AUX DAMES COMPOSANT LA COMMISSION SUPÉRIEURE DES SALLES D’ASILE
• Ouvrir des lieux de refuge aux plus jeunes enfants, les préserver, autant qu’il est possible, du mal physique et du mal moral; les laisser venir, ou mieux encore, à force de bienfaits et de soins maternels, les amener doucement à Dieu et à Jésus-Christ; les remettre innocents et purs aux mains des instituteurs qui devront achever cette première éducation; en un mot, continuer l’truvrtde saint l'incent de Paul, on ne saurait trop le redire, telle est , sous un premier point de vue , la mission glorieuse et sainte que nous avons à remplir.
• Elle est sainte aussi et glorieuse, cette mission, sous un autre rapport qui n’intéresse pas moins l’ordre public et les lionnes mœurs.
• Par cela même que les petits enfants sont mis en sûreté pendant toutes les heures du jour, le jour tout entier est rendu au travail pour les pères et mères, et ce travail, désormais sans inquiétude et sans trouble, devient tout ensemble plus facile et plus fructueux. L’extrême pauvreté disparaît, l'économie commence, l’esprit d’ordre s'éveille, les caisses d’épargne et de prévoyance reçoivent les tributs volontaires qui doivent assurer l’avenir; un peu de bonheur se fait entrevoir au sein d'une famille qui, jusque-là, n’avait connu de la vie que ses privations et ses angoisses, et le bonheur, fruit du travail , touche de près à toutes les vertus.
- C’est par cette double destination , c’est parce double service que se recommandent les Salles d’Asile.
« Et qui mieux que vous, mesdames, pourrait comprendre tout ce que renferment et présagent de salutaire ces' précieux établissements? La France vous a dû leur première apparitiou, elle vous doit leurs progrès, elle vous devra leur perfection.
« Oui, leur perfection. Il semble d'abord que ce soit, pour les œuvres de l'homme, un espoir bien orgueilleux et bien vain. Mais ici une réflexion simple et vraie autorise et justifie toutes les espérances. Nous avons ce rare avantage que toutes les opinions, d'ailleurs si divergentes et si contradictoires, sur ce point seul sympathisent et concourent. Au seul nom de l’enfance, à la seule pensée, au premier aspect de cet âge si faible et exposé à tant de périls, tous les cœurs se sont émus , toutes les mains ont été secourables et généreuses. La faveur publique est pour jamais acquise à cette excellente oeuvre; et, ce qui est le gage certain d'un succès toujours croissant, les dignes ministres d’une religion toute de miséricorde et d’amour ont associé hautement leurs vœux et leurs prières aux suffrages unanimes des autres classes de la société.
• Courage donc! confions-nous au Dieu qui fait ses délices d’habiter avec les enfants des hommes; qui, descendu sur la terre pour nous donner sa vie et sa grâce , conviait les petits enfants à venir vers lui , les couvrait de ses embrassements et de ses bénédictions, et déclarait heureux quiconque les assisterait en son nom ; confions-nous à Dieu , auteur et consommateur de tout bien; et, l’œil fixé sur les établissements-modèles que possèdent l’Angleterre, l’Allemagne, l'Italie et la France, efforçons-nous de propager sur tous les points du royaume, en l'améliorant sans cesse, cette admirable institution. Née avec le dix-neuvième siècle et placée à sa naissance sous les auspices de la charité la plus active et la plus éclairée (1), elle est destinée peut-être à résoudre le difficile problème de la régénération sociale, en rallumant le flambeau de la foi , en épurant les mœurs .
(i; Madame la marquise de l’astorct a eu, des 1801 , l'idcc de recueillir les pauvres petits enfants pendant que leurs pères et mercs se livrent à leurs tri- sui journaliers.
APPENDICE
fii gravant au fond (les âmes, dès l’aurore de la vie, par de dou* cescl lionnes paroles , par de pieux exemples, par tous les moyens d’influence et d’action , les vrais principes de la rivilisation chrétienne. • Instruis le jeune cillant à l’entrée de la vie, nous dit • l’Écriture , et lorsqu’il sera devenu vieux , il ne s’en écartera « pas. •
■ Instruire le jeune enfant, c’est le sommaire, le résumé de tous nos devoirs. Mais, entendons-le bien; et comme nous le disions, il y a quelques jours, avec l'assentiment de M. le Ministre de l'instruction publique, comme l’a conseillé dès l’origine l'honorable auteur du Manuel des Salles rf dsile , gardons-nous de trop d’enseignement, de trop de leçons, de trop de science. Surtout u’oublions pas que tels instituteurs, telles écoles , tels surveillants, tels Asiles. Recherchons avec empressement , découvrons ou formons des maîtres qui comprennent ce que signifie, dans le style et dans l’esprit des saints livres , dans les intérêts véritables de l’ordre et de la société, instruire le jeune enfant ; qui soient intimement persuadés que c’est, avant tout, munir son âme de la pensée de Dieu , de l’amour de Dieu , de la crainte de Dieu ; le défendre efficacement contre les passions naissantes de la jalousie , de la colère, de la vanité, qui déjà épient et menacent son innocence; lui inspirer pour lui-même et pour ses compagnons un sentiment profond de respect, dû à tous ceux que le grand Apôtre appelle les rois et prêtres de Dieu; les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ, les temples du Saint-Esprit, dû à l’homme enfin, a celte noble créature, d’une si belle origine et d’une si haute destinée, qu’un Dieu a créée, qu’un Dieu a raehetée, qu’un Dieu veut rendre éternellement heureuse. Découvrons ou formons des maîtres qui, comme parlait, il y a bientôt quatre siècles, un illustre chancelier de l'Université, le pieux et savant Gerson (i), habiles à tempérer leurs discours , sachant balbutier à la manière des nourrices et des mères , bégayant arec les petits enfants , entrent en partage avec eux de toutes leurs peines et de routes leurs joies, ainsi que de leur naïf langage.
(l) Tractatus de parvutis ud Christum tri’hendt t
• Après quatre siècles écoulés, l'humanité se retrouve avec les mêmes besoins, l'enfance a droit aux mêmes égards, les mêmes moyens de succès doivent être employés, et, remarquous-lc avec joie, c’est bien la l'esprit de l'ordonnance : elle veut que l'idee religieuse, l’idee chrétienne soit toujours l’idée prédominante dans nos établissements.
• Voilà , mesdames , je le répète avec confiance et sécurité en présence de vos doctrines et de vos exemples, voilà notre tâche principale , essentielle, de tous les jours et de tous les instants. Vous l'avez constamment envisagée, mesurée, accomplie. Heureux de m’y dévouer avec vous, je n’ai qu’un désir : c’est de recueillir assez fidèlement vos inspirations, pour mériter l'honneur que m'a fait le Ministre du Roi en m’associant à vos travaux. •
■ Les Salles d’Asile sont des lieux de refuge destinés à recueillir un grand nombre de pauvres |>etils enfants d’un âge où les besoins de tout genre sont le plus multipliés, le plus pénibles et, il faut le dire, le plus rebutants, si la charité chrétienne pouvait se rebuter.
• Cent cinquante enfants, deux à trois cents quelquefois, de l’âge de dix-huit mois à cinq et six ans, rassemblés sous la garde de deux ou trois personnes qui se dévouent à donner à chacun d’eux tous les soins que devraient prodiguer les pères et mères s’ils disposaient de leur temps et s'ils savaient accomplir tous leurs devoirs, tel est le spectacle que présente tous les jours chaq ue Salle d’Asile pendant neuf ou dix heures.
• Conçoit-on bien, à moins de l’avoir vu et revu, médité et médité profondément , ressenti jusqu’au fond de ses entrailles, tout ce qu’exige d’attention , de vigilance , de sainte inquiétude, de patience à toute épreuve, de résignation sublime à force d’être humble, d'invincible courage et de vertu surhumaine, le soin journalier d'une pareille famille ?
APPENDICE
- Eh bien! c’est dans le sentimeut vrai , profond, des obligations rigoureuses et sacrées qui pèsent sur la conscience d’un Surveillant et d’une Surveillante d’ Asile, que l’ordonnance royale, dans sa haute et paternelle prévoyance , a puisé le système d’inspection de ces établissements.
« Quelques mots éclairciront notre pensée à cet égard.
« Sans doute , les Commissions d’examen feront leur devoir; dirigées, éclairées par les programmes que la Commission supérieure aura préparés , que le Conseil royal aura arrêtés , que le Ministre de l'instruction publique aura approuvés et protnulgés; pénétrées surtout de l’esprit qui aura inspiré les programmes et qui les suppléerait au besoin, ces Commissions parviendront, nous devons l’espérer, à procurer aux Salles d’ Asile de dignes maîtres, de véritables amis de l’enfance. Nous aurons. Dieu aidant, des Surveillants qui, pour emprunter le langage de Fénelon parlant a ses jeunes lévites , ne seront pas seulement pères, ils seront mères, et des Surveillantes qui prouveront qu’elles savent ce que c’est qu’être mères.
• Mais, après toutes les précautions prises ; après toutes les garanties recherchées et trouvées , c’est à des hommes enfin, à des êtres imparfaits, passionnés , sujets à toutes les misères de notre faible nature , que sera confié le précieux dépôt; et n'en doutons pas, malgré les plus fermes résolutions et les plus constants efforts , ces Mai Ires et Maîtresses auront à surmonter bien des tentations de découragement, d’impatience, de sévérité extrême ou d'excessive indulgence. Au milieu de tout cela, il est bon que d’autres yeux, d’autres oreilles, d’autres sollicitudes surviennent tout à coup, et voient et regardent, écoutent et observent, retiennent et constatent tout ce qui peut intéresser et améliorer la condition de nos chers enfants, tout ce qui peut leur procurer, en deux mots, des âmes saines dans des corps sains.
• Aussi voyex cet ensemble de sages dispositions qui , par leur douce et puissante harmonie, placent, pour ainsi dire, en sentinelle dans chaque Asile l'autorité supérieure avec un œil toujours ouvert, une oreille toujours attentive.
« D’abord , à chaque établissement est attachée, par son titre
cl liicn pim encore par son âme et par le bien qu'elle y fait, une Dame inspectrice présentée par le premier magistrat de la commune ou de l'arrondissement municipal, nommée par le premier magistrat du département; elle est chargée de la visite habituelle et de l'inspection journalière (art. ai) : pour suffire à une telle charge, elle ne s’en tient pas à son propre zèle et à ses seules inspirations , elle appelle à son aide d'autres Dames qui, comme elle, avec elle ou sans elle, viendront voir l’Asile, y surveilleront tout ce qui touche à la santé des enfants, à leurs dispositions morales, à leur éducation religieuse, aux traitements dont on y use envers eux (art. as).
• Certainement, avec cette première et importante mesure, on doit croire que nos pauvres enfants seront environnés de tous les soins minutieux que demande leur âge et dont la charité possède si bien le secret; mais le législateur ne s'est pas borné là. Il a voulu (art. a6) que, dans tout département, d’autres Dames encore, des Dames inspectrices permanentes eussent aussi leur entrée libre, leur entrée imprévue dans tous les Asiles, sous le tiomde Déléguées sftéciales; et, cette fois, aux motifs généraux de sympathie pour les enfants, de tendresse maternelle, d’affection chrétienne , qui animent les Dames inspectrices et leurs Déléguées, l’ordonnance n’a pas craint d’ajouter un motif particulier qui, sur les âmes bien nées , ne manque point son effet , qui les remue puissamment et victorieusement, parce qu’il touche à Ce que la conscience a de plus impérieux , à ce (|tie l’honneur a de plus délicat , à ce que le devoir a de plus saint ; nous voulons dire le motif d’un traitement formé des deniers publics, traitement que la charité ne calcule pas, mais que la justice oblige •le mériter par des services réels et par une infatigable diligence.
« Voilà , ce semble, pour chaque département, une série de moyens de surveillance qui ne laissent rien à désirer. Cependant, outre la Dame inspectrice permanente qui peut et qui doit inopinément survenir et faire scs observations, prendre ses notes, rendre compte de tout, il y a de plus les Inspecteurs et Sous-Insjiecteurs de l'instruction primaire et l'inspecteur de l’Académie, qui doivent s’occuper des Asiles (art. a8); et avec tout cela (art.
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»7) , uno Déléguée générale (jui doit comprendre dans sa pensée et dans ses méditations les Salles d’Asilede tous les départeineuls ; sa mission, comme relie de la Dame déléguée spéciale pour les Asiles de la capitale, émane du chef suprême de l'instruction publique, et ce sont les deniers de l'Etat qui lui assurent une honorable indemnité de ses travaux. Elle reçoit du Ministre même cl de la Commission supérieure ou de son President des missions déterminées qui donnent un but certain à son activité; et, riche de tous les documents qu’elle recueille chaque année, de toutes les comparaisons qu’elle est a même de faire entre les divers établissements, elle a droit d'assister avec voix délibérative aux séances de la Commission supérieure et de toutes les Commissions d'examen.
• Enfin tons les Membres de la Commission supérieure et celui qui est appelé a la présider ont, par leur position même au sommet de l’institution, parla nature de leurs obligations qui les obligent à s'entourer de toutes les lumières de l’observation et de l'expérience personnelle, tous ont incontestablement le droit et le devoir de faire des visites dans les Salles d’Asile.
• Maintenant, reeonnaissons-le : un tel système est admirable ou il est absurde : admirable avec l'espritde paix et d'union, absurde, si cet esprit n'existe pas. Oui, si l'esprit de dévouement religieux et d’humilité chrétienne, si l'espritde notre grand Dieu et Sauveur J. C., qui a déclaré qu’il était venu pour servir et non ! mur être servi, ne domine pas parmi nous; si le noble désir de passer sur la terre en faisant du bien, si l'honneur de servir d'instruments de miséricorde au péri* commun des hommes ne suffisent pas à l’ambition de tous , je le dis sans détour comme saus crainte, il faudrait renoncer à la direction et à la surveillance des Salles d' Asile : nous n'aurions pas compris notre mission.
• Mais rassurons-nous : elle est comprise, cette grande et liulle mission, et elle sera remplie dans toute son étendue. •
SUR LES ÉCOLES NORMALES (i)