‹ Traitè de moraleChapitre 3 sur 49 · I.’lNSTlT1JT ROYAL DE FRANCE · texte numérisé non relu

I.’lNSTlT1JT ROYAL DE FRANCE

* Mais ici une double réflexion se présente.

« L’immense service que le Clergé rend à la société, en entretenant le feu sacré de la religion parmi les hommes, malgré leur passions ou leur indifférence, en dépit de leurs vices ou de leurs erreurs, à travers les résistances , les calomnies et les sarcasmes , la pire espèce de persécution; un tel service n’est-il pas assez laborieux et assez difficile , pour que les ministres chargés de cette belle , mais pénible mission , épuisent , à la bien remplir, tout ce qu’ils peuvent avoir de temps, de talents et de forces? Il est du moins incontestable que là se borne ce qu’on peut appeler leur devoir, et que l’Etat n’a du reste aucun droit d’exiger d’eux qu’ils s'occupent directement de la prospérité des arts, des sciences et des lettres.

« D’autre part, nos cinq académies n’accomplissentelles pas leur utile et glorieuse destinée , lorsque perpétuellement appliquées à suivre les progrès des lettres, des arts et des sciences, ajoutant sans cesse à nos richesses eu ce genre par leurs propres travaux et par les encouragementsqu’ elles donnent aux travaux étrangers, ellesassurentà la France cette autre espèce de supériorité morale qui lui appartient dans le monde savant et littéraire? Du moins encore est-il certain que là se trouve, pour ces académies , la limite du devoir, et que la société n’a pas le droit d’exiger qu’elles s’occupent direc-

IJitBODUCTION.

tcment du soin de propager et d’accroître l’esprit religieux.

« Ce n’est pas sans doute que le corps dépositaire et gardien des doctrines religieuses soit nécessairement étranger aux études profanes.

« Ce n’est pas non plus que le corps chargé de faire prospérer ce dernier genre de connaissances soit nécessairement étranger aux choses religieuses.

« D’illustres exemples ont, au contraire, prouvé, dans tous les siècles et dans tous les pays, que, des deux côtés, à mesure que les bons esprits s’élèvent dans les régions supérieures et avancent davantage dans la vérité , terme unique et essentiel de toute instruction , ils se pénètrent réciproquement par plus de points, et découvrent entre eux un plus grand nombre de rapports. »

Cependant on est forcé de convenir qu’à de moindres hauteurs, les distances qui séparent les différents objets paraissent considérables. Les formes diverses que prend la vérité semblent être des oppositions dans les choses mêmes ; et trop souvent nos faibles intelligences , succombant sous des apparences contraires, se rejettent tout d'un côté; et , soit conviction , soit amour-propre, vautentexclusivementcequ’ elles ont préféré, dédaignent

et réprouvent cequ’elles ont abandonné et négligé.

On doit donc s’ attendre que, dans l’ordre commun et général de la société, chacun des corps que nous venons de considérer se montrera exclusivement fidèle à sa mission propre, et qu’ ainsi le corps ecclésiastique s’inquiétera faiblement de la prospérité des sciences , des arts et des lettres , comme aussi les corps savants et littérai-

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res prendront une faible part aux progrès plus ou moins rapides, plus ou moins étendus de l’esprit religieux.

Et certes , nous ne prétendons point énoncer une pareille observation comme un reproche , soit pour les corps mêmes, soitpourlesmembresdecescorps. Cen'est pas un reproche pour les corps : car nous supposons quecliacund’eux circonscrivant de cette manière et concentrant sur un point déterminé les efforts de son zèle, n’en sera que plus attentif et plus ardent à donner tout ce que l’ordre social attend de lui. C’est encore moins un reproche pour chaque membre en particulier ; car aujourd’hui comme autrefois, au 19 e siècle comme au 17', il se trouvera des hommes éminents qui renouvellerqnt les exemples de cette heureuse réunion de vertus et de lumières, de talents et de principes, qu’on admira dans les Euler et les Bossuet, dans les Massillon et les Pascal, dans les Fénelon et les Bourdaloue , dans les Newton, les Leibnitz et les Racine , dans les Duguet, les Rollin et les Sacy.

Tout ce que nous voulons dire, c’est qu’il y a convenance et utilité dans l’existence d’un corps mixte à qui sa destination fait une loi de maintenir avec une égale fidélité, de cultiver avec un soin égal , et les doctrines célestes et les connaissances humaines; d’un corps qui repose à la fois sur ces deux fondements , la religion et la science ; d’un corps qui doit veiller tout ensemble à ce que la jeunesse reçoive des principes fixes de conduite, des règles invariables de croyance, et à ce que les études, marchant avec la société, ne souffrent jamais ni obscurcissement ni diminution ; d’un corps

INTRODUCTION

enfin, qui se voit dans l’heureuse nécessité de tenir au Clergé par l’esprit religieux, et à l’Institut par la culture des sciences et des lettres.

Ce corps désirable , ce corps nécessaire, nous oserons le dire ce corps mixte qui ne peut se concevoir ni

sans un esprit religieux qui le rapproche du Clergé, ni sans un amour et un goût des sciences et des lettres, qui lui donnent des points de contact avec l’Institut ; ce corps, qui, par la loi essentielle de son être, est tout à la fois moral et religieux, savant ef littéraire ; ce corps enfin qui semble un trait d’union tiré au milieu du système social, entre d'autres corps que leur nature propre ou plutôt certains préjugés semblaient d’abord devoir isoler, c’est évidemment le corps chargé de l’instruction et de l’éducation publique de la jeunesse dans tout le royaume, c’est l’ Université.

Si nous ne nous faisons point illusion, il y a là une raison d’existence , un principe de vie qui protège puissamment cette institution, et qui la destine, qui la consacre à l’enseignement de la jennesse comme à un second sacerdoce.

Un autre principe de vie et de force pour l’Université, comme aussi une autre et immense ressource pour la propagation de la morale religieuse, résultent de ce que le corps chargé de l'éducation publique embrasse dans son enseignement les plus hautes et les plus humbles connaissances, rassemble conséquemment dans ses nombreuses écoles les riches et les pauvres, se prête à tous les vœux raisonnables par son organisation également forte et flexible, et est toujours en mesure de satis-

XVI INTRODUCTION

faire à tous les besoins réels d’une grande société qui s’avance rapidement vers les degrés les plus élevés de la civilisation.

Au milieu du bruit confus des intérêts et des affaires , dans l’agitation , l’éblouissement et le trouble qu’occasionnent les essais plus ou moinsheureux de l’industrie , les vastes entreprises du commerce, on entend quelquefois demander comment on pourra rétablir parmi les hommes, et jusquedans lesdernières classes delà société, le règne des antiques vertus , le sentiment vrai de la dignité humaine, le respect mutuel, la confiance réciproque, dans les uns la bienveillance et le désintéressement, dans les autres la résignation courageuse et patiente, dans tous l’amour de la justice, le dévouement au devoir, et la soumission à l'ordre de la Providence qui distribue, comme bon lui semble, les biens et les maux. Notre réponse sera simple. Nous dirons à tous ceux à qui il est donné d’exercer quelque influence sur les autres hommes : « rappelez la foi antique par vos '•‘''ours et par vos actions, seule manière d’achever les discours; ayez sérieusement l’Evangile en honneur; 11’allez pas, après dix-huit siècles de cette divine lumière , remettant perpétuellement en question tout ce qui était décidé dans la conscience du genre humain, nous réduire à tourbillonner sans repos et sans fin dans le même chaos d’idées où s’agitaient misérablement les peuples qui n’avaient pas connu ledon de Dieu; et alors, prenez confiance. Le peuple reviendra à la religion, quand vous ne renverrez pas la religion au peuple. »

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