DIGNITÉ DE LA NATURE HUMAINE
L’homme, créé à l’image de Dieu, capable de le connaître et de l'aimer, et destiné à vivre éternellement heureux de cette connaissance et de cet amour; voilà l’homme tel qu’il apparut aux premiers jours de la création , supérieur à toute créature terrestre, merveille intelligente et libre au milieu de tant d’autres merveilles.
L’homme se précipitant lui-même de ce haut degré d’honneur et de gloire, cessant d’obéir au Créateur pour s’asservir à la créature, et se ravalant parla même jusqu’à la condition des animaux sans raison, voilà l’homme tel que l’a fait sa propre volonté inspirée par le génie du mal.
L’homme racheté de l’esclavage des sens par un Dieu mort sur la croix , rendu aux sublimes prérogatives de l’être intelligent et libre , dominant de nouveau sur toutes les créatures par la connaissance et l’amour de Dieu , et , après une vie de combats et d’épreuves, reprenant , au sein de l’innocence et de la gloire , possession tle l’éternel
bonheur qui lui avait été préparé; voilà l’homme tel que l’a rétabli, au prix de tout son sang, le Fils de Dieu fait homme , notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, comme parlent saint Paul et Bossuet.
Écoutons aussi Pascal se demandant ce que c’est que l’homme : « Juge de toutes choses et imbécile ver de terre, dépositaire du vrai et amas d’incertitudes , gloire et rebut de l’univers.
« L’homme n’est qu’un roseau , le plus faible de la nature , dit l’admirable solitaire , mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. Ainsi toute notre dignité consiste dans la pensée : c’est de là qu’il faut nous relever, non de l’espace et de la durée. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
« Il est dangereux de faire trop voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui faire trop voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre; mais il est très-avantageux de lui représenter l’un et l’autre.
DBTOIBB B 21TB BS SOI-mAmE.
« Que l’homme donc s’estime son prix; qu’il s'aime : car il a en lui une nature capable de bien, mais qu’il n’aime pas pour cela les bassesses qui y sont. ,
a L’homme est visiblement égaré ; il sent en lui des restes d’un état heureux dont il est déchu et qu’il ne peut retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables.
« C’est la source des combats des philosophes, dont les uns ont pris à tâche d’élever l’homme en découvrant ses grandeurs, et les autres de l’abaisser en représentant ses misères. Ils se sont élevés les uns sur les autres par un cercle sans fin, étant certains qu’à mesure que les hommes ont plus de lumières, ils découvrent de plus en plus en l’homme de la misère et de la grandeur. En un mot, l’homme connaît qu’il est misérable. 11 est donc misérable, puisqu’il le connaît; mais il est bien grand , puisqu’il connaît qu’il est misérable.
a Ainsi, toutes les misères de l’homme prouvent sa grandeur; ce sont misères de grand seigneur, misères de roi dépossédé. »
• L’homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux. »
Voilà donc l’homme, l’homme de tous les temps et de tous les lieux , le juif et le gentil , le grec et le barbare , le libre et l’esclave , le prince
f 30 TBA1TB UB MOBILE.
et le sujet ; l'homme , en un mot : être admirable à son origine , mais déchu par sa faute; être déchu , mais relevé par le Dieu même qui l’avait fait à son image, et qui n’a pas voulu laisser tomber d’une chute éternelle le chef-d’œuvre de ses mains.
Oui, voilà l’homme, destiné à porter dans toute sa vie les glorieuses et tristes marques de ses trois états si divers. Prêtre et roi de la création , il n’aura que Dieu au-dessus de lui ; quelle grandeur ! Faible contre son propre cœur, et jouet de toutes ses passions , il sacrifiera son âme et son Dieu à la moindre satisfaction de son orgueil ou de ses sens; quel aveuglement et quelle bassesse! Mais descendu au fond de l’abîme, il entendra cette voix douce et puissante : Adam, où es-tu? et il se reconnaîtra , il s’humiliera , il avouera sa faute , et il sera pardonné ; il sera pardonné complètement, généreusement , magnifiquement : car un Dieu est mort pour lui, un Dieu prie pour lui , un Dieu se rend sa caution auprès du père commun. Il rentrera donc dans tous ses droits. Quelle consolante perspective !
« La gloire , l’honneur et la paix sont le partage de tout homme qui fait le bien. »
(Saimt Paul, Ep. aux Rom. c. it, v. 10.)
« Lorsque nous sommes tentés de mépriser l’humanité , en voyant de nos yeux ou en lisant dans l’histoire tant de faits qui tournent à sa
DEVOIES EHVBHS SOI-MÊME. 1 3 I
honte , rappelons-nous , dit un auteur qu’on ne peut trop citer quand on veut faire aimer et estimer l’homme (i), rappelons-nous ces mortels dont la vertu brille dans l’histoire; les grands hommes donnent un éclatant démenti à quiconque se fait une idée basse de la nature humaine — N’allez pas croire , à cause de l’éloignement des âges et des magnifiques destinées de ces personnages, qu’ils appartiennent à une autre espèce que la nôtre. Non , c’étaient des fils de la femme ; ils ont souffert , ils ont pleuré comme nous ; ils eurent comme nous de mauvais penchants à combattre; comme nous ils durent parfois rougir d’ eux-mêmes , enfin lutter pour vaincre.
« Les insensés et les pervers abondent, je le sais; mais ce qu’il importe de relever, le voici. L’homme peut se faire admirer par son génie; il peut se défendre de la perversité ; il peut même en tout temps , et quels que soient sa fortune et le développement de son esprit, s’enrichir de hautes vertus : â ces titres divers , il a droit à l’estime de toute créature intelligente.
« C’est en lui payant ce légitime tribut ; c’est en le voyant aspirer à une perfection indéfinie ; c’est en le voyant capable de se détacher de ce
(i) Silvio Pïllico, Livre des devoirs , au chap. de l’estime de l'Homme , traduction de M. de Latour.
ras
vil troupeau de bêtes, et de leur dire : je suis plus grand que vous, plus grand que toute chose terrestre qui m’environne; c’est alors que nous sentirons redoubler dans nos cœurs notre sympathie pour l’homme. Ses misères mêmes et ses erreurs nous inspireront une pitié plus grande, dès que nous penserons quel être noble c’est là. Nous nous affligerons de voir s’avilir le roi des créatures ; nous nous efforcerons tantôt de jeter un voile pieux sur ses fautes , tantôt de lui tendre les mains pour l’aiderà se relever de la fange, et à retourner au siège élevé d’où il est tombé. Nous nous réjouirons saintement chaque fois que nous le verrons , jaloux de sa dignité , se montrer invincible au milieu de la douleur et des outrages, triompher des épreuves les plus pénibles, et par fa glorieuse énergie de sa volonté , se rapprocher de son divin modèle » (i).
De prétendus philosophes se sont rencontrésau milieu même du christianisme , qui , déchirant le sein maternel , ont représenté la doctrine chrétienne comme une suite de préjugés vulgai-
(l) Sur cette grande question de la nature humaine, il faut lire quelques pages de Bossuet dans ses Élévations sur les Mystères , et l’cxellent ouvrage publiéen « 833, par M. l'abbé Frère, professeur suppléant à la faculté de Théologie , sous ce titre : ï Homme connu par In lévélation et considéré dans sa nature, dans ses rapports et dans ses destinées.
DBVOIHS ENVBHS SOI-MEME. 1 33
Tes , corame une faiblesse des petits esprits , comme une infirmité de la raison humaine ; et en même temps, hommes inconséquents et aveugles, ils applaudissaient à l’antique philosophie qui réduisait toute sagesse et toute vertu à ce peu de mots : se vaincre soi-même, s’abstenir et souffrir. Mais qnoi! n’est-ce pas là le fond même de l’Évangile? n’est-ce pas là porter sa croix? et ne faut-il donc plus avoir le cœur haut , l’âme généreuse, pour s’élever au-dessus de tout ce qui est matériel , palpable , visible , et pour ne se conduire que par le sentiment de ce qui est invisible , par le goût de ce qui est éternel ? Dites <jue les chrétiens véritables sont rares, je vous entends, et je m’étonnerais qu’il en fût autrement; mais ne dites pas qu’ils sont des êtres faibles et de peu de courage. Toujours luttant contre leurs passions, toujours prêts à soutenir la guerre du bien contre le mal , glorieux esclaves , non de la coutume, mais de la vérité, nobles victimes du devoir, ils ont droit du moins à votre estime. Tous les préceptes de l’Évangile demandent de la force, a dit Massillon; le ciel, dit Jésus-Christ même, ne s’emporte que par les forts.
Alexandre, au moment de marcher à la conquête de l’Asie, distribue à ses soldats tous ses trésors de Macédoine, et il ne se réserve
que l’espérance : tous les siècles ont admiré Alexandre. Le chrétien parait dans le monde , s’avançant à la conquête du ciel ; il use des biens de la terre comme n’en usant pas , il fait une large part aux pauvres , et , quand il le faut, il sacrifie le monde entier à son devoir; lui aussi brûle ses vaisseaux et ne se réserve que l’espérance. Aux yeux de la raison comme aux yeux de la foi , le chrétien est plus grand qu’Alexandre.
« Aimez-vous la terre, dit saint Augustin, vous serez terre : aimez-vous Dieu , j’ose presque dire, vous serez Dieu. »
TITRE II
DK LA KBCKASITK ET DM AVABTAOE9 DR L’iKSf RÜCTIO*.
Connaître Dieu , aimer Dieu , et vivre éternellement heureux de cette connaissance et de cet amour, telle est la fin de l’homme.
Les différents degrés de connaissance et d’amour constituent les différents degrés de bonheur.
Plus l’homme connaîtra , plus il aimera ; plus il connaîtra et aimera, plus il aura de vie et de félicité.
Combien il est donc juste et désirable que
DBVOIRS ENVERS SOl-MÔMB. I *j
cet être immortel appelé à une si haute et si heureuse destinée, puisse développer librement son intelligence et sa volonté, afin de connaître et d’aimer Dieu, et de le connaître et de l’aimer tel qu’il s’est manifesté!
Or, Dieu s’est manifesté comme créateur et comme rédempteur; et sous l’un et l’autre titre, il est nécessaire de le connaître, il est doux de l’aimer, il est juste enfin de lui payer le tribut d’adoration et de gratitude que mérite le double bienfait de la création et de la rédemption.
Comme créateur, il a ouvert aux recherches , aux études et à l’admiration des hommes un champ immense, où se révélent à chaque instant des prodiges de puissance, de sagesse et de bonté. En même temps il a voulu que l’homme ne pût faire servir à sa propre utilité toutes ces merveilles de la création, qu’en associant l’art à la nature, c’est-à-dire en joignant l’œuvre humaine à l’œuvre divine.
De là ces sciences si variées et si merveilleuses elles-mêmes, parle secours desquelles l’homme accomplit la grande loi du travail , dans son intérêt particulier et dans l’intérêt général de la société dont il est membre; sciences dont le perfectionnement est d’autant plus désirable que, comme on l’a fort bien remarqué , à mesure que l’homme multiplie les agents intermédiaires qu’il
136 TJIAITB DB MOHALB.
ajoute à ses bras et qui les remplacent en grande partie, son action intellectuelle, avec plus de loisir, doit recouvrer plus de force, d’indépendance et de liberté, et peut s’appliquer davantage au progrès moral et religieux ; sciences enfin , qui , bien comprises , sont autant d’anneaux de la chaîne infinie qui lie la création au créateur et qui conduit l’homme à Dieu. « Philosophes de nos jours, s’écriait Bossuet (i ) dans le siècle des Newton, des Descartes et des Leibnitz, de quelque rang que vous soyez , ou observateurs des astres , ou contemplateurs de la nature inférieure et attachés à ce qu’on appelle la physique, ou occupés des sciences abstraites qu’on appelle mathématiques où la vérité semble présider plus que dans les autres ; je ne veux pas dire que vous n’ayez de dignes sujets de vos pensées : car, de vérité en vérité, vous pouvez aller jusqu’à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vérité , la vérité même , où subsistent les vérités
(l) On nous saura gré de citer souvent Bossuet, la plus grande gloire de la France et des temps modernes; Bossuet, à la fois si sublime et si simple; Bossuet, l'orateur évangélique, par excellence; Bossuet, qui sait si bien imiter Paul en se faisant tout à tous, et qui, comme le dit spirituellement M. Joubert, • chez tous les peuples, dans tous les temps et dans toutes les conditions, se fût montré un homme d'un grand sens , d'un grand esprit, et serait devenu l’oracle de sa ville, de son canton, de son hameau , de sa tribu , de ses voisins et de sa famille. •
que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables *, c’est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences, mais ne vous y laissez point absorber. »
Comme rédempteur, Dieu a fait bien d’autres prodiges de sagesse et de force pour sauver l’humanité; il a répandu bien d’autres faveurs que l’esprit de l’homme ne connaîtra, que son cœur n’appréciera, que sa langue n’exaltera jamais assez.
Sous tous les rapports, la nécessité de s’instruire est évidente pour le chrétien. L’instruction est le pain de l’intelligence, et il est vrai de dire de ce pain , comme du pain qui nourrit le corps, que l’homme doit le manger à la sueur de son front.
L’instruction et l’éducation , pour être complètes et dignes de l’homme, doivent tout à la fois lui donner, autant qu’il est possible, une suffisante connaissance de la nature , des sciences et des arts ; et , d’autre part , l’éclairer sur les rapports qui le lient à la créature et ali créateur, afin qu’il remplisse dans toute son étendue sa noble destination.
La religion est un aromate qui empêche la science de se corrompre. (Bicoh.)
a Dès que vous le pouvez, c’est pour vous un devoir sacré de cultiver votre esprit. Vous vous
TBA1TB DB MOBALB.
rendrez par là plus propre à honorer Dieu , votre patrie , vos parents , vos amis. Le savoir joint à la modestie, porte l’âme à aimer Dieu plus profondément, à aimer plus profondément le genre humain.... La cause de la religion, celle de la patrie, celle de l’honneur, veulent des champions armés d’abord d’intentions vertueuses, ensuite de science et de bonne grâce. »
(Sll.VIO Prluco. )
L'Âme est un feu qu'il faut nourrir ,
Et qui g’éteint s’il ne s’augmente. (Voltaire.)
Et on ne saurait trop le redire : toutes les âmes ont le même droit à un aliment convenable et proportionné à leurs forces.
Aussi , ce que la religion désire à l’égard de l’instruction du peuple, une habile et généreuse politique l’a toujours conseillé , une sage législation l’a toujours prescrit.
Nous entendions, il y a soixante ans, la noblesse, d’accord avec le clergé, conjurer le prince depropager/uiÿMe s dans les campagnes les moyens de donner une instruction suffisante à ceux qui les habitent, et qui puisse s'étendre même jusqu’aux pauvres.
« Dans les beaux jours de 1789, alors que la France, souriant à ses nouveaux destins, se préparait à proclamer Louis XVI le Restaurateur de la liberté, cette même noblesse et ce même
DEYOIBS KM V ERS SOI-MÊME. I SJ»
clergé s’ associèrent plus d’une fois à ce mouvement des esprits et du siècle, et ils en donnèrent une preuve éclatante en demandant « que l’é- « ducation publique fût perfectionnée, qu’elle fut a étendue à toutes les classes de citoyens , et que a tous les Français, les pauvres comme les ri- « ches , apprissent , en naissant , à connaître , à « respecter, à chérir leurs lois. »
Déjà , dans les siècles antérieurs , la noblesse , loin de craindre que le peuple ne vît la lumière, voulait a pédagogues et gens lettrés en toutes « villes et villages, pour l’instruction de la pauvre « jeunesse du plat pays , en la religion chrétienne , « bonnes mœurs, et autres sciences nécessai- « res. »
Ces derniers mots nous amèneraient naturellement à parler plus longuement d’un nouveau rapport sous lequel les hommes d’État doivent envisager l’instruction du peuple.
Il est, en effet, pour le peuple même , et surtout pour le peuple , des sciences nécessaires , indépendamment de la science de la religion et des mœurs.
Ces sciences nécessaires au peuple , c’est tout ce qui excite , encourage et développe en lui le travail , père de toutes les vertus.
Les gouvernements puissants et habiles ne sauraient trop varier, trop multiplier, jusque
dans les rangs les plus inférieurs de l’ordre social, les moyens d’accomplir cette grande loi du travail , imposée à l’homme dès l’origine du monde, et source inépuisable de bonheur public et privé ; ils se doivent de ne négliger aucun effort , aucune combinaison, pour arriver à ce qu’il n’y ait, dans le plus vaste empire , pas un seul homme qui soit , malgré lui , condamné au supplice et au malheur de l’oisiveté.
Depuis 1 8 1 4 » le bienfait de l’instruction est devenu plus que jamais le droit et le besoin de tous les Français. Elles n’ont pas retenti en vain ces paroles du grand citoyen qui présidait le Conseil royal en 1819: le jour où la Charte fut donnée , l' instruction universelle fut promise , car elle fut nécessaire (1).
Cette instruction était nécessaire sous le rapport politique, afin que tout Français comprît mieux et plus vite les nouvelles et complètes franchises dont allaient jouir toutes les communes du royaume ; elle était nécessaire aussi sous d’autres rapports que la religion et l’humanité doivent apprécier.
(1) M. Royer-Collard prononçait ces mémorables paroles , en parlant de l'instruction primaire au milieu des élèves de tous les collèges de Paris, rassemblés dans le palais de l'Institut, pour la distribution des pria du concours général. Aujourd’hui cette nécessité est plus évidente encore : plus de lilwrté suppose plus d’instruction.
0EVOWS EfIVEJBS SOI-MÉME. T4t
Et d’abord , s’il est vrai de dire que de la première instruction qui ouvre l’intelligence, de la première éducation qui prépare la volonté, dépend tout l’homme; s’il est juste d’en conclure que les chefs des nations , obligés de pourvoir incessamment au bien-être physique et moral des hommes dont Dieu leur a confié le bonheur, doivent mettre au nombre de leurs premières obligations le soin de procurer à tous une instruction qui se proportionne à tous les esprits, une éducation qui convienne à toutes les âmes, combien ces vérités et ces conséquences sont-elles plus frappantes encore et plus incontestables, quand il s’agit de l’instruction et de l’éducation du peuple !
Instruction et éducation du peuple! mots vides de sens , avant que le christianisme eût éclairé le monde ; idée touchante , idée sublime , depuis qu’un Dieu s’est fait homme, a conversé parmi les hommes, et les a tous appelés à la lumière de son Évangile.
Car, dès que le Verbe a étc fait chair, dès que l’intelligence divine s’est laissé voir, entendre et toucher à nos sens étonnés et ravis, dès que Dieu s’est abaissé jusqu’à l’homme pour relever l’homme jusqu’à Dieu, dès lors tout ce qui avait forme humaine, rappelé à sa dignité première , a dû faire effort pour arriver à la forme divine; et dans la pensée de cette magnifique
14 a T1AITB DI MOBALB.
destination, en présence de l’infini, combien ont été vaines aux yeux chrétiens nos petites inégalités de fortune, de rang ou de naissance! Comme elles se sont évanouies, fumée légère que dissipe un vent impétueux , cire sans consistance qui ne peut soutenir l’aspect de la flamme! Alors les montagnes ont été véritablement aplanies , les vallées ont été comblées , et dans ce nouveau monde moral, ainsi nivelé par la religion de Jésus-Christ, tout habitant de ce globe, jusque-là le domaine de l’orgueil et de la force, tout homme a pu voir le Sauveur que Dieu avait envoyé. Tout homme a pu marcher par cette voie, se nourrir de cette vérité, vivre cette vie. Tout homme a pu être chrétien, et suivant l’apostolique expression d’un Père de l’Église , tout chrétien est un autre Christ (i).
TITRE III