‹ Traitè de moraleChapitre 11 sur 49 · TH A 1TB DE MOHALE · texte numérisé non relu

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les bêtes féroces défendre leurs petits, au point de ne craindre ni violence, ni coups, ni blessures? Combien plus devons-nous aimer nos enfants!

Qu’est-ce que la nature a donné de plus doux au genre humain, sinon nos enfants à chacun de nous? La durée de notre vie est incertaine ; nous devons donc songer de bonne heure à munir leur enfance et à les pourvoir de toute espèce de ressources pour le temps où ils seront seuls.

Le plus glorieux monument qu’un père puisse laisser de soi-mème, c’est un fils, image de ses mœurs, de sa vertu, de sa constance, de sa piété, de son génie.

La gloire du père et l’imitation de ses vertus est le propre héritage du fils.

Le plus beau patrimoine qu’un père puisse transmettre à ses enfants, c’est la gloire de ses vertus et de ses belles actions : déshonorer un tel héritage est un crime, une impiété.

Que personne ne s’applique à entasser trésor sur trésor, pour laissera ses enfants d’immenses richesses : cela ne serait utile, ni pour eux, ni pour la patrie. Le meilleur revenu pour les jeunes gens est celui qui ne les expose point aux flatteurs et qui suffit à leur procurer le nécessaire. Il faut laisser à ses enfants, non beaucoup d’or, mais beaucoup d’honneur.

Souvent les pères , avec de bonnes intentions ,

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iont des vœux funestes à leurs enfants. Voulezvous être heureux, désirez qu’il ne vous arrive rien de ce qu’on souhaite ordinairement pour vous. Ce qu’on veut vous procurer en abondance, les richesses, les honneurs, le pouvoir, ce ne sont pas des biens véritables. Il n’est qu’un seul bien, la vertu. Faites-vous heureux vous-même; vous vous ferez heureux si vous pratiquez la vertu.

Cicéron reprochait vivement à Verrès d’avoir souffert, étant préteur en Sicile, que son fils fut témoin de ses désordres : « Tu te connaissais toimême, tu savais ta vie, et cependant tu conduisais avec toi ton fils déjà grand , afin que si , par caractère , il avait horreur des vices paternels, ^éducation et l’habitude le contraignissent de te ressembler; et parla tu as fait tort , non-seulement à ton fils, mais encore à l’état; car tu avais eu des enfants, non pour toi seul , mais pour la patrie ; non pour ton avantage personnel , mais pour l’utilité publique, Tu devais les élever et les instruire selon les maximes de nos ancêtres et les lois de la cité , et non les associer à tes crimes et à tes turpitudes. »

Vous avez donné un citoyen à la patrie : c’est bien, si vous parvenez à le rendre utile à son pays, utile dans la paix, utile dans la guerre; tout dépend des principes et des mœurs que vous lui inculquerez.

Trop souvent les parents présentent aux yeux

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de leurs enfants des choses dignes de blâme; et, tel est l’ordre de la nature, rien ne produit une corruption plus prompte et plus rapide que les exemples des vices au sein même de la famille. Rien de honteux à voir ou à entendre ne doit toucher le seuil de la demeure où réside un enfant. Le plus grand respect est dû aux enfants. Si vous vous proposez de mal faire, songez au jeune âge de votre fils : que l’aspect de votre fils enfant vous arrête sur le penchant du vice.

Plut à Dieu que nous ne fussions pas les premiers à perdre les mœurs de nos enfants! mais nous nous empressons d’affaiblir l’enfance par les délices. Cette molle éducation, que nous nommons indulgence, énerve entièrement et l’âme et le corps. Que ne désireront point, quand ils auront grandi, ceux qui auront vagi dans des langes de pourpre? Ils croissent dans des lisières : s’ils touchent la terre du bout du pied , les voilà aussitôt suspendus aux mains de ceux qui les soutiennent. Nous sourions au moindre mot licencieux qu’ils prononcent; nous accueillons par un sourire et par un baiser des paroles indignes d’enfants bien nés : et cela est tout simple; c’est nous qui les leur avons apprises, ils les tiennent de nous. Nos repas retentissent de chansons obscènes, des choses honteuses frappent les regards*,' nos enfants s’y accoutument, ils s’en font

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une seconde nature. Malheureux! ils ignorent le nom des vices, et déjà ils savent les vices mêmes.

Il importe beaucoup pour le reste de la vie que les enfants reçoivent de très-bonne heure de sages directions. Il est facile de discipliner des âmes encore tendres, et difficile au contraire de déraciner des vices qui ont crû avec nous. Les leçons données au premier âge pénètrent plus avant, et nous retenons naturellement avec bien plus de force ce que nous avons appris dans notre enfance, comme des vases neufs gardent longtemps le goût de la première liqueur.

Qu’il n’y ait donc point d’âge si tendre qui n’apprenne aussitôt à distinguer le bien et le mal. Que l’enfant soit averti de ne rien faire par cupidité, par malice, par emportement; car il faut le former, alors qu’il obéit plus facilement. Il faut avoir toujours présent à l’esprit ce mot de Virgile :

Tant de nos premiers ans l’habitude est puissante!

Servez-vous envers les enfants , tantôt du frein , tantôt de l’aiguillon; car il y a dans tous quelque chose à réprimer, quelque chose à exciter. Donnons-leur quelque relâche , mais ne les laissons point oisifs, et préservons-les des atteintes des délices. Rien ne les rend plus voluptueux

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et plus colères qu’une éducation molle et caressante. Il ne saura rien supporter, celui à qui On n’aura rien refusé, dont une mère toujours inquiète aura essuyé toutes les larmes , à qui on aura toujours donné raison contre ses maîtres.

Ayons soin aussi que l’enfant soit préservé de la flatterie, qu’il entende la vérité, qu’on lui reproche ses fautes, qu’il craigne quelquefois et qu’il révère toujours ses parents et ses maîtres : qu’il n’obtienne rien par la colère et par les larmes, mais qu’on lui donne spontanément, quand il sera calme, ce qu’on lui aura refusé lorsqu’il était irrité et pleurant.

L’homme qui combat pour la justice, qui défend les accusés, ou qui traite de la paix et de la guerre, n’est pas seul utile à la patrie. Celui-là est aussi un citoyen utile, qui exhorte les jeunes gens, qui forme leur âme à la vertu, qui les empêche de se précipiter dans les dépenses excessives et dans les plaisirs coupables ; qui leur enseigne ce que c’est que la justice, la piété, la patience, la force, et quel bien précieux est une bonne conscience.

Que les vieillards conservent assez de force pour instruire les jeunes gens, pour les former, pour les dresser à tous leurs devoirs; c’est assez : il n’y a point d’œuvre au-dessus de cette œuvre.

Les jeunes gens doivent aimer leurs maîtres

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comme les pères, non de leurs corps, mais de leurs âmes, et cette piété filiale contribuera puissamment à leurs progrès : car alors ils les écouteront volontiers, ils croiront à leurs paroles, ils désireront leur ressembler, ils se rendront aux écoles avec joie, ils ne se fâcheront pas d’étre repris, ils se réjouiront d’étre loués, et ils voudront mériter d’être de plus en plus aimés.

Les pères de famille, s’ils ne sont pas plongés dans un aveuglement stupide, auront toujours soin de choisir pour leurs enfants le maître le plus vertueux et la plus excellente discipline.

Le maître doit avoir pour ses élèves l’âme d’un père; il doit penser qu’il remplace auprès d’eux les parents qui lui ont confié leurs enfants. Qu’il n’ait donc aucun vice, et qu’il n’en souffre aucun; qu’a se défende également d’une sagesse morose, d’une douceur sans dignité : l’une produirait la haine et l’autre le mépris. Qu’il parle souvent de ce qui est honnête et bon; il punira d’autant moins qu’il aura plus averti. Qu’il évite la colère, tout en ne dissimulant rien de ce qui mérite correction.

On regarderait avec raison comme un mauvais père, celui qui, pour les causes les plus légères, réprimerait ses enfants par des coups continuels. Il en est de même d’un précepteur. Serait-on juste et raisonnable, si l’on commandait à un homme

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avec plus de dureté qu’on ne commande aux animaux?

Aucun animal n’est plus difficile à manier, aucun n’exige plus d’art et plus d’indulgence que l’homme. On rougirait de se mettre en colère contre les chiens et les bêtes de somme , et trop souvent, ô démence! l’homme soumis à l’homme est réduit à une condition pire que ces animaux. Nous portons remède aux maladies du corps, sans nous mettre en colère; l’âme a ses maladies qui demandent un médecin ami du malade.

L’homme à qui l’on a confié le salut et le soin d’autres hommes, doit lutter contre les vices et leur opposer une ferme résistance; mais il doit varier le traitement de ces maladies morales, employer des moyens tantôt plus doux, tantôt plus énergiques, et ne recourir aux remèdes extrêmes, que dans le cas d’une absolue nécessité.

Un père tire meilleur parti de la honte et de la récompense, que de la crainte, pour contenir ses enfants.

Le' maître habile, dès qu’il a un enfant entre les mains, s’efforce de découvrir son caractère, afin de savoir comment il doit manier cette jeune âme. Les uns seront indolents, si vous ne les aiguillonnez; d’autres bravent l’autorité; la crainte contient ceux-ci, affaiblit ceux-là; quelques-uns réussissent par un travail continu, d’autres par

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élans et par bonds. Donnez-moi un enfant que la louange anime, que la gloire réjouisse, qui pleure s’il est vaincu; le moindre reproche le mordra au vif, jamais je ne craindrai qu’il tombe dans l’indolence.

Ceux qui élèvent et instruisent les enfants doivent s’attacher avec un grand soin à reconnaître où le caractère de chacun paraît le porter; car l’éducation doit, autant qu’il est possible, s’accommoder au caractère de chaque élève.

Il faut-par dessus tout préserver les jeunes gens des voluptés honteuses, et les exercer, corps et âmes, à la fatigue et à la patience, afin qu’ils soient habiles et pleins de vigueur pour tous les devoirs civils et militaires.

Les jeunes Lacédémoniens apprenaient à supporter avec un admirable courage la douleur et le travail; et en meme temps on les exerçait à respecter, non-seulement l’autorité des magistrats, des parents et des maîtres, mais encore l’autorité même de l’âge.

Lorsque les jeunes gens voudront reposer leur esprit et se donner quelque plaisir, qu’ils se gardent de l’intempérance; qu’ils n’oublient pas ce respect mutuel sans lequel il n’y a rien de bon, rien d’honnête. La présence d’un homme plus âgé leur sera une garantie. La présence des vieillards est comme celle des magistrats; elle

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inspire aux âmes une véritable pudeur et une crainte libérale.

Qui oserait dire devant un vieillard des paroles dont il aurait à rougir?

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