DESTINÉES A FORMER DES INSTITUTEURS PRIMAIRES
Une règle commune dirige tous ces établissements; elle marque aussilét leur but essentiel, et les désigne à l’attention de tous les amis de l'humanité, comme des écoles fondamentalement morales, fondamentalement religieuses.
Ce régulateur commun est le statut émané du conseil royal , le >4 décembre i83a. Les principes de ce statut sont en harmonie parfaite avec ceux qui ont inspiré la loi du a8 juin 1 833, et par conséquent il n’a pas dû cesser de gouverner les écoles normales.
Aux termes du statut , l’enseignement normal, qui embrasse, selon les différents lieux, un espace de deux ou trois années, doit comprendre avant tout Vinslrnction morale et rehjtieu.se; il renferme en outre tout ce qui peut appartenir à renseignement des écoles primaires, la lecture, l’écriture, l'arithmétique, la grammaire française, le dessin linéaire, l’arpentage et les autres applications de la géométrie pratique; les notions des sciences physiques applicables aux usages de la vie ; la musique et la gymnastique; les éléments de la géographie et de l’histoire, et surtout de la géographie et de l’histoire de la France.
Ainsi donc, avant la loi de i833 comme depuis cette loi, après la révolution de i83o comme sous la restauration et sous l’rinpire, leConscil de l’Université, fidèle à sa haute mission, a voulu que, dans toutes les écoles normales, la religion fut la base indestructible sur laquelle s'élèverait le vaste édifice de l'instruction primaire. lia voulu donner aux familles et à la société cette première, garantie que rien ne remplace, la seule forte, la seule universelle, la seule vraie. Il a compris de tout temps que plus on songe sérieusement a mettre sur toute la surface du pays les nombreuses écoles de l’enfance en étal île produire des esprits plus éclairés, des intelligences plus développées, plus on fait
( i ) K.vtrait tl'iin écrit intitulé, Conaidéralioai sur Ira croies Normale* primaires.
APPENDICE
surgir conséquemment de prétentions élevées et de pensées ambitieuses; plus il devient indispensable de placer, à côté des passions plus émues et plus avides, ce divin tempérament des doctrines et des habitudes religieuses, qui seules fortifient tout à la fois et modèrent et contiennent le coeur de l'homme. A ce pris seulement, il est permis, il est utile, il est glorieux de travailler à l’instruction et à l'éducation du peuple.
Cet impérissable fondement de toute éducation, une instruction morale et religieuse, étant une fois posé d’une main sage et ferme, on envisage avec moins d'inquiétude le tableau un peu vaste des diverses connaissances dont se compose le cours normal des futurs instituteurs.
On demande beaucoup peut-être; mais il faut bien remarquer avec quel scrupule desj limites ont été posées, soit au zèle des maîtres, soit à l’ardeur inconsidérée des élèves, pour celles de ces connaissances qui, poussées trop loin, auraient pu faire perdre de vue aux futurs instituteurs la modeste carrière à laquelle ils se préparent. Ainsi, la géométrie leur est enseignée, mais élémentaire, mais pratique, mais immédiatement employée à l’arpentage, au toisé des bois et des pierres, au lever des plans et à d'autres applications également vulgaires; ils doivent étudier les sciences physiques, mais à condition de renfermer cette étude dans les notions de physique, de chimie et d'histoire naturelle, dont il est désormais impossible de priver aucun être intelligent, et qui sont vraiment indispensables pour les usages journaliers delà vie domestique; ils ne seront plus étrangers à la géographie et à l'histoire, mais ils n’en connaîtront que les éléments essentiels, les faits les plus instructifs, les dates les plus importantes; et après l’histoire sainte, ce sera surtout l'histoire de la France et sa géographie qui fixeront leur attention; enfin ils reçoivent quelques leçons de ce bel art du chant, contemporain de la parole humaine et second interprète de la pensée; mais une prudente réserve, un choix consciencieux d’exercices plus solides que brillants, une heureuse habitude de chants moraux et religieux préviennent lesinconvénientsqui pourraient résulter de l'étude de la musique.
Après cela, on ne saurait le dissimuler : plus les instituteurs aurout acquis une instruction aboudantc et variée, plus il leur »era pénible d’accepter la tâche modeste qu'ils auront à remplir, plus sera difficile la victoire qu’ils auront à remporter sur eux-mêmes. Et , nous n'hésitons pas à le dire : contre la vanité qui s’enfle et qui murmure , contre l’amhition qui s’irrite des obstacles, et qui se décourage si elle ne les surmonte, nous ne connaissons qu’une seule et véritable ressource à l’usage des maigres de l'enfance : c’est, avec une grande modération de désirs, un vif et profond sentiment du devoir religieux; c’est une intime persuasion que Dieu fait honneur à l’homme, en l'appelant à coopécer au développement des intelligences et au salut des âmes pour lesquelles il est venu sur la terre prodiguer les exemples et les bienfaits, la lumière cl la vie; c’est une forte idee de la haute destination de ces êtres créés à l’image de Dieu même, rachetés du sang d’un Dieu, et dont le moindre possède une âme immortelle ,qu’il faut éclairer, guérir et sauver; c’est, en un mot , la foi humble et ferme du vrai chrétien. Alors seulement tout s’anime et se règle en même temps ; tout J se concilie et tout marche ; tout concourt réellement à I 'éducation momie de la jeunesse.
S'instruire eux-mêmes est une première fin (|ue se proposent les élèves des écoles normales; mais cette fin-là ne suffirait ni à leu,- avenir, ni aux besoins du pays; leur but principal est dV//<prendie à instruire les autres. Aussi le règlement général de t83i a-t-il exigé que, durant les six derniers mois de leur séjour à l’école, ils fussent particulièrement exercés à la pratique des meilleures méthodes d’enseignement dans une ou plusieurs classes primaires annexées à l’établissement; et des arrêtés subséquents ont spécifié que les élèves-maîtres seraient toujours exercés avec un soin égal surles deux méthodes qui sont ou doivent être constamment employées dans les écoles primaires, sur la méthode «le renseignement mutuel et sur la méthode de l’enseignement simultané (i).
'i Depuis quelques «nuées, les élèves-maîtres sont exercés aussi à enseigner it'après une méüioclc mixte qui réunit les avantages etsanve les inconvénients «les ilrux antres métlimics.
Avec les méthodes, qui rendent l’instruction plus facile et plus nette, il était important de faire pénétrer dans l’esprit des futurs instituteurs les principes d'après lesquels ils devront diriger l’éducation des enfants que les familles auront déposés entre leurs mains. Il a donc été sagement décidé que le cours de pédagogie des écoles normales renfermerait une exposition raisonnée et suivie de ces principes d’éducation. En cette grave matière, on peut dire que depuis longtemps abondent et les préceptes et les exemples. I.es saintes Ecritures présentent les uns et les autres depuis quatre mille ans à la méditation des hommes. Platon, Cicéron, Quintilien et Plutarque, parmi les illustres auteurs de l’antiquité profane; et dans les siècles illuminés de la vive lumière du christianisme, le digne chancelier Gerson, le bon Rollin, l’aimable Fénelon, le judicieux Fleury, ont multiplié les avis les plus propres à mettre les instituteurs en état de procurer aux enfants tout ce qui peut embellir et fertiliser leurs jeunes années. Au reste, toute doctrine et toute recommandation à cet égard peuvent être résumées en deux mot». Donnez-nous des directeurs d’écoles normales qui , tout en appréciant à leur juste valeur les connaissances humaines et les meilleurs procédés pour l'enseignement de ces connaissances , sentent profondément quelle est en définitive le destination de tout homme venant en ce mondent s'acheminant à travers les dures épreuves et les rudes travaux de cette vie vers une éternité de bonheur ou de malheur, de gloire ou d’opprobre, de vertu ou de vice 4 qui sachent tirer les conséquences naturelles de cette haute destination de l'homme, et n’hésitent point , par exemple , à conclure que tout enfant est un dépôt sacré dont la famille, la patrie, et Dieu enfin , au jour suprême des sévères justices, demanderont un compte rigoureux à quiconque en aura été chargé; qui, remplis sur ce point capital d'une forte et ferme conviction, se considèrent avec un religieux tremblement comme ayant mission de préparer les maîtres qui seront appelés un jour à veiller sur l’enfance et à former pour leur avenir tous ces candidats de l’éternité, tous ces roi» et prêtres de Dieu; donnez-nous de tels directeurs, et croyez qu’ils ne tarderont pas à découvrir les vrais principes de l’éducation.
Il leur apparaîtra clairemeDt que, dévoués tout entier» à une œuvre si difficile et ai sainte, ils doivent ne jamais perdre de vue les jeunes hommes dont ils ontà éclairer l'intelligence, à étudier et à réformer le caractère , s tempérer et à diriger les passions , à affermir les principes et à régler les habitudes. Sur tous ces points, ils multiplieront les instructions, et surtout ils auront soin que leurs exemples confirment leurs préceptes, et que leur vie achève leurs discours. Guidés par les excellents auteurs que nous avons cités plus haut, et par de plus modernes écrivains dignes de marcher sur les traces des anciens, ils entretiendront les élèves-maîtres, sans les enorgueillir, de la dignité des fonctions de l’instituteur, comme aussi, sans les décourager, des qualités nécessaires à l’exercice de pareilles fonctions; ils leur feront comprendre ce que doit être, dans les écoles primaires, l'éducation physique, intellectuelle, morale; comment le maître doit s'efforcer de donner à scs élèves le sentiment du devoir et leur faire appliquer ce sentiment aux obligations envers Dieu , envers eux-mêmes, envers les autres hommes ; avec quelle ardeur et quelle vigilance le maître intelligent et zélé devra étudier le caractère des enfants, leur inspirer en toute occasion l'amour du travail et de l'ordre, leur faire remarquer leur naturelle faiblesse et le besoin de la protection divine au milieu de tous les dangers qui déjà les environnent et qui, plus nombreux encore et plus redoutables, les assiégeront au sortir de l’enfance.
On l’a dit avec toute raison : les grandes pensées viennent du cœur. Que nos directeurs d'écoles normales primaires aient un cœur chrétien et dévoué : les grandes et fécondes pensées ne leur manqueront pas