DE L’OBÉISSANCE AOX LOIS
force supérieure qui soumet les volontés et dompte les passions.
TITRE IL
DE LA LOI EH FRANCE j MOTIF* PARTICULIERS DE l’oBEISSANCE DAH* CB NOBLE PAYS DE FRANCE.
L’obéissance aux lois de l’État est à la fois un devoir et un droit.
« A côté du devoir d’obéir aux lois , se trouve, comme le disait un orateur philosophe ( i ), le droit de n’obéir qu’aux lois et de ne craindre qu elles. En cela consiste la liberté , et cette liberté est le premier droit de l’homme. On peut combattre ce sentiment , mais on ne peut le détruire ; il se conserve dans les chaînes , il vit dans les prisons , il renaît sous la hache des licteurs. L’homme né libre, mais avec le besoin d’être gouverné, s’est soumis à des lois, jamais aux caprices d’un maître. Nul homme n’a le droit de commander arbitrairement à' un autre. »
Nous voudrions montrer qu’en France du moins, c’est ainsi que, de tout temps, on a
(i) Thomas.
224 TBUTB DE MOBALE.
compris le commandement et l’obéissance; et cela dans l’ordre politique comme dans l’ordre religieux. C’est la gloire propre, c’est l’éternel honneur de la France.
Oui, selon l’antique esprit français, à partir des forêts de la Germanie , comme selon le véritable esprit du gouvernement constitutionnel, il existe parmi nous un principe invariable, sacré, qui conserve à l’homme toute sa dignité, qui protège la puissance des rois comme la liberté des peuples et la paix de l’Eglise comme la paix du monde, que toutes les intelligences comprennent, que toutes les voix invoquent; c’est que la loi, œuvre de la volonté générale, est supérieure à toute volonté individuelle.
Dieu même a mis, il y a dix-huit siècles et plus, dans l’admirable constitution de son église, ce principe d’ordre et de stabilité, contre lequel sont venues se briser toute erreur, toute révolte et aussi toute domination arbitraire.
En même temps, Dieu a voulu que le génie français posât ce même principe au fond de sa constitution politique, et en pénétrât les mœurs nationales.
« Que rien ne soit valide de ce qui nous aura été surpris de contraire aux canons , » ont dit
db l'obéissance aux lois. 215
an monde entier les Célestin , les Léon , les Adrien, les Hilaire.
« Que tout ordre émané de nous qui serait contraire à la loi, n’ait aucune force, » nous ont dit nos rois.
Que dit la loi? Tel a toujours, été en France le premier cri contre toute espèce de despotisme , ecclésiastique ou civil ; et de là les résistances qui s’élevaient au sein de nos parlements et des états généraux contre les édits qui semblaient contraires aux lois, contre les bulles qui paraissaient contraires aux canons.
On a souvent reproché aux Français d’étre un peuple léger, mais ce reproche est lui-même une légèreté autant qu’une injustice. Nulle autre nation n’a eu sur les points essentiels des idées plus arrêtées, des doctrines plus solides, des résolutions plus constantes.
Également éloigné de l’adulation et de la méfiance; appréciant les avantages du gouvernement d’un seul, mais détestant la servitude comme l’anarchie; amant de ses rois, indocile aux despotes ; trop raisonnable et trop généreux pour n’étre pas sujet fidèle et dévoué , trop raisonnable aussi et trop bien né pour n’ètre pas mauvais esclave, le Français a su mettre, dès les premiers temps, un invincible obstacle à tous
les excès, à ceux de la liberté comme à ceux du
pouvoir.
Il a toujours vu dans la loi une volonté souveraine, d’autant plus sûre de régner sur les peuples qu’elle régnait sur les rois, et maîtresse absolue des uns et des autres, précisément parce que les uns et les autres avaient concouru à donner aux sages conseils ce grand caractère de loi.
Sans doute une nation qui a posé ce premier fondement de son existence n’est pas à l’abri des tempêtes et des malheurs. Les circonstances peuvent être difficiles , les sacrifices considérables ; la loi peut donc devenir rigoureuse et son joug pesant : mais c’est le joug de la loi , et comme tous l’ont voulu , tous le portent.
« La première loi d’un souverain , disait notre immortel Henri , c’est d’observer toutes les lois, et il a lui-même deux souverains, Dieu et la Loi. » ( Mémoires de Sully. )
Cette royale pensée n’appartenait pas seulement à la grande âme d’un Henri IV. La plupart de nos princes se sont attachés à multiplier les précautions contre l’abus qu’on pourrait faire de leur autorité pour éluder l’empire des lois. « Si quelqu’un , dit le fils même de Clovis , nous trompe et obtient par surprise un ordre contraire à la loi , que cet ordre n’ait aucune force ,
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et que nos juges se gardent d’y obéir ( i ). . »
C’était assurément le vœu d’une haute et sage politique ; c’était aussi le vœu d’une exacte justice. La loi française étant l’œuvre commune du monarque et des sujets , il ne pouvait dépendre du monarque seul de l’abroger.
Il vit plus que jamais dans nos mœurs , il est entré dans le fond de nos entrailles , ce grand et salutaire principe. Conservons-le , transmettons-le , pur et sans tâche , à nos derniers descendants , mais à condition d’en tirer cette juste et nécessaire conséquence , que nous devons regarder l’obéissance à la loi comme le plus simple, le plus facile et le plus indispensable de nos devoirs.
Et ne craignons pas de le redire : pour que l’obéissance à la loi humaine soit facile et douce , pour que cette seconde majesté soit inviolable , tâchons que la majesté première soit connue, soit respectée , soit aimée. Persuadons-nous bien que tout devoir envers la patrie est d’abord un devoir envers Dieu même , ce grand ordonnateur des empires qui partagent le monde : gravons profondément dans nos âmes le sentiment de ce Dieu tout-puissant et tout bon qui prescrit et ré-
(i) Si quæ licentia contra Icgem impetrata vel obtenta fuerit, ajudicibus repudiata, inanis habeatur et vacua. (Cap. de Baluze.)
compense toute bonne action , qui défend et punit toute action mauvaise , qui a fait la société civile comme la société religieuse , et qui , dans l’une et dans l’autre, veut l’ordre et la paix. Soumission à Dieu, obéissance à ta loi ; l’ordre et la paix sont à ce prix.
APPENDICE O