LES IMAGES DANS LES ÉCOLES
Personne au dix-neuvième siècle ne songe à contester le pouvoir des images, et, grâce au ciel, la ridicule et sauvage manie des iconoclastes est passée sans retour. Les statues et les tableaux décorent plus que jamais nos maisons et nos temples : de toute part la toile s'anime et le marbre respire; les arts et la religion, la nature et la société, l'industrie et le commerce, la paix et la guerre, la piété filiale et la reconnaissance publique, tout, dans le monde civilisé, tout rappelle, tout proclame l’utilité, la nécessité même de ce puissant moyen d’influence. Un des beaux titres de Louis-Philippe à la gratitude nationale sera d'avoir rendu la vie au palais et à la ville du grand roi, en rassemblant, sous les yeux des Français charmés, les images de toutes les gloires de la patrie. Et , n'en doutez pas , beaucoup de sentiments généreux , de vastes pensées, de résolutions vertueuses, de pieux et sublimes dévouements seront inspirés par les paroles mémorables, les nobles gestes, lesregardsdefcuqui jail. lissent de ces toiles éloquentes ou de ces marbres vivants. On ne contemple pas en vain la vierge de Domrémy préparant contre les Anglais sa lance et son courage; d'Assas se sacrifiant pour révéler à ses frères d’armesla présence de l’ennemi ; Mathieu Molé résistant aux factieux; saint Ambroise arrêtant sur le seuil de l’église un empereur rouvert du sang de sou peuple; saint Vinrent de Paul recueillant au milieu des neiges l’enfant que sa mère a délaissé : que dirai-je enfin? l’Hommc-Dieu mort sur in croix en priant pour ses bourreaux, et la divine mère s’asso-
f iant au sacrifice du son fils par ses larmes et ses prières. Nier la force de pareilles impressions, c’est nier l'homme, c'est le dépouiller de scs sens; c’est, osons le dire, mutiler son âme elle-même, car c'est lui ôter l'imagination, qui, à défaut de marbre et de toile, aurait encore, aura toujours la faculté de donner à la pensée une forme et une couleur.
Demandez à la sœur de charité qui veille au chevet du soldat malade ce qu’elle puise de résignation, de patience et d'amour pour ses frères souffrants, dans ce crucifix de bronze qui pend a sa ceinture, dans cette vierge de cuivre qui accompagne l'humble chapelet. Ou, si vous l'aimez mieux, transportez-vous dans ce lieu redoutable où la justice rend scs arrêts contre les malheureux que le meurtre ou le vol ont souillés, et demandez à cet assassin, à ce faussaire, pourquoi, tant qu’il nie son crime et ment à sa conscience , il n’ose arrêter son regard sur ce Christ qu’il aperçoit au-dessus de la tête de ses juges. Ou bien encore, montez à Notre-Dame de la Garde , et voyez ces braves matelots prosternés devant la madone; ils ont parcouru l'Océan à travers mille dangers, ils ont souffert l’horrible torture de la faim, ils ont vu périr leur vaisseau sur une plage lointaine et inhospitalière ; il leur faut pourtant recommencer leurs courses aventureuses : eh bien! ils se sont agenouillés devant la Vierge de Bon-Secours, ils ont baisé la statue que, lors d’un précédent naufrage, leurs cœurs reconnaissants lui avaient consacrée, et les voilà qui se relèvent, pleins de courage et de confiance, redemandant la mer et tous ses périls.
Les œuvres du génie et les découvertes de la science, aussi bien que les inspirations d'une tendre piété, ont leur culte des images. Si on s'empresse de reproduire, à côté de la Bible cl des saints Évangiles, l’admirable Discours de Bossuet sur l'histoire universelle, ou la louchante Imitation de J.-C. ; si on multiplie les chefs-d'œuvre de Racine , de Corneille , de Fénelon, de Bulïnn de Chateaubriand : si on fait revivre le moyen âge dans ses Églises, dans ses castels, dans ses essais d’histoire ou de poésie, les habiles éditeurs Curmcr, Pourrai, Dellove et leurs cmules ont soin de recourir aux Vernct, aux Johaunot ,
ta.