‹ Traitè de moraleChapitre 21 sur 49 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

TITRE I"

DF. l'aKOUH DB la JUSTICE.

Un jurisconsulte français, l’un des philosophes chrétiens qui ont honoré le siècle des d’Aguesseau et des Pascal, le savant et vertueux Domat, a montré dans son Traité des lois (i ) comment tous les devoirs de l’homme envers luimème et envers la société découlent naturellement du double précepte de l’amour de Dieu et de l’amour des hommes.

Honneur à Domat! honneur à la religion qui lui a inspiré cette belle et féconde pensée!

« La première loi de l’homme, celle qui lui commande la recherche et l’amour du souverain bien, étant commune à tous les hommes, elle

fants; frappé des pieux et nobles sentiments qu’un de tes enfants avait exprimés en diverses circonstances de sa courte vie et jusque sur son lit de mort, il s’élait plu à recueillir, pour la conso r lation de la mère et pour l’instruction de la jeunesse, ces inspirations d’une belle âme , les vœux, les regrets, les sages conseils, d’une jeune Chrétienne.

( i ) En tête de l’ouvrage sur les lois civiles.

renferme une seconde loi qui les oblige à s’unir

et à s’aimer entre eux Destinés à

être unis dans la possession d’un bien unique qui doit faire leur commune félicité, et à être unis si étroitement qu’ils ne feront qu’un, ils ne peuvent être dignes de cette unité dans la possession de leur fin commune , s’ils ne commencent leur union en se liant d’un amour mutuel dans la vie qui les y conduit. . . . Dieu a tellement assorti les hommes entre eux, et l’univers à tous les hommes, que les mêmes objets qui doivent les exciter à l’amour du souverain bien les engagent aussi à la société et à l’amour mutuel; car on ne voit et on ne connaît rien, ni hors de l’homme ni dans l’homme , qui ne marque sa destination à la société. »

Le premier fondement de cette société, et pour ainsi dire, la première forme de l’amour que nous nous devons les uns aux autres, c’est la justice.

La justice consiste essentiellement à accomplir, sans réserve et sans délai , ce grand précepte : reruùe à chacun ce qui lui est du.

C’est la règle souveraine du roi sur son trône; du magistrat sur son siège; du juré dans la salle de ses délibérations; de l’administrateur dans son cabinet; du père de famille au milieu de ses enfants; du maître vis-à-vis de ses serviteurs; de l’instituteur à l’égard de ses élèves; du proprié-

taire envers ses voisins; du négociant envers ceux avec qui il traite ; de tout ce qui a quelque devoir à remplir envers tout ce qui a quelque droit à exercer.

Aussi la sainte Écriture nous rappelle sans cesse, quelle que soit notre position en ce monde, à ce sentiment de la justice; et la puissance suprême, dit un grand pape, a été donnée aux princes , afin que rendant plus facile aux bons la pratique des vertus, la voie du Ciel en devienne plus large et plus ouverte (i).

« La justice élève les nations, la justice affermit le trône des rois. »

« La justice est plus agréable à Dieu que l’immolation des victimes. »

« Celui qui absout le coupable et celui qui condamne l’innocent sont tous deux abominables devant Dieu. C’est un grand mal d’avoir égard à la qualité d’un méchant homme, pour se détourner de la vérité dans les jugements. »

« Double poids et double mesure sont en abomination aux yeux de Dieu. »

« Ne touchez point aux bornes des faibles et des petits , n’envahissez point le champ des orphelins. Dieu , qui se déclare leur proche , est

( i ) Ut qui bona appetunl , adjuventur, et via Cœlorutn largiùa pateat. ( Sa mi Gaacoiaa, epltre 6î ).

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puissant, et il prendra lui-même en main leur cause contre vous. »

« Ne négligez point de prendre la défense des innocents. Si vous dites : Je n’en ai pas le pouvoir, celui qui voit le fond des cœurs saura bien le discerner. Rien n’échappe à celui qui a donné et qui conserve l’être à votre âme, et il rendra à chacun selon ses œuvres. »

« Ne cherchez point à devenir juge, si vous n’avez assez de force pour rompre l’injustice. »

« Celui qui répand le sang et celui qui refuse au mercenaire le prix de son travail, sont frères. »

« Ceux qui disent au méchant , Vous êtes juste , seront maudits des peuples et détestés des nations. »

« Combattez jusqu’à la mort pour la justice; la justice est stable et immortelle; les justes vivront éternellement ; le Seigneur leur réserve une grande récompense, et le Très-Haut prend soin d’eux ; ils recevront de sa main un royaume admirable , et un diadème éclatant de gloire.

a Malheur au contraire , malheur à ceux qui font des lois et des ordonnances injustes pour opprimer le pauvre dans les jugements, pour accabler l’innocence des faibles, pour dévorer la veuve comme leur proie , et pour mettre au pillage le bien des pupilles! Que feront-ils au jour

où Dieu les visitera , et à qui auront-ils recours?

« Bienheureux ceux qui ont faiin et soif de la justice, parce qu’ils seront rassasiés!

« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice , parce que le royaume des Cieux est à eux! »

« Celui qui agit injustement recevra la peine de son injustice : car Dieu n’a point d’égard à la condition des personnes. »

« Vous aurez un poids juste et vrai, des balances égales et fidèles : car Dieu a toute injustice en horreur. »

TITRE II

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