LIVRE IV
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TITRE I
DE L t OBÉISS4IVCB AUX LOIS.
Nous avons retracé sommairement les devoirs de l’homme envers Dieu , envers soi-même , envers les autres hommes. Les devoirs de l’homme sont ses lois.
« Tous les êtres ont leurs lois, dit Montesquieu ; la divinité a ses lois ; le monde matériel a ses lois; les intelligences supérieures à l’homme ont leurs lois ; les bêtes ont leurs lois ; l’homme a ses lois( i ). »
Mais voici apparaître dans le système du monde quelque chose d’étrange.
Dieu a ses lois , et il les suit ; le monde matériel a ses lois, et il les suit ; les bêtes ont leurs lois, et elles les suivent; l’homme seul nie ou viole ses lois.
Ce don funeste, ou, si on veut bien entendre , cet étonnant privilège de pouvoir méconnaître ses lois, l’homme le trouve dans sa double nature; et cette merveille de sa double nature nous semble démontrée par cela même qu’il
(l) Esprit des lois; liv. i. chap. i.
220 THAITK DE MORALE.
peut choisir, avec une entière liberté, l'ordre ou le désordre , l’obéissance ou la révolte.
,« L’homine , dit encore Montesquieu ( i ), l’homme, comme être physique, est, ainsi que les autres corps , gouverné par des lois invariables. Comme être intelligent , il viole sans cesse les lois que Dieu a établies , et change celles qu’il établit lui-même. Il faut qu’il se conduise , et cependant il est un être borné ; il est sujet à l’ignorance et à l’erreur, comme toutes les intelligences finies ; les faibles connaissances qu’il a, il les perd. Comme créature sensible, il devient sujet à mille passions. »
De là l’évidente nécessité des lois positives pour réveiller la conscience endormie , ou pour ramener dans de meilleures voies la raison égarée.
« Un tel être, ajoute Montesquieu , pouvait à tous les instants oublier son créateur; Dieu l’a rappelé à lui par les lois de la religion. Un tel être pouvait à tous les instants s’oublier lui-même ; les philosophes l’ont averti par les lois de la morale. Fait pour vivre dans la société , il pouvait oublier les autres; les législateurs l’ont rendu à ses devoirs par les lois politiques et civiles. »
Ainsi, lois de la religion, lois de la morale,
(i) A l’ endroit déjà cité.
DE L’0B8ISSAt«CE AUX LOIS. . 221
lois de l’État; voilà la triple règle de l’homme. S’il s’y conforme , le monde social est dans l’ordre comme le monde physique. S’il s’en écarte , il y a nécessairement désordre, anarchie , crime; l’iniquité se répand sur la terre, et les maux se multiplient parmi les enfants des hommes , troublent les États, désolent les familles, jusqu’à ce qu’ enfin Dieu , qui a fait la part de l’homme et du temps , mais qui s’est réservé l’éternité , retirant à lui toute force et tout pouvoir, faisant désormais prévaloir sa justice souveraine , nous mette tous en face de nos oeuvres , et , comme parle l’Écriture, donne à chacun pour toujours ce qu’il aura le mieux aimé , le bien ou le mal , la vie ou la mort.
En attendant cette solennelle et infaillible consommation de toutes choses, nous voyons en effet trop souvent les lois de la religion oubliées, dédaignées, abandonnées; les lois mêmes de la morale négligées et enfreintes ; et l’on serait tenté de croire que dans cette société ainsi amoindrie, ainsi abaissée, il n’est plus d’autre règle aux actions des hommes, d’autre digue à leurs passions, que les lois de l’État.
Digue impuissante et vaine !
Règle incertaine , règle tout extérieure !
Que feront les lois émanées des hommes , si les lois de Dieu ne sont pas respectées? Que de-
viendra l’autorité de l’homme , si l’autorité de Dieu n’est pas reconnue? Dans le naufrage presque général des sentiments élevés, des pensées généreuses , des pieuses affections et des nobles désirs , sera-ce un intérêt grossier, matériel , sans avenir, sans immortalité, qui suffira pour sauver les sociétés et les familles? La pensée de Dieu ôtée du monde , sera-ce l’ambition et l’amourpropre qui le maintiendront en paix et en ordre ?
Qu’on ne s’y méprenne pas, qu’on écoute plutôt cet oracle des saintes Écritures : « Si le Seigneur ne bâtit une maison , c’est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. Si le Seigneur ne garde une ville, c’est en vain que veille celui qui la garde. »
Oui , c’est la pensée de Dieu qui fortifie tout à la fois, et qui contient le pouvoir humain; c’est la pensée de Dieu qui tout ensemble ennoblit et facilite l’obéissance des peuples.
Heureuses donc et trois fois heureuses les nations où cette sublime pensée illuminerait tous les esprits , animerait et échaufferait tous les cœurs , premier bégaiement de l’enfance , cri de guerre du jeune homme dans cette rude milice de la vie , chant de triomphe du vieillard !
Alors seulement les lois de l’homme ont une sanction puissante , une imposante majesté , tme