaque année, )) MM.Vilmorin-AndrieuxetC^®, marchands-grainet » bien connus de Paris.
» En calculant la valeur moyenne des onze éva » tions qui viennent d'être rapportées, on la trc » représentée par 187^^*'®^20 par hectare ; et s'il est )) mis, comme je le crois, de considérer cette moye » comme infiniment plus rapprochée que les 88^^*' » de M. Oppert de la moyenne générale des évaluati
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