‹ Traitè de moraleChapitre 23 sur 49 · DH L ? AMOUR DK L % PATRIE · texte numérisé non relu

DH L ? AMOUR DK L % PATRIE

Que nous soyons les ouvrages du même Dieu, les enfants du même père , les candidats de la même éternité , ce sont des raisons d’aimer tout ce qui porte le nom d’homme; mais, si nous ne voulons pas nous abuser et nous faire illusion , cet amour général de l’humanité n’empêchera pas l’affection plus agissante et plus vive qui doit nous lier de plus près à ceux de nos semblables au milieu desquels nous naissons , nous vivons , nous souffrons et nous méritons. Ces deux mots , famille et patrie, sont comme l’histoire abrégée de tout ce que la divine Providence a préparé

(i) Vixcrunt mira concordin, iovicem anteponcndo.

pour nous de faveurs spéciales et de bienfaits particuliers. Ils nous représentent en même temps la série des actes plus ou moins fréquents, plus ou moins étendus, plus ou moins difficiles, par lesquels nous sommes appelés à faire preuve de ce même amour de l’humanité, qui autrement courrait risque de ne se réaliser jamais, et de demeurer une abstraction à la fois orgueilleuse et vide.

Aimons donc d’un amour tout spécial la pu trie et la famille.

Et d’abord, la patrie, c’est-à-dire, comme la définit l’illustre écrivain que nous aimons à citer, « cette agrégation d’hommes que la même religion , les mêmes lois , les mêmes mœurs , une même langue, une même origine, une même gloire , les mêmes malheurs et les mêmes espérances, tous ces éléments enfin, ou la plupart de ces éléments unissent dans une commune sympathie. »

(Silvio Pkllico. )

Bossuet nous fait remarquer combien ce sentiment est autorisé dans les livres saints.

« La société humaine demande qu’on aime la terre où l’on habite ensemble; on la regarde comme une mère et une nourrice commune ; les hommes se sentent liés par quelque chose de

fort, lorsqu’ils songent que la même terre qui les a portés et nourris étant vivants , les recevra en son sein quand ils seront morts. Joseph mourant dit à ses frères d’emporter ses os avec eux : ce lui est une douceur d’espérer suivre ses frères dans la terre que Dieu leur donne pour leur patrie... Tant que les Juifs demeurèrent dans un pays étranger, ils ne cessèrent de pleurer; ils ne pouvaient se résoudre à chanter leurs cantiques sur le bord des fleuves de Babylone ; leurs instruments de musique, autrefois leur consolation et leur joie, demeuraient suspendus aux saules plantés sur la rive... O Jérusalem! disaient-ils, si jamais je puis t’oublier, puissé-je m’oublier moi-mémc ! »

TITRE IV

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