‹ Traitè de moraleChapitre 28 sur 49 · MÉDITATIONS SUR LE PATER · texte numérisé non relu

MÉDITATIONS SUR LE PATER

PAR DH CHRÉTIBH SOÜPFRART.

La divine prière a été traduite dans toutes les langues connues; et il n’est point aujourd’hui de peuple si lointain , de nation si sauvage, chez qui ne puisse être entendue cette touchante invocation adressée au père commun des hommes, de même qu’il n'est pas dans la vie de situation qu’elle ne puisse ou consoler ou embellir.

Le nombre de ceux qui souffrent a toujours été considérable; ils apparaissent en tous lieux, depuis la cabane du pauvre jusqu'au palais des rois; ils l'emplissent tous les temps, depuis le jour où l’boinme, rebelle à son Dieu , introduisit dans le monde le péché et la mort, jusqu'au jour suprême qui renouvellera toutes choses. Les affligés de tout rang.de tout sexe, de tout âge , forment constamment l’immense majorité des habitants de cette terre d'exil.

Quand cette idée des souffrances humaines se présente seule à l’esprit, elle le trouble, elle l’abat , elle le désespère. C’est en vain (*)

(*) Dans le cours de notre longue carrière, nous avons eu diverses occasions de faire publiquement l'application ou l'exposé des doctrines morale et religieuse qui nous ont rendu la vie heureuse et douce malgré de rudes et douloureuses épreuves. Nous avons espéré qu’on nous pardonnerait ces réminiscences d'un vieillard , qui a souvent rêvé le bien et qui a tâché d'imiter, quoique de loin , les bons exemples dont une nombreuse famille et la sainte amitié l'ont constamment environné.

230 THAITE DE MOUALE.

qu'il s'efforce d'armer sou courage et d’affermir sa vue; à l’instant où il croit avoir compris la nécessité du malheur, la démonstration lui échappe, et il retombe sur lui-mérae confus et désolé.

Mais que cet être si malheureux vienne à lever vers le ciel ses yeux baignés de pleurs , qu’il y découvre un Dieu , et dans ce Dieu un père; qu’il permette à ses lèvres de laisser échapper ces mots doux et sacrés; comme il se ranime! comme il renaît à l’espérance ! comme il se résigne à vivre et à souffrir encore, tant que Dieu voudra, et comme Dieu voudra valuntas.

Alors toutes les souffrances sont des prières, comme dit excellemment Nicole; prières de l’innocent que Dieu destine à glorifier son nom par une noble et généreuse patience, ou prières d’un coupable à qui Dieu donne les moyens de glorifier ce même nom grand et terrible , par une patience pleine de repentir et d’humilité.

Car il n’y a pas d’autre raison des maux qui tombent incessamment sur les enfants des hommes.

Dieu ne fait rien , ne peut rien faire que pour sa gloire. Si donc nous souffrons, c’est qu’il nous éprouve ou qu’il nous punit; et , par là, il glorifie ou sa force qui éclate dans les justes, ou sa miséricorde qui opère lentement et douloureusement dans les pécheurs.

Il vaut mieux, nous dit le prince des apôtres, avec la double autorité de la leçon et de l’exemple, il vaut mieux souffrir faisant bien qne faisant mal ( i ).

Mais comme nul ne sait s’il est digne d’amour ou de haine, comme nul n’est parfaitement pur aux yeux du Dieu trois fois saint, qui nous assurera que nous souffrons innocents?

Ainsi, tous ceux que Dieu visite par la douleur ont un juste sujet de se glorifier tour à tour et de s'humilier ; de se glorifier sans orgueil , de s'humilier sans abattement. Cet admirable équilibre, où l’àme humaine parvient difficilement à s’établir, et que la raison seule ne donne pas, est le propre caractère de la religion de t’Homme-Dieu; et s’il est quelque monument où ce caractère

») Saint Pierre, pitre, cli. y 17,

APPENDICE

sacré ait été plus profondément empreint de la main même de l’auguste fondateur de la religion chrétienne , c'est bien cette puis santé prière où l’homme apparaît tout à la fois si confiant et si timide, si riche et si pauvre, si fort et si faible, si humblement ambitieux , si noblement misérable.

Aussi, comme la religion se plaît à mettre dans la bouche et dans le cœur de ses enfants cette prière si courte et si pleine ! Elle ta leur rappelle dans ses temples et au milieu de ses plus augustes mystères; elle la leur rappelle dans la solitude, dans les voyages, au commencement, au milieu et à la fin de chaque journée, par* tout où ils ont une grâce à demander, un acte de soumission à faire, un péril à fuir, un mal à conjurer. Prière admirable tout à la fois de grandeur et de simplicité! Elle a suffi au génie d’un Bossuet; elle remplissait l’àme de saint Louis; elle est comprise de l’enfant qui bégaie encore; elle réjouit le pauvre dans sa chaumière ; la sœur de charité la répète avec bonheur.

Ce divin abrégé de la doctrine chrétienne, salutaire à tous tes hommes, est surtout précieux à ceux qui souffrent, à ceux qui, ne disposant que de quelques moments d'attention et de ferveur, ont besoin de dire beaucoup en peu de mots.

Heureux , trop heureux le chrétien souffrant , s’il comprend ce cri d’espérance et d’amour, notre Père!

Souffrant nous-méme et depuis longtemps , mais depuis long* temps aussi soutenu , consolé par l’auteur et le consommateur de notre foi , nous nous sentons pressé de rendre gloire à Dieu. Nous avons pu méditer à loisir durant les longues heures du jour, durant les heures plus longues encore de la nuit , sur le peu que nous sommes, sur la déplorable facilité avec laquelle l’homme perd de vue Dieu et l’éternité, sur l'inconstance de ses résolutions , sur son attache excessive aux choses présentes et visibles, sur son insensibilité prodigieuse aux choses invisibles et futures; nous avons pu observer trop souvent combien un état habituel de souffrance amène avec soi de susceptibilités ridicules, d’impatiences déraisonnables, de volontés capricieuses et injustes: nous avons gémi sur nous-méme en nous retrouvant sans cesse avec toutes ces misères.

TRAITE DE MOBALB.

D’autre* fois, il nous a semblé que nous étions admis à goAler le don de Dieu , que sa force aidait notre faiblesse, que la sainte es|)érance nous ouvrait ses trésors, que l'affliction nous était bonne et que pour nous aussi, faible chrétien, la croix avait ses charmes.

Nous bénirons le Père céleste , entre les bras de qui nous voulons vivre et mourir, si, en retraçant quelques-unes des impressions qui se sont succédé dans notre âme pendant les jours d'épreuve, nous donnons occasion à nos frères souffrants de louer aussi, de bénir aussi, de glorifier et d'aimer de plus en plus le suprême dispensateur des biens et des maux , l'être tout-puissant et tout bon qui blesse et qui guérit, qui conduit jusqu'aux portes du tombeau et qui en ramène ; ou , plus miséricordieux encore, plus tendre et plus magnifique, assure à ses enfants, par delà le tombeau, dans l’éternel royaume delà justice et de la vérité , tout ce que l’esprit de l’homme peut concevoir, tout ce que son cceur peut aimer, une vie sans fin, une gloire sans tache, un bonheur sans mélange.

Notre Père... Il est donc vrai : je souffre , mais mon Père le sait. Courage donc , courage et confiance , je ne suis point abandonné.

J'avais peine à porter les maux qui pèsent sur mon existence, me croyant seul à savoir et à sentir tout ce que j’éprouve : je n’apercevais pas de consolateur assez intime et assez puissant. Mais voici mon Père; il me voit , il m'entend , il m'écoute.... mon Pèrel

Comme tout a changé pour moi dès l'instant où ce bon Père s'est fait reconnaître I Ah 1 je le sens, mes maux sont adoucis par cela seul qu’il les voit Il les voit, et il m’aime, espérons.

Oui, j’espérerai, et mon espérance ne sera pas confondue; elle est déjà un si grand bien au milieu de mon extrême affliction!

Moire Père.., Je ne me lasserai point de redire ce doux nom, de pousser ce cri des enfants : mon Père I

Je veux jouir de cette adorable préseuce : mon Père est avec moi , il connaît mes maux, il les voit; ah! certainement il les soulagera.

APPENDICE. ÏSÎ

Mais que dis-je? il les voit t c'est bien plus, c’est bien mieux; il les veut, il les ordonne.

O mon Père, mon bon Père I est-il bien vrai I je ne souffre donc que ce que vous voulez que je souffre ; et quand vous voudrez que je ne souffre plus, je cesserai de souffrir.

O douce! ô ravissante pensée! mon sort est entre les mains du plus tendre et du plus sage des Pères. Eh bien ! je veux me confier à lui. Les cheveux de ma tète sont tous comptés, il u en tombera pas un seul sans sa permission : je le crois, je le sais, cela me suffit.

Notre Père... Oui, mon Dieu, je suis votre enfant , etsi je souffre, si l'affliction et l’amertume m’ont environné, si ma vie se consume au sein de la douleur, je sais du moins que mon Père connaît, voit, règle et mesure mes souffrances. Je sais qu’il ne permettra pas que je sois éprouvé au delà de mes forces, hélas! si affaiblies et si languissantes. Je courberai donc ma tête humiliée, je tremblerai sous sa main puissante, mais je ne murmurerai point.

Murmurer! la raison toute seule, la froide et sèche raison ine le défend ; elle me dit assez que la plainte ne diminue pas les maux, que le murmure les aigrit. Oui, la seule sagesse humaine me conseillerait la patience, ou comme un remède, ou comme une nécessité.

Mais m’en tiendrai-je là, et serais-je chrétien à ce compte?

Le Dieu qui m’ordonne de souffrir, est aussi le Dieu qui a souffert pour moi et qui souffre avec moi.

Mon Dieu, mon Père, c’est vous que j'aperçois sur cette croix, au pied de laquelle la douleur me tient abattu ; c’est vousl

Ah! loin, bien loin de mon cœur la plainte et le murmure. J’admire votre patience, ô mon Sauveur, et je veux l’imiter. J’admire, je bénis votre généreux dévouement, je veux le reconnaître du moins par mon entière résignation.

Je tressaille de joie à l’aspect de votre infinie bonté , et je veux du moins y correspondre en vous remerciant au lond de inon âme de m’avoir associé à vos douleurs.

Je souffre, et je gémis, je trempe mon pain de me* larmes; » mais vous aussi, mon Père, vous avez été triste jusqu'à la mort; vous aussi, mon Dieu, vousavez frémi, vous avez pleuré, vous avez un moment détourné de vos lèvres le calice amer qui vous était présenté. O amour d’un Père! ô charité d’un Dieu ! après vous être ainsi abaissé jusqu'à moi, que vous reste-t-il, sinon de m'élever jusqu’à vous? Faites, Seigneur, faites ce dernier prodige , pardonnez-moi, ôtez-moi toutes mes faiblesses. Donnez-moi de monter avec vous d'un pas ferme sur l'autel du sacrifice, de m'y laisser attacher sans résistance, de m’y offrir sans réserve, victime obéissante jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix.

Notre Père... Que j’aime cette première parole! plus je la pénètre, plus elle me console , plus elle m'enchante ; elle soulève véritablement, elle remue, elle retourne le lit de ma douleur.

Notre Père.... J’ai doue des frères dans cette vallée de larmes; des frères qui, comme moi, appellent leur Père; comme moi , lui exposent leurs maux , et attendent de ce bon Père un regard consolateur.

Oui, sans doute, et ce sont tous les hommes qui sont mes frères. Ainsi, nous voilà tous rassemblés, tous présents, d'une extrémité du monde à l'autre, sous les yeux de notre Père commun. Qu’il est doux, qu’il est avantageux à des frères de se retrouver tous ensemble !

Ah! s’il en est parmi vous qui goûtent quelque joie, qu’ils sachent que tous s’en réjouissent, et surtout, s’il en est qui pleurent, qu'ils sachent qu'ils ne pleurent pas seuls.

Pauvre famille humaine, serre-toi dans la tempête; les eaux du torrent n'entraînent pas si facilement les pierres liées ensemble ; les vents furieux respectent davantage l'arbre de la forêt.

Unissons-nous , frêles humains. L’unité, force première et souveraine, n’appartient qu’à Dieu. Mais la seconde force nous reste, c'est l'union : union dans le sein de l’unité, union des hommes dans le sein de Dieu.

O mes frères! soyons à jamais unis; ainsi l'ordonne notre

APPENDICE. 235

bon Père , c’est à celte marque qu’il nous reconnaît pour ses enfants.

Notre Père... Tous les hommes sont nos frères! que cette idée renferme de douleurs et de consolations tout ensemble]

Tous enfants d’Adam tous frères de Jésus-Cbrist!

Tous condamnés à la mort éternelle tous rachetés par la

mort du Dieu fait homme!

Tous exilés tous rappelés vers la patrie !

Tous, riches ou pauvres, grands ou petits, savants ou ignorants, Juifs ou Gentils, Grecs ou Barbares, tous ennemis nés du grand Dieu que nous avons offensé; tous , grâce à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, tous pouvant devenir les amis, les enfants de notre Dieu !

O mes frères, aurons-nous jamais assez de larmes pour déplorer nos malheurs!.... Mais aurons-nous jamais assez d'amour pour rélébrer tant et de tels bienfaits!

Que ma main droite se sèche, que ma langue s'attache à mon palais, si jamais je t’oublie, ô sainte Jérusalem, ô céleste Sion , ô patrie qui réuniras dans une union éternelle tous les enfants de mon Dieu.

Notre Père qui êtes rions les deux.

Les cieux sont au Seigneur, disait le roi prophète, et il a donné la terre aux enfants des hommes. Chrétiens, nous répétons, après trois mille ans, ces paroles de David; mais quelle heureuse différence résulte pour nous de ce seul mot, notre Père ! Ce mot plein de douceur et de charmes , l'ancienne loi le connut aussi , mais elle n’en usa qu’avec parcimonie et comme à regret. Moïse , qui aima si tendrement le peuple indocile dont il avait brisé les fers , Moïse, qui fut admis à converser avec Dieu comme un ami avec son ami , Moïse cependant ne prononça qu’une fois ce doux nom de Père, et encore le prononça-t-il au milieu des plaintes les plus amères sur l’injustice et l’ingratitude des Israélites. On dirait qu’il voulut seulement faire ressortir, plus honteuse et plus criante, l'iniquité de cc peuple au coeur dur, et rendre plus poignants les trop justes reproches qu’il allait lui

TRAITF. DE MORALE.

léguer, en inouraut sur les confins de la terre promise. Est-ce ainsi, s’écrie-t-il, est-ce ainsi , peuple fou et insensé, que tu témoignes ta reconnaissance envers le Seigneur? N'est-ce pas lui qui est ton Pfrt , qui t'a possédé comme son héritage, qui t'a fait et qui t'a formé? (Deutér., 3a, verset 6.)

La lyre de David fait entendre des sons plus doux, et toutefois , c’est plutôt Dieu qui prend le nom de Père, que ce ne sont les hommes qui le lui donnent (i).

Dans un seul de ses pieux cantiques, le chantre d’Israël nous montre la faible humanité s’entretenant de cette consolante pensée et la méditant avec amour : « Comme un Père a de la tendresse

• pour ses enfants, ainsi le Seigneur a compassion de ceux qui le

• craignent, parce qu’il connait la boue dont nous sommes for- « més, et qu’il se souvient que nous ne sommes que poudre (a). »

Plus tard, le plus sage des rois se plaît à considérer l'Être éternel et tout-puissant sous cette image d’un Père, qui châtie ceux qu’il aime (3), qui éprouve et instruit ses enfants (4) , qui dirige et protège leurs travaux (5), qui veille sur leur vie , et qui en écarte les dangers, comme il en fixe les limites (6).

Déjà dans les livres inspirés de Salomon, l’homme, qui , au pied du Sinaï , tremblait que Dieu ne lui parlât , ose donner directement le nom de Père à ce Dieu redoutable, et l’on sent que les jours de la miséricorde s'approchent.

Le premier des grands prophètes, le sublime Isaïe, qui vit distinctement l’homme de douleurs prendre sur lui nos misères avec- nos iniquités , ose encore davantage. Sa prière respire toute la confiance, toute la liberté d’un enfant de l'Évangile. Il conjure

(l) Rois, livre u, ch«p. 7, versets ta et suiv.; psaume 88, verset «7.

(а) Psaume 10a, versets x 3 et < 4 .

( 3 ) Proverbe 3 , verset 13.

( 4 ) Sagesse 11, verset il.

( 5 ) Sagesse 14, versets a et 3 .

(б) Eeclcsusle a 3 . versets 1 et 4.

APPENDICE

le Seigneur d’abaisser ses regards sur la terré, du séjour de sa sainteté et de sa gloire; puis comme impatient de plus longs retards, ne pouvant plus se contenter de ce qui n’est pas Dieu même, il s’écrie : • Où est votre zèle et votre force? où est l’émotion de « vos entrailles et la tendresse de vos miséricordes ? Car c'est

• vous qui êtes notre Père, ajoute-t-il. Abraham ne nous connaît ■ point, Israël ne sait qui nous sommes; mais vous. Seigneur,

• vous êtes notre Père, vous êtes notre libérateur, vous qui êtes

• grand dans l’éternité (i). »

Bientôt il s’afflige de ce que personne ne songe à invoquer un Dieu si bon; il gémit de ce qu’en punition du fatal sommeil où les hommes se plongent, Dieu à son tour parait les oublier. Cependant il ne se décourage point; et, pour trouver le remède à tous les maux qu’il déplore, pour obtenir grâce et miséricorde, il répète le nom consolateur : ■ Vous êtes notre Père, Seigneur,

• c’est vous qui nous avez formés, et nous sommes tous l'ouvrage

• de vos mains (s). »

Mais quels sont ces nouveaux accents? Quelle est cette voix si plaintive et si tendre? Dis, Jérusalem, quels longs et douloureux soupirs viennent percer les voûtes du Temple , effrayer les Lévites, contrister tes autels et troubler tes sacrifices, désormais impuissants et stériles? O fille d'Israël , qu’es-tu devenue? Comment en un plomb vil ton or s’est-il changé?Qu’as-tu fait pour irriter à ce point la colère de ton Dieu? Quels sanglants reproches son prophète t’adresse , et au milieu de quels malheurs, qui devaient, ce semble, désarmer son courroux! N’y a-t-il plus pour toi ni bénédiction, ni miséricorde ? Rassurons-nous , j’entends des paroles de saint , j’entends retentir de nouveau le nom cher et sacré (3) : Dieu prend en pitié les restes de son peuple.

• Ils s’en sont allés fondant en larmes ; je les ramènerai avec une

• abondance de miséricorde, pareeque je suis lePère d’Israël (i). ■

(i) Isaïe, cfaap. 63 , versets (3 et 16.

(a) Isaïe, chap. 64 , verset 8 .

( 3 ) Jérémie , rhap. 3 , versets 4 et 19.

Hélas! une si admirable bonté n’a fait que des ingrats : cet Israël tant aimé, tant de fois pardonné, s’est encore révolté contre son Seigneur; et quand le dernier des prophètes proclame, au milieu du peuple longtemps privilégié, les derniers oracles qui devaient annoncer le désiré des nations, l'infidélité des Juifs force l’homme de Dieu de répéter contre eux d’humiliants reproches, alors même qu'il leur rappelle que leur maître est aussi leur Père (»).

Ainsi, l'ancienne loi finit comme elle avait commencé, au milieu des menaces et des anathèmes ; et, pendant près de cinq cents ans, nulle voix miséricordieuse n’interrompt le [silence qui avait succédé aux justes plaintes d’un Dieu trop souvent offensé; jusqu’à ce qu’cufin Dieu lui-même nous envoie son propre fils , devenu comme l’un de nous, et nous accorde, au prix de tout le sang de ce fils bien-aimé , le droit de lui dire sans jamais le lasser : Mon Pcre , mon Père !

Notre Pire qui êtes dans les r.ieux.

Dieu est dans les cieux, mais comme les remplissant de son immensité, en sorte qu'il voit tout, qu’il gouverne tout dans cette sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part (3). La terre, qui n’est qu’un point dans cette étendue sans bornes , est donc tout environnée de ce grand Dieu qui la soutient cl la féconde , comme il l’a fait naître, par sa seule parole , par sa toute-puissante volonté.

Ohl combien l’homme, pour qui sont faites de si étonnantes merveilles, devrait être pénétré de reconnaissance et d’amour !

(r) Jérémie, cbap. 3i , verset 9 .

(a) Matarhie , cbap. x , versets fi et suiv,

(3) Les dernières découvertes de l'astronomie ont révélé des distances de mille milliards de lieues, en même temps que les observations microscopiques reculent à d'incroyables profondeurs l’ordre contraire des inbniments petits ; et l’on sent de tous eûtes que re qu’on aperçoit n’est rien en comparaison de ce qoi est. Le mol de Pascal peut seul en donner une vague idée. L’expression est immense comme la création, disons mieux, comme le créateur.

Mais quoi! de ce que Dieu habitait au plus haut des cieux,de ce qu’il faisait luire de si loin sou soleil sur la terre, des hommes, comblés de scs bienfaits, ont conclu qu’il ne s'intéressait point à ce qui se passe parmi nous. Nubes latibulum ejus , nec nostra considérât! se sont-ils écriés avec un rire affreux : il est cache dans les nues, et il ne voit ni nous ni nos reliures. (Job, ch. ai, "jt 14.)

Les infortunés! de quelles douces joies, de quels pensers aimables, de quelles ineffables consolations ils se sont privés!

Ah ! s’ils avaient eu le bonheur de croire, avec quelles délices ils auraient répété cette belle parole du roi prophète : « Autant « que le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant la miséricorde « du Seigneur s'étend et s'affermit sur ceux qui le craignent (t). » Que me fait donc cette prodigieuse distance qui semble séparer le lieu de mon exil du trône de mon Dieu ? Cette distance même est la mesure de sa bienveillance pour moi. Si elle exprime sa grandeur, par cela même elle exprime sa bonté. Qu’elle soit donc sans fin et sans limites cette grandeur divine, qu’elle s’étende à l'infini; je m’en félicite , je m’en réjouis, je m’en glorifie. Car Dieu même me l’a déclaré : sa miséricorde égale sa grandeur ; et ainsi donne-t-il incessamment du haut du ciel aux rois de la terre , cette touchante et sublime leçon , que la bonté est le propre caractère de la puissance, et que plus les princes sont élevés, plus ils doivent être miséricordieux.

Mais, si Dieu remplit tout, s’il nous pénètre etnous environne, si c’est en lui que nous avons l’être, le mouvement et la vie (1), s’il fait ses délices d’habiter avec les enfants d'Adam ( 3 ), pourquoi , dans la prière même qui nous le représente plus attentif à nos besoins, pourquoi employer des paroles qui semblent d’abord le séparer de nous et le reléguer dans un séjour si éloigné du nôtre ? N’en doute* pas , Chrétiens , c’est qu’il sied bien à l’homme de tenir ses regards élevés, c’est qu’il convient à l’être immortel

(1) Psaume 101, verset ri.

(1) Saint Panl, dans l’Aréopage d’Athènes, Actes des Apôtres, chap. 17, verset s8. .

( 3 ) Proverbes, chap. 8, verset 3 r.

TBllTé DB MOBALE.

de se détacher de U terre, où il n’a point de cité permanente; c’est qu’enfin ce beau ciel, objet de nos désirs et terme de nos efforts, est le sanctuaire du temple que Dieu s’est érigé en créant l’univers ; c’est là qu’il se manifeste à ses bien-aimés, c’est là qu’ils le voient face à face, c’est là que, réunis dans le sein de ce Dieu , créateur et rédempteur, les hommes qui auront cherché avant tout la justice et la vérité, jouiront du bonheur de contempler, de connaître et d’aimer éternellement cette justice sans tache, cette vérité sans nuage.

Que votre nom soit sanctifié.

Mon Dieu, je me suis adressé à vous comme à mon père; j’ai béni , j’ai adoré en vous le père commun des hommes; j’ai exalté votre suprême puissance, et j’ai célébré votre bonté égale à votre grandeur.

Maintenant, ô mon père 1 que vous demanderai-je, moi chétive et souffrante créature , moi témoin des douleurs sans nombre qui accablent tant d’autres hommes, que vous demanderaije, à vous qui possédez tous les biens et qui les distribuez d'une main si libérale? Quel sera mon voeu le plus cher, quel sera mon premier voeu?

O mon père, ô mon Dieu ! que votre nom soit sanctifié.

Oui, mon Dieu, je veux oublier en ce moment toutes les misères qui désolent ma vie; je veux me distraire des maux mêmes de mes frères ; et , levant vers vous mes yeux et mon âme, parlant au nom de l’humanité tout entière, dont vous êtes le père et le roi, je ne veux m’occuper que du grand objet que vous vous êtes vous-même proposé dès l'éternité, à savoir, la gloire de votre nom, seul grand , seul saint , seul adorable.

Qu’il soit donc reconnu et béni par tous les hommes , le nom démon Dieu! que tous le glorifient par une ferme foi qui le leur montre continuellement présent, par une généreuse espérance qui les fasse vivre dès maintenant de la vie de l’éternité, par une charité ardente qui les rende parfaits comme leur père céleste est parfait.

Oui, glorifiez tous le nom de ce Dieu si grand et si aimable ; et vous

Appendice. 341

justes, qu’il a comblés depuis si longtemps, qu’il comble encore tous les jours de ses grâces ineffables, et vous, pécheurs, qu'il attend à pénitence , qu'il appelle à lui par toutes les merveilles dont il a composé l'univers, par tous les bons mouvements qu'il excite en vous, par toutes les pensées de salut et de vie qu’il envoie remuer le fond de vos âmes. Vous tous, à hommes! qui que vous soyez , louez, chantez , aimez et glorifiez le nom du Tout-Puissant.

Que votre nom soit sanctifié.

Vous êtes celui qui est , 6 mon Dieul et dans cette seule parole révélée par vous-même à votre serviteur Moïse , dans ce nom au-dessus de tout nom, que de grandeur!

Celui qui est est nécessairement l'éternel , l’infini , l’immense, l’auteur et le dominateur de toutes choses, la souveraine perfection, la justice , la bonté, la vérité même. Et dès lors, à mon Dieu! quel bonheur de dépendre de vous! quelle gloire de dépendre de vous seul !

Malheur à l'ange créé d’hier, qui , ébloui des dons qu’il avait reçus, oubliant ou insultant son Créateur, conçut un moment la pensée de s’égaler à Dieu! Que pouvait-il attendre, sinon une honteuse et irrévocable dégradation ?

Malheur aussi , malheur à l'homme qui , à peine tiré de la poussière, admit dans son cceur follement ambitieux l’ingratitude et l'orgueil !

Refuser d’obéir à Dieu, c’est se proclamer indépendant de Dieu , c’est s’adorer soi-même , c’est se faire Dieu ; et cette stupide usurpation de la puissance divine est un excès d’injustice et de folie qui ne peut être souffert.

Ainsi nous l’a déclaré l’Éternel. • Vous n’adorerez point un « autre Dieu; le Seigneur s’appelle le Dieu jaloux, Dieu veut être • aimé uniquement (i). • Oui , uniquement aimé de cet amour qui est le culte véritable, la seule et véritable adoration.

Que les peuples glorifient donc le nom du Seigneur ; il est ler-

(i) Etod., 34, v. 14.

TJRAITE OB MOHALE.

rible, ce grand nom de Dieu; il est incommunicable à la créature , et ce fut nne bien triste et bien funeste illusion de prodiguer ce nom sacré à de simples mortels, par d'excessifs regrets d'un bienfaiteur perdu , uu par une indigne flatterie envers les puissants de la terre (i).

Pendant 4000 ans Dieu a permis que sur toute la face de cette terre, ouvrage de ses mains, sa haute majesté reçut un si sanglant outrage, et pourtant :• Je ne donnerai point ma gloire à un autre, a-t-il dit, je ne donnerai point à des idoles les hommages qui me sont dus ( 1 ). •

Vous seul , ô Seigneur 1 vous seul êtes digne de toute louauge. Vous êtes plein de gloire et élevé au-dessus de tous les siècles (3}.

Le Seigneur est le roi de toute la terre; qu'il vienne donc , qu’il vienne le jour où il n'y aura que lui de Seigneur, le jour où son nom seul sera révéré ( 4 ).

Qui ne vous craindra, Seigneur, qui ne glorifiera votre nom? car vous êtes seul saint et plein de bonté (5).

Que votre nom soit sanctifié.

Toutes choses doivent louer le nom du Seigneur, et, disons mieux, toutes choses le louent : car il a commandé et elles ont été créées ( 6 ); leur existence seule est un hymne perpétuel à la louange de leur auteur.

Le ciel et la terre le célèbrent ; car il les a créés dès le commencement; il les a disposés, ornés, enrichis, et il ne cesse de les soutenir de sa puissante main. La lumière le loue, car il a dit ■ Que la lumière soit, et elle a été; il a vu qu’elle était bonne, et il l'a pour jamais séparée des ténèbres.

Le firmament le publie; car il l'a fait, le jour où il a voulu

(t) P». 9 *. V. 3 . Sagesse, 14. v. 14... ai.

(а) Isaïe, 4 a , v. 8.

( 3 ) Daniel, 3 , v. 3 a.

( 4 ) Zacharie, 14, v. 9.

(5) Aporal., i5, v. 4 .

(б) Ps. 148, v. 5 .

appendice.

séparer la terre d'avec les eaux , et il lui a donné ce beau nom de ciel sous lequel nous connaissons, nous aimons, nous désirons le séjour où éclate et resplendit la gloire divine.

La mer lui rend hommage; car il a creusé son lit, il a fixé ses limites; c’est par ses ordres qu’elle soulève et qu’elle abaisse ses flots.

La terre aussi chante ses louanges; car cette verdoyante parure qui la décore, ces arbres si magnifiques ou si utiles, toutes ces plantes si merveilleusement diversifiées qui sortent de son sein et qui, tour à tour, l'embellissent et la fécondent... il a dit, et tout a été bit.

Le soleil et tous les astres dont ce grand astre est le centre, et les millions d’étoiles qui, au commencement des choses, ont entendu la voix créatrice , avec quelle harmonie, avec quelle magnificence tous célèbrent ce Dieu puissant qui leur a commandé d’exister et de luire!

Vous le louez aussi , énormes baleines qui vous jouez dans les abîmes des mers (1); et toi, aigle rapide et fier, qui places ton nid sur la cime des monts, au milieu des foudres et des tempêtes. Vous le loaez , lions et tigres qui parcourez en bondissant les vastes solitudes; et toi, ver, loi qui d'abord rampes si humble et si obscur sous l’herbe que nous foulons aux pieds, et qui, bientôt après, voles sur nos têtes, brillant comme les fleurs qui parent nos campagnes. Vous le louez à votre manière, vous , infatigables compagnons de nos travaux et de nos peines. Car vous tous, animaux sauvages êt animaux domestiques, vous tons, oiseaux et reptiles (s), vous accomplissez la loi qu’il vous a donnée , et jamais parmi vous ne s’est rencontrée la moindre désobéissance; vous êtes ce qu’il vous a faits, vous restez dans l'ordre où il vous a placés, et tels vous sortîtes du néant dans les premiers jours du monde, tels vous y rentrerez à sa voix souveraine, quand il lui plaira de vous détruire pour former de nouveaux cieux et une nouvelle terre.

(i) P». io3,v, a6.

(a) Ps. iif, v. 7 et suivi

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