SUR L’ORDRE LÉGAL
Une passion longtemps assoupie dans nos états modernes , tout à coup se réveille au sein de la société; passion grande et forte qui peut s'élever jusqu'à l'enthousiasme, et elle fera des héros; qui peut descendre jusqu'au fanatisme, et elle produirait des monstres; passion qui, tout ensemble, affranchit l'homme vis-à-vis de l’homme, et le captive et l'enchaîne sous un joug inflexible ; passion qui facilite l’obéissance en l’ennoblissant, et qui rehausse le commandement en le désintéressant de tout ce qu’il pourrait avoir de personnel ; passion qui se règle et se modère elle-même, par le but constant qu’elle se propose; qui , en même temps , réprime toutes les autres passions et commande tous les sacrifices ; qui dompte et soumet les hommes éclairés, et fortifie, éclaire, décide et satisfait ceux mêmequi seraient impuissants à comprendre ou à suivre tout autre mobile; passion que les peuples invoquent comme leur sauvegarde, à qui les magistrats consacrent leurs nobles cœurs, et qui, aussi bien que la gloire, domie aux rois de salutaires conseils ; passion qui fonde , maintient et relève les empires ; qui peut refaire les mœurs publiques, et qui serait le règne même de la justice cl de la vertu parmi les hommes , si les hommes ne faisaient que de bonnes lois; passion enfin qui, si jamais les hommes venaient à comprendre le christianisme et ses immenses bienfaits, s'appliquant avec toute son énergie à la loi parfaite de l'Évangile, amènerait l'âge d’or sur la terre : cette passion sublime, dont les mâles accents retentissent de toutes parts, et qui, après trois siècles d’innovations sans bornes, de pouvoirssans limites et de résistances sans règles, semblerait devoir former comme le propre caractère du xix e siècle, c’est la passion de l’ordre légal : c’est, si nous osons créer un mot nou-
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veau pour une chose, en général, assez nouvelle dans le monde, c'est l’amour de la Nomabchts (i).
Honneur à la France !
Plus une nation a d’idées fixes, plus elle est près du repos; et pour une nation éclairée, industrieuse et libre, le repos, c’est le bonheur.
Plus les idées fixes établies chez une nation et passées dans ses mœurs, enracinées dans son caractère, développées dans ses institutions , se rattachent elles-inèmes à un petit nombre de principes incontestables, plus il devient facile à cette nation de conserver intact et de transmettre d’âge eu âge , par le moyen de l’éducation publique, l’inestimable trésor de ces idées fixes qui doivent régler ses destinées.
Et s’il se trouve que tous les éléments de son organisation sociale aboutissent, en dernière analyse, à un principe unique, également satisfaisant pour le prince et pour le sujet, également favorable au pouvoir et à la liberté, également avoué par la politique et par la religion, cette nation est assurément dans la position la plus avantageuse qu’on puisse concevoir. Elle a dans ce seul fait, et la preuve la plus décisive que son organisation est excellente, et lagarautiela plus sûre qu’elle conservera cette excellente organisation.
Encore une fois, honneur à la France!
Disons-le avec un juste orgueil pour notre belle patrie : cette heureuse position, pleine tout ensemble de repos et d’honneur, a toujours été celle de la France.
Qu’on examine attentivement ses véritables doctrines religieuses et politiques; qu’on interroge tous ses monuments et toutes ses traditions; qu’on écoute les décisions de ses plus célèbres docteurs ; qu’on relise les remontrances de scs parlements ; qu'on médite les pages immortelles où le plus grave des historiens ra-
(i) Ce mot se forme naturellement de vôpo; et tpyé,, comme celui de monarchie a’est formé de (iôvos et ifxf) R'ea ne ressemble plus i la nomarebie que la monarchie constitutionnelle, où l’on peut dire également : Si roui le roi, ai veut la loi ; ai veut la loi , ai veut le roi. 1,’uue et l’autre ont pour ennemi commun
Yanirthie,
THA1TB DB MOBALE.
conte les mœurs de nos pères; qu’on s’enfonce, avec le plus beail génie du siècle de Louis XIV, dans l’étude de nos libertés; qu’on se reporte aux lois qui ont présidé à la formation de la monarchie française, ou qu’on s’arrête à cette Charte glorieuse qui a raffermi pour toujours le trône de saint Louis, on retrouve partout un seul et même principe sur lequel la France repose impérissable, et dans l'ordre politique et dans l’ordre religieux.
Ce principe inviolable et sacré, qui conserve à l'homme toute sa dignité, qui protège la majesté des rois comme la liberté des peuples , la paix de l’Église comme la paix du monde, ce principe est simple et à la portée de tous : c’est que la loi od politique ou
RELIGIEUSE EST l’o*UVRE d'uSS VOLOSTÉ GÉnÉRILR , SUPÉRIEURE A TOUTE VOLONTE INDIVIDUELLE.
La merveille propre à la France est d’avoir eu dès le commencement, et d’avoir conservé à travers les siècles, ce principe unique comme fondement de toute son organisation sociale : principe de salut et de vie, que les rois et les papes ont plus d’une fois proclamé avec une égale magnanimité, les uns dans l'ordre politique, les autres dans l’ordre religieux.
Sans doute, il existe à l'avantage de l'ordre religieux de grandes et essentielles différences. Les gouvernements humains varient comme les temps et les lieux ; le gouvernement de l’Église est le même en tous lieux et en tout temps. Dans les matières qui sont vraiment de son ressort , les lois de l'Église , ainsi l'a promis Dieu lui-même, seront toujours des lois saintes, des lois justes : l’erreur y est impossible, tandis que les lois politiques et civiles sont, après tout, l’œuvre de l'homme, sujettes, comme leur auteur, à l’ignorance ou à la méprise , et trop souvent complices des passions qu’elles devraient réprimer. Mais toujours est-il que la France, tout en reconnaissant cette prérogative de l’ordre religieux, n'a jamais voulu porter qu'un seul joug, celui des lois : c’est aux lois seules qu’elle entend obéir : tout ce qui leur est contraire , est nul à scs yeux.
Là sont toutes nos libertés et religieuses et civiles.
Certes, il faut en convenir, cette doctrine est essentiellement amie de la lumière. Loin de redouter l'instruction, elle l’exige;
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loin de tuer 1 a science, elle la ranime;loin dedispcnser de l’étude, elle y invite , elle y entraîne ; elle provoque , encourage , amène et nécessite le plus grand développement de l’esprit humain ; elle est en6n diamétralement opposée au système d'uue obéissance aveugle et toute passive : système de paresse autant que d’humilité; système où l’instruction est un danger et l’ignorance un besoin [ système qui d'abord révolte la raison et fait les schismes, mais qui , comme l’inertie dans les temps d’oppression politique, finit par se faire aimer, parce qu’il est simple et touche les petits esprits, parce qu’il est commode et séduit les hommes du monde qui s’occupent d’autre chose; parce qu'il ressemble à l’ordre et trompe même des âmes supérieures : mais système faux et destructeur dans l’ordre religieux comme dans l’ordre civil, soit qu’il abaisse l’autorité de la loi pour la soumettre aux illusions ou aux caprices d’une seule volonté, soit qu’il déplace l’in faillibilité promiscet donnée à l'Église universelle pour la concentrer dans un seul pontife, chef et non pas maître de toute l’Église. En un mot, la doctrine de l’obéissance raisonnable (i) suppose la culture de l’esprit au* tant que la soumission du cœur; elle saisit tout l'homme; elle le grandit et l'abaisse à la fois; et cela même est une marque évidente de convenance et de vérité.
Honneur, je le répète, honneur éternel à la France!
Oui, la France, monarchique et chrétienne depuis quatorze siècles, est, de toutes les nations, celle qui, grâce au respect pour la loi , a su le mieux garder le précieux dépôt de ses libertés.
• Autant la dignité royale s'élève au-dessus des autres hommes, disait un grand pape écrivant à l’un de nos moindres rois ( 1 ), autant votre empire surpasse les autres empires. » Douze siècles écoulés n’ont pas démenti ce magnifique éloge. La France
(1) Ratiobsbii-s obsequicm vestbom , a dit <u< premiers chrétiens, et par eut, sus chrétiens de tous les siècles, l’apôtre des nations. ( Épltrt aux Romains , ch. la. )
(2) Grégoire le Grand à Childebert II.
2S8 TRAITÉ DK MORALK.
de Louis XVIII et de Charles X, comme celle de Charlemagne, de saint Louis et de Louis XIV , a encore ce qui , dès le vi* siècle, la rendait un objet d'admiration. Elle a de plus tant d'illustres souvenirs, tant de sages traditions, tant d'expériences faites, tant de lumières acquises, enfin la puissante leçon de ses dernières infortunes , et ce je ne sais quoi (f achevé que le malheur donne aux grandes nations comme aux grands hommes , quand elles ne sont qu'éprouvées et non frappées à mort.
Ainsi, sous le rapport de sa constitution politique, cette belle France a pu quelquefois, dans le long espace de sa glorieuse vie, courber la tête sous un joug qui n’était pas fait pour elle : mais alors même elle gardait la mémoire de ses vieilles franchises ; et c'est une circonstance doublement heureuse , qu'il ait été réservé aux petits-fils (i) d’un de ses plus absolus monarques, de lui assurer pour jamais la jouissance de ses plus précieux droits.
La Charte qui nous donne cette assurance, se recommande par deux avantages bien propres à réconcilier les pères avec les enfants, et tous les Français entre eux.
Si l’on examine comment, puisée dans les monuments vénérables des siècles passés non moins que conforme à l’état actuel du royaume, elle fait revivre ces antiques usages dont les Francs étaient si jaloux, on la dirait sortie avec eux des forêts de la Germanie, et promulguée dans ces temps où le peuple proclamait ses princes en les élevant sur le pavois.
D’autre part, si l’on considère comment elle réalise et consacre ce que l’esprit indépendant et novateur des derniers siècles a pu souhaiter de plus favorable à la liberté, on aura peine à concevoir un plus grand sacrifice fait aux idées modernes.
Rien au fond n’est plus juste et plus sage que ce que nos pères ont voulu dans la simplesse et la naïveté de leurs premières institutions, et ce que leurs enfants ont persévéramment dé-
(i) Ori a été écrit eo t8s8
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iiré, recherché, réclamé au milieu des formes changeantes et compliquées des administrations modernes.
L,1 LOI SR rsIT PAR Ut COKSEHTRMRirr I)F CA 1CATIO» FT LA
sasctios du soi : 1er fit consens» populi et constitutione regis.
Toute nation chez qui un seul homme fait les lois, et par conséquent les défailles change ou les modifie, quelque douce que soit la législation , est une nation esclave : la liberté n’v saurait être qu’un accident.
Toute nation chez qui le concours du monarque et du peuple est nécessaire pour qu'une loi existe ou soit modifiée, changée, abrogée , est une nation libre : le despotisme y pourra germer, mais la terre est brûlante , et il séchera sur pied.
Or, la France l'a toujours aiusi entendu, et ses rois se sont également glorifiés de pouvoir tout avec la loi, de ne pouvoir rien contre elle; et pour mieux concevoir que telle a dû être la manière fondamentale de noire droit public, il suffit de considérer un instant comment s’est formée la France elle.méme.
Les Romains, vainqueurs des Gaulois comme du reste du monde, furent à leur tour vaincus par les Germains; les Francs s’emparèrent à eux seuls des deux tiers des Gaules , et de la fusion de ces divers peuples est sortie la nation française.
Il n’y avait là que des éléments pour la liberté, aucun pour la servitude.
Les Romains , orgueilleux de leur forum , avaient respecté te champ de mai des Gaulois; et ceux-ci retrouvèrent leurs assemblées nationales dans te champ de mars des Germains; dans ce champ de mars, où , suivant notre admirable historien (i), les rois, plus jaloux de persuader que de contraindre, se plaisaient à reconnaître deux maximes capitales : l’une, que leur puissance n’avait rien d’arbitraire ; l’autre, qu’ils devaient mettre en délibération toute espèce d’affaires : les moindres dans une assemblée de notables sujets ; les grandes dans une assemblée générale. • JVec regibus infinita aut libéra potestas..,. De minoribus
(î) Tacite, Mffurs Jet Germains.
• relus principes consultant , rie mujnrilu c omîtes; itn lumen ut - e n qitoqur, quorum penes plebem nrbitrium est, aputl principes
• pratractentur. ■
Qui ne voit ici lei premiers traits et comme l'ébauche de nos parlements, de nos états généraux, du conseil d'Élat , des deux Chambres aussi ? Et sous toutes res formes , sous ces noms divers, ce que nous retrouvons constamment , c’est ce grand et salutaire principe qui a fondé, soutenu, formé de siècle en siècle la monarchie française : principe de paix au dedans, de considération au dehors, d'obéissance et d'amour de la part des peuples, de modération et de force du la part des rois; principe sans lequel la législation , perpétuellement mobile au gré d’un seul pouvoir, prince ou peuple ( 1 ), ne peut jamais acquérir ni majesté ni stabilité; je veux dire, la nécessité du libre concours du prince et du peuple pour la confection des lois.
Si nous passons maintenant à notre constitution religieuse, là encore la France se montre toujours grande, toujours raisonnable, toujours défendue par scs lois et par ses doctrines de toute espèce d'excès.
Je m’attache tout de suite à un fait certain et visible : c'est que la monarchie de Clovis, chrétienne cl catholique dès le 5 e siècle, est restés* chrétienne et catholique à travers les temps les plus difficiles, les théories les plus étranges, et les fortunes les plus diverses.
- Or, à quelle cause seconde a-t-elle pu devoir ce rare et immense avantage, sicen’est aune conduite pleine de mesure, aux solides et lumineuses doctrines qu'elle a toujours professées?
Elle a su concilier, dès le commencement, deux choses que tant d'autres Étals ont jugées incompatibles : d'un côté, sou absolue et totale indépendance dans l’ordre temporel ; d’autre côté, sa franche et parfaite soumission dans l'ordre religieux. On di-
(i) Unedrs plus importantes leçons qui ressortent de la révolution française, c’est la démonstration de cette vérité , que le peuple surtout, quand il est seul, devient te plus caprieieui des législateurs, comme le plus dur des maitres. 11 n’a sfudilé voir dans le droit de faire seul les lois, que le droit de tout détruire
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rail que, placée entre divers peuples, dont les uns, cherchant la liberté, se sont précipites dans la révolte; dont les autres, craignant la licence , sont tombés dans la servitude , elle a signalé de bonne heure les deux écueils contre lesquels échoue trop souvent, ou ce qui résiste, ou ce qui cède; et qu’avertie par les naufrages, dirigée par une raison supérieure et manœuvrant avec habileté contre les vents des opinions humaines, elle a su jeter l’ancre là précisément où étaient la sécurité, le salut et l’honneur.
Louis IX, soutenant contre les prétentions de la cour de Rome les droits imprescriptibles de la puissance souveraine, et méritant que l'Église lui décerne le titre de saint, comme le monde le titre de grand; Louis XIV, promulguant les libertés de l’Église gallicane, et demeurant néanmoins chrétien soumis et fidèle : voilà de ces traits qui appartiennent à la France, et qui la distinguent de la foule des nations.
Tel au surplus devait être le destin d’une monarchie dont la Providence avait placé le berceau dans les plaines de Tolbiac sous les drapeaux unis de la religion et de la victoire. La croix lui est apparue triomphante et glorieuse; elle l'a saisie avec amour, elle l'a gardée avec reconnaissance. Heureuse mille fois d’avoir pu se figurer, dès le premier moment, la religion chrétienne comme affermissant les empires et comme environnant les rois de la faveur divine, elle a salué dans Jésus crucifié le Dieu puissant qui gagne les batailles, et elle s’est faite pour toujours noblement pieuse et saintement guerrière.
C’est peut-être à de tels commencements qu’elle a dû de conserver également inviolable, dans la suite des âges, le double dépôt de son honneur et de sa foi.
Elle a satisfait à l’une et à l’autre, en s'attachant fortement à ces maximes célèbres qu’on a nommées les libertés de son Église, et qui, bien entendues, sont celles de l’Église universelle; disons mieux, celles du monde entier : car elles n'importent pas moins aux chrétiens de l'Asie qu’aux chrétiens de l’Europe, et le sceptre des rois n’y est pas moins intéressé que la mitre ou la tiare elle- même.
Dans la vérité, ces précieuses maximes qui, respectées etcom.
263 TBAITfi 1>B MORALE.
prises, maintiendraient dans un ordre admirable et l'Église et l'État; qui , en Angleterre, contribueraient puissamment à résoudre la question vitale de l’émancipation des catholiques, et qni, en France, nous préserveront d’avoir jamais à agiter une pareille question; ces maximes se réduisent à deux points, qui semblent d’abord être placés hors de toute discussion , tant le simple bon sens les avoue.
La FUISSAHCK DK l'ÉgCISB ESC TOUTE SFIBITUSLLB BT TOUTB MORALE.
Cette puissance a sas lois.
Les rois ni les peuples n’ont donc pas à craindre que jamais l'Église exerce aucune juridiction temporelle sur leurs biens ni sur leurs personnes. Tout ce que des ministres ignorants ou ambitieux ont pu se permettre à cet égard, en usurpant son nom et son autorité, a été fait malgré elle et contre son esprit. Toute entreprise de ce genre est radicalement nulle par la plus grande de toutes les nullités, le défaut de pouvoir.
En même temps, les rois comme les peuples sont soumis à la juridiction spirituelle de l’Église, juridiction soumise elle-même à des règles certaines, immuables, infaillibles, telles enfin que Dieu les a faites.
• L’Église doit être régie par les canons , a dit notre illustre
• Bossuet, et c’est en cela que consistent ses légitimes libertés,.
• auxquelles il n’est permis à personne de déroger. »
Sept siècles avant lui, un pape, Sylvestre II, s’exprimait en ces termes : • Ce qui doit faire loi dans l'Église, c’est le saint Évangile, ce sont les saints apôtres, les prophètes , les canons dressés par les conciles et par l’esprit de Dieu , et que tout le monde révère ; ce sont aussi les décrets du siège apostolique qui ne sont point contraires à toutes ces choses. ■ Et sedis upoitolica décréta
AB HIS KOH 0ISC0RDABTI1.
Ainsi la sainte Écriture inspirée de Dieu, et les décisions faites ou adoptées par l'Église universelle, soit assemblée, soit dispersée, voilà les sources sacrées où le chrétien de tous les siècles et de tous les pays, le chrélieu des républiques ou des monarchies, le ebré-
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tien sur le trône ou sous le cliautne , puise avec assurance les infaillibles règles de sa foi et de ses moeurs.
Qu’ensuite , placé de la main du créateur même de ce monde spirituel au sommet de la divine hiérarchie, chef auguste et nécessaire de ce vaste corps, premier représentant de la Divinité parmi les hommes , premier apôtre et premier défenseur de toute vérité religieuse et morale, un pontife distingué de tous les pontifes veille, du haut de la chaire de saint Pierre, comme une sentinelle infatigable; qu’il étende sur toutes les nations sa paternelle sollicitude; qu’ilexerce sur tous ses frères la noble mission qu’il a reçue de les affermir ; qu’il ait le droit d'animer tous les courages , de fortifier toutes les faiblesses, de foudroyer toutes les erreurs , de statuer provisoirement sur toutes les questions qui intéressent la foi, les mœurs ou la discipline générale de l'Église, d’adresser même ses décisions à toutes les églises particulières dont il est le centre et le lie’n; voilà de sublimes prérogatives, et ce n'est pourtant que ce que la doctrine catholique a toujours reconnu et consacré comme indispensable au maintien de l’ordre religieux et à la conservation de sa précieuse unité. C’est aussi ce que la France s’est toujours empressée de reconnaître.
Mais en même temps, comme la France, tout en admirant la protection particulière dont Dieu a visiblement environné le premier siège pontifical , le siège fondé par saint Pierre et cimenté de son sang, n’a pu s’empêcher de lire dans l’histoire que cette éclatante lumière avait eu ses jours d’obscurité, que cette colonne, presque toujours si ferme, avait eu ses ébranlements ; comme elle a vu l’Église gémir pendant quarante ans de se voir partagée entre deux hommesqui réclamaient , chacun pour soi, le titre et les droits du légitime successeur de saint Pierre; elle en a sagement conclu qu’il y avait donc pour le chrétien une lumière encore plus sûre et plus constante , une colonne plus ferme encore et plus inébranlable , une autorité encore plus visible et plus certaine; elle s’est attachée, non à la seule personne du chef de PÉgHsc, mais à ce chef et à l’Église même, à l’Église tout entière, comme au roc sur lequel le Christ a fondé l’éternel édifice de sa religion.
Tel est, tu fond, tout le secret, telle est la raison comme la substance de ces quatre célèbres articles, où le clergé français , dans les plus beaux jours de la religion et de l’esprit humain , a solennellement proclamé les sages et lumineux principes qui dirigent l'Église gallicane.
Les reproduire en ce moment, c’est faire acte de Français et de chrétien tout ensemble.
I. • Saint Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus-Christ et toute l’Église meme, n’ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles, et qui concernent le salut , et non point sur les choses temporelles et civiles, Jésus-Christ nous apprenant lui-raimeÿire son royaume n'est pas rie ce monde, et en un autre endroit, qu’il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu; et ainsi ce précepte de l’apôtre ne peut en rien être altéré ou ébranlé : que toute personne soit soumise aux puissances supérieures, car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu , et c'est lui qui ordonne celles qui sont sur la terre. Celui donc qui s'oppose aux puissances , résiste à l'ordre de Dieu. Nous déclarons , en conséquence, continuent Bossuet et ses vénérables confrères, que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique par l’ordre de Dieu , dans les choses temporelles; qu’ils ne peuvent être déposés directement ni indirectement par l’autorité des chefs de l’Église; que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l’obéissance qu’ils leur doivent, ou absous du serment de fidélité; et que cette doctrine , nécessaire pour la tranquillité publique, et non moins avantageuse à l’Église qu’à l’État , doit être inviolablement suivie, comme con- / forme à la parole de Dieu , à la tradition des saints Pères, et aux exemples des saints. ■
II. « La plénitude de puissaneeque le Saint-Siège apostolique, et les successeurs de saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, ont sur les choses spirituelles, est telle, que néanmoins les décrets du saint concile écuménique de Constance, contenus dans les sessions nr et ▼ (i) , approuvés par le Saint-Siège apostolique, confirmés par la
(i) Os deux sessions établissent que tes eunciles généraux, représentant l’É-
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pratique de toute l’Église et des pontifes romains, et observés religieusement, dans tous les temps, par l’Église gallicane, demeurent dans leurs forces et vertu ; et l’Église de France n’approuve pas l’opinion de ceux qui donnent atteinte à ces décrets, ou qui les affaiblissent en disant que leur autorité n’est pas bien établie, qu'ils ne sont point approuvés, ou qu’ils ne regardent que le temps du schisme. •
III. • Ainsi il faut régler l’usage de la puissance apostolique, en suivant les canons faits par l'esprit de Dieu , et consacrés par le respect général de tout le monde. Les règles, les moeurs et les constitutions reçues dans le royaume et dans l’Église gallicane , doivent avoir leur force et vertu, et les usages de nos pères demeurer inébranlables. Il est meme de la grandeur du Saint-Siège apostolique, que les lois et les coutumes, établis du consentement de ce siège respectable et des Églises , subsistent invariablement. •
IV. • Quoique le pape ait la principale part dans les questions de foi, et que ses décrets regardent toutes les églises et chaque église en particulier, son jugement n’est pourtant pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne. »
Qu’au lieu de songer à saper de pareils fondements, tous nos ecclésiastiques français , dignes successeurs du plus digne clergé qui ait illustré l'Église et éclairé le monde, s’y attachent avec franchise et courage; qu’ils veillent avec leur roi, avec les députés de la nation, avec les pairs de France, à la défense de ce précieux héritage de nos pères , dont saint Louis et tous ses successeurs se sont montrés aussi jaloux que du bonheur de leurs peuples (r); Et nos ecclésiastiques, raisonnables et instruits, chéris et vénérés, auront bientôt reconquis, pour la religion , tout le terrain que
glise catholique, tiennent immédiatement de Jésus-Christ leur puissance à laquelle toute personne , même le pape, etiamsi papatis t doit obéir dans tout ce qui tient à la foi, à l’extirpation du schisme, à la réformation de l'Église dans son chef et dans ses membres.
(f) Discours du Roi , à l'ouverture de la session de 1817.
TBAITB DB MORALE.
chaque jour lui enlève, que lui enlèvent , plus que tout le reste , les fausses doctrines et les imprudents amis.
Jamais, peut-être, le monde n’a été plus disposé à recevoir les salutaires influences de la religion chrétienne, toutes les fois qu'elle se montrera ce qu’elle est en effet , éminemment raisonnable; car jamais de plus grandes catastrophes n’ont révélé son utile pouvoir. La lumière a jailli du sein des ténèbres; la vérité s’est affermie par les contradictions et les obstacles; l’ordre est sorti du chaos, et la raison , éclairée par l’expérience , demande elle-même à se rapprocher de la religion.
U’une part , la Bible, traduite dans tous les idiomes, parvient de proche en procheaux nationales plus éloignées ; nos missionnaires recommencent leurs courses apostoliques; et l’Évangile est de nouveau annoncé dans tout l’univers.
D’autre part, tout tend à l’unité religieuse. Naguère, la vérité catholique a remporté sous nos yeux, en France et dans toute l’Allemagne, le triomphe le plus éclatant. Voyez comment a été célébrée , il y a dix ans , la fête séculaire de la Réformation. Cette fête a consisté principalement dans la réunion libre et volontaire des deux partis dissidents, qui, dans l’origine, ne furent pas moins opposés entre eux qu’à l’Église même dont ils se séparaient. A le bien prendre, qu’est-ce autre chose qu’un aveu réciproque de l’iusulBsance et du vide des opinions que les deux partis, avec une ardeur égale, avec un égal enthousiasme, avaient tenté de substituer à la primitive doctrine, qui seule ne change point (i)? Tout récemment, {Moniteur du 5 Mars i8s8) une nouvelle église
(i) Un hommage remarquable • été rendu à cette- fixité de la doctrine catholique, par uu homme dont la mission spéciale fut de détr&ner l'anarchie et de préparer la reconstitution de la France. Il s'occupait de hier les bases de l'enseignement que donnerait l’unirersité. Dans une des nombreuses rédactious ou fu* élaboré le décret organique du 17 mars 1808, le conseiller d'Etat rapporteur s’était servi de ces termes : Les préceptes de la religion chrétienne. Bonaparte, qui, tout en voulant avec grande raiaon l'entière liberté de tous les cultes chrétiens, voulait aussi unité et Gaîté dans les doctrines du corps chargé de l'éducation de la Jeunesse, substitua aua mots trop iudetermioéa religion chrétienne , les mots plus précis religion catholique.
APPENDICE
protestante a été inaugurée à Versailles , par les présidents des deux églises réformée et luthérienne de Paris. Ce qui rend l'établissement de ce culte très-remarquable, a-t-on dit , c'est que les fidèles qui doivent lecomposer,appartiennenl à trois commuuions : les communions réformée et luthérienne françaises, et une communion presbytérienne ou dissidente anglaise. Encore quelque temps : et si te monde est détenu protestant en devenant raisonneur, croyons que le monde fera un pas de plus , et qu’à force d’instruotion et de lumière, devenant raisonnable, il redeviendra catholique. L’unité religieuse pour toutes les nations, 1’ unité politique dans chaque gouvernement, le règne des lois partout, et dans l’Eglise, et dans l’État , tel sera en définitive , et sauf les ménagements que la prudence conseille et que la charité commande , tel sera le double fruit de la double leçon que la Providence a donnée à l’univers, dans l’ordre religieux par la réformation protestante qui n’a été qu’une longue révolution , et dans l’ordre politique par la révolution française, qui s’annonçait aussi comme une réfortnalion. L’étude universelle des livres saints, qui se trouve si à propos facilitée par des méthodes d’enseignement propres à répandre toutes les saines doctrines jusque dans les derniers rangs de la société, contribuera essentiellement à opérer ces salutaires prodiges. Une seconde lois, la loi évangélique et un clergé digne d’elle auront sauvé le monde.
UN MOT