‹ Traitè de moraleChapitre 2 sur 49 · I.NTRODUCTlOX · texte numérisé non relu

I.NTRODUCTlOX

Il n'en devait plus être ainsi du moment où l'IIomme- Dieu venait en personne apporter sur la terre toute grâce et toute vérité , lui qui a pétri delà même argile et racheté du même sang le riche et le pauvre, le grand et le petit, le fort et le faible, le savant et l’ignorant ; il a dû vouloir et il a voulu être le sauveur de tous les hommes ; il les a tous appelés au même bonheur moral; il a parlé avec autorité, il a parlé pour tous, et tous l'ont entendu. C’est là le propre caractère du christianisme.

En attendant, le monde avait vécu ; des sociétés s’étaient formées; beaucoup de maximes vraies avaient été enseignées; de grands exemples de vertu avaient été donnés.

Ainsi , « les anciens sages, comme l'observent Rollin et ses disciples (i), ont fort bien établi qu'il existe un Dieu, maître souverain de l’univers, libre dispensateur des biens et des maux ; que sa providence veille , non-seulement sur tous les hommes en général , mais encore sur chacun d'eux en particulier; qu’il connaît nos pensées les plus secrètes, et que c’est lui qui nous inspire les bonnes, comme il condamne et punit les mauvaises ; que le véritable culte qu'on lui doit consiste dans la pureté du cœur, et que les injustes désirs ne sont pas plus permis que les actions criminelles; qu’il éprouve les gens de bien par les afilictions et leur donne la force de les supporter; que le bonheur de l'homme ne consiste ni dans les plaisirs, ni dans les honneurs,

fi) Préface du recueil Srlrctœ r projanis scrt/>loiihus historitr.

INT HOIMJCTION.

ni dans les richesses , mais dans la vertu ; que nous ne devons accorder au corps que ce qui est nécessaire pour le soutenir; qu’on doit souffrir les injures et ne point rendre le mal pour le mal , mais faire du bien à tout le monde, même à ses ennemis; qu’il n’y a de véritable amitié que celle qui a la vertu pour fondement et pour but ; qu’il faut suivre en tout la vérité et la justice; qu’il vaut mieux perdre son repos, sa liberté, sa vie , que de manquer à son devoir. »

Il est bon , ajoutait le pieux recteur, de montrer aux jeunes gens combien il serait honteux à des chrétiens, qui ont reçu le don inestimable de la foi, d'avoir des sentiments et des moeurs moins raisonnables que les païens.

Et telle sera aussi notre conclusion. Les grandes maximes de la morale n'avaient point de sanction chez les anciens philosophes; elles en ont une chez les chrétiens, une forte, éclatante, impérissable, puisqu’elles se confondent avec la parole même de Dieu dans l'enseignement public de l'Eglise.

C’est un beau spectacle que celui du modérateur suprême , se jouant à l'origine des choses dans la création de l’univers, disposant avec un soin particulier un de ces mille globes échappés de sa main puissante , y plaçant avec amour l’homme fait k son image, mais l'homme doué d’une entière liberté; puis, quand cet être privilégié a failli , le laissant errer dans la voie que son orgueil s'est choisie, au gré de ses passions, à la lueur vacillante de sa raison déchue; l'obligeant, s’il est de bonne foi , à confesser sa profonde misère et son impuissance finale; et enfin, du milieu de la sombre

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nuit qui couvre le monde, au temps marqué par les prophète» , faisant apparaître son Fils bien-aimé , le Verbe éternel , lesoleil dejustice. A peine Jésus-Christ s’est montré , la nature humaine reprend toute sa dignité ; la raison recouvre sa première force; l’image de Dieu est rétablie pure et fidèle , et désormais Diomme , assisté de la grâce divine, peut sans témérité prétendre à devenir parfait comme le Père céleste est parfait.

Nous avions eu un instant l’idée de diviser cet ouvrage en trois parties. Nous eussions montré , dans la première, la raison humaine livrée à elle-même et faisant effort pendant quatre mille ans pour arriver à la connaissance du devoir et au sentiment de son impuissance ; dans la seconde , le peuple à qui Dieu avait donné sa loi , prévaricateur obstiné malgré cette loi , et , disons mieux , à cause de la loi même ; dans la troisième , le peuple chrétien recevant de J. C. mort sur la croix la loi parfaite, et avec la loi, le pouvoir et laforce nécessaires pour l'accomplir. Nous ne nous sommes pas dissimulé les avantages d’une pareille division, qui nous représentait l’humanité luttant successivement contre le géniedu mal avec les seules forces de la nature , avec la nature et la loi, avec la nature , la loi et la grâce. Cependant , frappé de cette autre pensée qu’en définitive tout dans le monde se réduit à ces deux choses, l’homme tombé, l’homme racheté; J. C. promis , J. C. donné ; nous souvenant que les patriarches ont vécu eux aussi , dans la foi au Dieu Sauveur; qu' ainsi la religion du Christ date des premiers temps, et que les Juifs croyants ont été des chrétiens avant l’Évangile, nous nous sommes arrêté à

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cette grande et capitale distinction, ce qu'a découvert la sagesse humaine chez les païens et ce qu'a révélé la sagesse divine chez les chrétiens; et pour cette seconde partie, nous avons puisé indistinctement aux deux sources, si fécondes et si pures, de l’Ancien et du Nouveau Testament

Devoirs envers Dieu , devoirs envers soi-même, devoirs envers le prochain , ainsi se partage presque nécessairement tout ouvrage sur la morale. Nous suivrons le même ordre.

Nous présenterons dans une première partie le résumé de ce que les anciens ont écrit de plus remarquable ; nous exposerons ensuite ce que nous apprend la doctrine chrétienne.

Mais au moment où nous terminions ce modeste recueil dans lequel nous avons essayé de rassembler quelques règles deconduite qui supposentla foi au passé , et pour l’avenir une confiance fondée sur cette foi même , nous avons lu dans une feuille publique , justement accréditée, une série d’assertions presque désespérantes. « Nous sommes aujourd’hui, nous dit-on, dans une de ces époques de doute où les croyances générales qui régnaient sur les esprits ont été renversées , et à la place desquelles de nouvelles croyances ne se sont pas élevées encore;., de là l’anarchie intellectuelle qui règne parmi nous; de là le mépris pour l’expérience et par suite pour la vieillesse , le mépris de la réflexion , l’absence <T études sérieuses; de là, comme conséquence rigoureuse, cette ignorance profonde et cette présomption singulière dont le caractère est si affligeant à no-

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tre époque; de là l'affaiblissement universel des esprits et des volontés.... mais de là aussi, continue-t-on, la plus noble circonstance de notre époque et la plus belle d’avenir, c’est-à-dire l’amour du changement, l’ivresse du nouveau.... Nous cherchons des solutions nouvelles... Ce qu’il nous faut, c’est une réponse à toutes les grandes questions auxquelles le christianisme avait répondu et auxquelles rien ne répond maintenant.... Tant qu’on n’aura pas les solutions suprêmes aux grandes questions qui intéressent l’ humanité , le malaise continuera : il ne s’agit pas ici de la question politique, mais de la question morale et religieuse , bien autrement vaste , et dont toutes les autres ne sont que des dérivations... » Nous, humbles chrétiens, nous croyons que le christianisme , chef-d'œuvre du Dieu qui a créé et racheté le monde , a eu , a encore et aura toujours réponse suffisante à toutes les grandes questions qui intéressent l’humanité; que ce qui manque à la société actuelle , ce ne sont pas les réponses aux questions , ce sont des auditeurs bénévoles et sincères de ces mêmes réponses. Nous pensons que deux routes conduisent à la science de la morale comme à toute autre science, l’intelligence et la foi : l’intelligence par laquelle l'esprit adhère à tout ce qui peut être actuellement compris ; la foi par laquelle il accepte ce qui ne peut être encore ni compris ni vu, mais qui le sera têt ou tard. Il nous paraît que toute science doit d’abord pénétrer dans notre esprit par la voie de l’autorité (0; qu ainsi l’exige la na-

(i) Aucttuilas Cüinj/rtiriium scicnticc, a tlU saint Augustin : fi (if s tx mut. tu, Hit saint Paul.

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ture même de l'homme , qui débute dans cette vie d’un jour par une ignorance universelle et du bon et du vrai ; qui s'y avance timidement et pas à pas, éclairant par degrés quelques-unes des ténèbres de son intelligence, réformant peu à peu quelques-unes des erreurs de sa volonté ; et qui arrive si vite à la (in de sa course , ayant à peine entrevu quelques clartés sur le bien et sur le mal , sur le vrai et sur le faux de toutes choses. Enfin , et nous aussi, nous attendrons les solutions nouvelles ; nous attendrons que cet autre arbre de la science du bien et du mal, Y ivresse du nouveau, ait donné son dernier fruit; nous attendrons que Y amour du changement ait substitué quelque chose de meilleur et de plus digne à cette religion des Augustin et des Bossuet, des Vincent de Paul et des Fénelon , qui naît de la foi, s'appuie sur l'espérance et vit de la charité; à cette religion qui sonde les misères humaines , et n’en découvre aucune quelle ne veuille et ne puisse soulager ; qui fait un appel à toutes les vertus, et n’en voit aucune qui lui soit étrangère ou ennemie ; qui somme tous les vices de comparaître à son tribunal, et u’en trouve pas un seul qui ose soutenir sa présence ; qui élève l’homme et ne l’enorgueillit point ; qui l’humilie et ne l’abat point; qui l’arrête au moment de faire le mal par la crainte d’un Dieu terrible en ses vengeances, et eu même temps l’invite à faire le bien par le désir de plaire à ce même Dieu si puissant, mais si aimable et si bon; qui adopte et confirme tout ce que la sagesse humaiue a jamais proclamé de favorable aux mœurs et à l'ordre, et qui, par delà cette sagesse humaine, nous montre la sagesse divine.

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Dieu même , annonçant à tous les hommes les doctrines de salut et de vie, par lesquelles [la face de la terre a été renouvelée.

Et en attendant, convaincu que nul autre nom sous le ciel ne nous a été donné par lequel nous puissions être améliorés, perfectionnés, consolés et sauvés, voyageurs d’un moment sur cette terre qui, pour les dixneuf-vingtièmes des hommes, est la vallée des larmes, nous continuerons d’écouter le Seigneur et son Christ, comme les maîtres du monde et comme les meilleurs amis de l'enfance.

En professant hautement ces belles et salutaires doctrines, nous qui tenons à honneur d’être, depuis 3a ans et plus , membre de l’Université de France , nous remplissons, autant qu’il est en nous, et pour notre faible part , la noble mission qu’elle a reçue le jour où une main puissante l’a placée au milieu denotreordre social, si ébranlé et si obscurci , comme une colonne et comme un phare. Une base indestructible lui fut donnée, la religion catholique; au même instant, il fut dit que cette grande institution se tiendrait constamment au niveau de toutes les idées libérales propres à favoriser le progrès des lumières, des bonnes études, et des bonnes mœurs.

On voit à quel point l’Université peut être un instrument de haute civilisation et doit naturellement contribuer à la propagation de la véritable morale. La raison en est sensible : qu’il nous soit permis de l’exposer en quelques mots.

Dans le fond des choses et par la nature même des institutions, il existe une intime et honorable alliance en-

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tre le Clergé et l'Université, comme il en existe une également honorable et intime entre l'Université et les savantes sociétés dont, à bon droit, notre France est si fière : triple alliance d'où sortiront, dès qu’on voudra s'entendre , paix et lumière, gloire et bonheur.

Depuis i g siècles, grâce au christianisme et à son divin fondateur, les peuples ont vu naître, grandir et se perpétuer parmi eux , à travers leurs continuelles révolutions, un corps chargé de transmettre d’àge en âge, au nom et avec l'autorité de Dieu même, le précieux dépôtdes doctrines religieuses. Ce corps auguste, immortel, dont la tête est aux cieux , dont l’ empire, tout spirituel , ne finit que là où finit le monde, ce corps exclusivement chargé de l’enseignement doctoral delà religion, c’est le corps ecclésiastique, c’est le Clergé. La France est le pays où ce même corps s'estle plus constamment distingué par ses vertus, par ses lumières, par son attachement aux saines doctrines , par une franche , loyale et solide piété.

« En même temps , il existe parmi nous un corps dont la destination naturelle et spéciale est de conserver, en 1* agrandissant, un dépôt, qui, d’un ordre inférieur au premier, a néanmoins une haute importance, le dépôt des sciences, des arts et des lettres. Ce corps, que la France montre avec complaisauce à ses amis et à ses envieux; qui ne permettra jamais à l’esprit humain de faire aucun pas rétrograde; qui encourage, honore, récompense les nobles efforts de l'imagination et du génie, qui ouvre une carrière à tous les talents, leur décerne des couronnes , et leur offre la brillante pers-

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pective d’un asile plein de gloire sous les yeux mêmes de nos rois ; ce corps si justement célèbre, le monde l'a nommé : cest la réunion de nos cinq académies; c’est

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