TRAITS DS MOU ALS
aux Adam, aux David, aux Granville, pour obtenir de leur talent eea magnifiques Illustrations qui ajoutent aux bon» ouvrages un si merveilleux ornement et quelquefois même éclairent d’une plus vive lumière la pensée des grands écrivains.
En un mot, on a parfaitement compris, et de tous côtés, on applique avec goût, avec succès, le vieux précepte d’Horace qui recommandait de parler beaucoup par les yeux aux hommes qu’on voulait instruire.
Mais si les hommes d'un âge mûr, si les hommes de tous les temps et de toutes les conditions entendent le langage qui s’adresse aux yeux, assurément ce langage est surtout intelligible et convenable pour les jeunes enfants.
Aussi le plus grand nombre des comités supérieurs qui ont proposé des règlements particuliers pour les écoles primaires de leur ressort n’ont pas manqué d’y insérer une disposition qui prescrit de placer dans la salle de l’école, au-dessus de l’estrade de l'instituteur et en face des élèves, un Glirist et un buste du roi.
Dans les écoles des frères on ajoute une autre image dont l’aspect rappelle à ces dignes mnitres de l'enfance des souvenirs qui sont |H>ur eux-mêmes une continuelle et salutaire leçon; le portrait du vertueux abbé De la Salle est toujours là, et sans doute plus d’un frère aura réprimé un mouvement d'impatience et retenu une parole colère eu apercevant sur la muraille la vénérable figure du saint prêtre.
Et qu'on veuille bien le remarquer, plus les enfants sont jeunes, plus ils sont étrangers aux tristes réalités de la vie, et plus ils sont frappés des images qui leur représentent les prodiges de l’histoire sainte, les oeuvres de la charité, les actions louables de toute espèce, les monuments de tout grnre. Avec leur mémoire encore si neuve, leur imagination déjà si vive, leur inquiète curiosité , leur élan vers toutes choses , ils saisissent , ils retiennent , ils répètent jusque dans le sein de la famille les scènes plus ou moins étonnantes dont ils ont vu chaque matin le dessin ou la grav ure appendus dans la classe.
Que si , quittant les écoles primaires proprement dites, nous
APPENDICE
«litrons dans une salle d'asile, dans un de ces précieux établissements où la charité intelligente réunit des centaines d'enfants de lage de deux à six ans, tout ce que nous avons dit jusqu'à présent des services essentiels que peuvent rendre les images acquiert une bien autre force. Oh ! c’est pour ces enfants-là que la curiosité est immense, que les yeux sont insatiables de voir comme les oreilles d’entendre, les poumonsde se dilater et la voix de retentir ; c’est pour ces enfants que les idées abstraites sont inabordables, que la parole seule est un vain son qui se dissipe dans les airs, que les longues exhortations sont vaines et stériles. Mais les images! voilà les livres des petits enfants, voilà leurs cahiers , voilà leurs premiers maîtres. Montrez-leur le bon Dieu créant le ciel et la terre et tous les animaux, Adam et Eve chassés du paradis après avoir mangé le fruit défendu, Noé et son arche, Joseph pardonnant à ses frères, Moïse et la mer Rouge et le serpent d'airain, Daniel debout et tranquille au milieu des lions : montrez-leur le Sauveur du monde naissant dans une étable , couché dans une crèche, et, là, recevant les hommages des bergers et des rois; puis, guérissant l’aveugle-né, rendant à la veuve de Naïin le fils unique qu’elle conduisait au tombeau, multipliant les pains dans le désert, calmant d’un mol les vagues furieuses, et, après tous ces prodiges de puissance et de bonté, expirant entre deux voleurs, dont l’un se repent et obtient sa grâce; montrez-leur saint Pierre convertissant trois mille juifs, saint Paul prêchant dans Athènes le Dieu inconnu, saint Jean et la nouvelle Jérusalem descendant du ciel, les saints martyrs confessant, au milieu des flammes ou sur le chevalet, la foi qui fera tomber les idoles; saint Charlcs-Borroméc , la cordeau cou, distribuant aux pestiférés de Milan l’adorable et consolante Eucharistie; saint Louis rendant la justice au pied du chêne de Vincennes; Henri IV laissant entrer du pain dans la ville affamée qu'il assiège; Louis XVI écrivant son testament de grâce et de miséricorde; un roi pleurant comme les autres hommes sur la tombe précoce de sa fille chérie , et celte jeune princesse, qui, riche de talents, de vertus et de grâces, épouse bien-aiméc, mère si tendre, sourit à la mort en songeant à son Dieu; oui, parlez
ainsi aux yeux des enfants, et leur âme vous comprendra, et ces hauts enseignements, nettement réfléchis dans d'heureuses mémoires, s’y fixeront ineffaçables et fidèles comme ces traits que grave la lumière sur la planche docile de la chambre obscure (i). C'est aussi dans les images qu'ils étudieront utilement quelques faits choisis de l'histoire générale , quelques éléments de botanique ou de zoologie, sciences si effrayantes quand elles ne sont que dans les livres.
Tout ce que nous venons de dire nous semble véritablement en dehors ou au-dessus de toute contestation , et nous n’avons plus qu’un vœu a exprimer. Nous souhaitons vivement que le tact et le goût président toujours au choix des images qu’on exposera aux regards des enfants; et s’il en est ainsi , si , de bonne heure, en même temps que leurs oreilles s’accoutumeront à entendre des chants simples, mais réguliers et harmonieux, leurs yeux sont habituellement fixés sur des représentations honnêtes, morales , religieuses, et autant que possible irréprochables sous le point de vue de l’art, ce sera certainement un des plus grands moyens de civilisation et d’amélioration qu’on puisse employer dans l'instruction publique comme dans l’éducation privée. Les premières habitudes sont si puissantes! Ne pourrait-on pas espérer que ces enfants, dont le coeur serait nourri de bons sentiments, dont la langue ne bégayerait que des paroles aimables et douces, dont les regards ne rencontreraient, dans l’asiledu moins , qde des objets intéressants , de forme gracieuse et pure, prépareraient pour les écoles primaires et secondaires une génération digne de la France du dix-neuvième siècle? Toute espérance est permise quand il s’agit d'une œuvre confiée aux soins maternels des charitables dames qui se dévouent sur tous les points du royaume à inspecter et à diriger les salles d'asile.
(i) La belle découverte de M. Daguerre, entre mille précieuses conséquences, aura l’avantage de multiplier en faveur des éeoles, au meilleur prix possible, lea images d’un goét parfait et d’une incomparable fidélité.