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DISCOURS

PRONONCÉS A DIVERSES DISTRIBUTIONS DE PRIX. Collège Royal «le Charlemagne.

18 Août I83U.

Messieurs,

Chaque année ramène ce touchant spectacle, des enfants heureux, des combats aimés des mères elles-mêmes, des couronnes paisibles, des chants de triomphe et des larmes de joie.

Cette année surtout sera pour le collège de Charlemagne une de ces époques mémorables autour desquelles se groupent les autres événements de l’histoire classique, puisqu’enfin ce prix, l'objet de tant de vœux et de tant d'efforts, ce beau prix qui depuis dix mois enflamme tant de jeunes courages, et qui fut jugé digne de porter le nom même de l'honneur, c'est le royal collège de Charlemagne qui l’a solennellement remporté, aux acclamations des grands de l’État , aux acclamations de tout un peuple , aux acclamations même des rivaux, plus jaloux que surpris d’une si belle gloire.

Et ce qui redouble le mérite de ce premier triomphe , c’est qu’il n’est pas seul : d'autres athlètes ont obtenu de brillants succès; d’autres couronnes ont rehaussé l’éclat de la couronne principale; le nom de Charlemagne a dignement retenti sous la voûte du palais des sciences et des arts (i).

(i) A ccUeép(M|iie, ta distribution des pris du concourt gênerai , qui 4 lieu tnaiolenaut dans l’enceinte de ta Sorbonne, te faisait dans U grande salle du palais de l'Institut.

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Aujourd’hui, toutes ces victoires vont être proclamées une seconde fois ; et en même temps, au sein de cette assemblée de famille, dans cette réunion spéciale des parents qui ont confié l’instruction de leurs enfants aux maîtres distingués dont nous sommes environnés, les mêmes vainqueurs s’apprêtent à cueillir des palmes nouvelles, ou mieux encore, de digoes émules vont prouver que quand ils apparaîtront à leur tour sur le grand champ de bataille, eux aussi ils sauront combattre et vaincre pour le collège royal de Charlemagne.

Ainsi donc, jeunes Élèves, l’avenir s’offre à vous riche d’espérance, comme le présent est rempli d’allégresse, et rien, ce semble, ne doit attrister ces joies si vives et si pures, dont le souvenir plein de charmes, jusque dans l'âge avancé, fera battre vos cœurs.

Toutefois, plusieurs d’entre vous ont atteint le terme des premières études : ils vont s’éloigner de la terre classique, et bientôt, disant un long adieu à leurs tranquilles et modestes triomphes, ils vont s’élancer dans des carrières inconnues, semées d’embûches et fécondes en périls. Qu’il nous soit donc permis, au nom de la mère commune des jeunes Français, au nom de l’Université royale de France que nous avons l’honneur de représenter en ce moment, de faire revivre un antique usage, et d'interrompre les cris de victoire par quelques paroles plus austères.

Specla, Juvenis.el omen quidem Dii prohibeant! cæterum in ea tempora natus es, quibus firmare animum deceat constantibus exemplis. — Jetez les yeux autour de vous, jeunes gens, regardez et considérez. Puisse le Dieu protecteur de la France veiller sur vous tous ! Mais ne vous y trompez pas ; vous êtes nés pour des temps où tout vous presse de fortifier vos âmes par de grands exemples.

Non sans doute qu’en entrant aujourd'hui dans le monde, fortunés habitants d’une terre aimée des cieux , dignes citoyens d'une monarchie constitutionnelle , sujets fidèles et dévoués du plus juste et du plus sage des rois, vous ayez jamais à redouter, comme autrefois Thrascas , vos succès et vos vertus. Non, non.

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Oser, , jeunes hommes, osez être vertueux; osez ambitionner des gloires véritables, et, j’en atteste tout ce que la France a d'illustre, sous l’empire des Bourbons, vous pourrez être innocents malgré votre renommée. Mais d’autres écueils vous attendent.

Vous avez porté le joug des règlements scolastiques, qui sont les lois de l’enfance; vous avez dêt penser que le premier âge n'était après tout que l’essai et comme l’apprentissage de la vie entière.... attendez-vous que bientôt , de perfides conseillers vous peindront l’autorité comme une tyrannie, l'obéissance comme une faiblesse, la soumission comme une dure et vile servitude.

Une sage philosophie respectant les bornes sacrées devant lesquelles s'arrêtaient en tremblant un Bossuet, un Pascal , vous a enseigné comment il fallait diriger celte Gère raison humaine, pour qu’elle éclairât ses propres voies et atteignit plus sûrement ses dernières limites; comment la pensée d’un être nécessaire, éternel, infini, immense , pouvait seule expliquer l'étre même de l’homme et ses étonnantes facultés ; comment la noble idée du devoir, plus encore quel’idéedu bonheur, élevait, enflammait

les âmes généreuses eh bien I vous avez cru à votre raison , on

vous niera votre existence. Vous avez entrevu le Dieu qu'ont adoré Descartes, Arnaud, Malebranche et Leibnitz, on vous niera que Dieu existe. Vos âmes se sont émues et agrandies au seul nom du devoir, on vous soutiendra que le devoir n'existe pas.

Que dirai-je des leçons que vous ont présentées successivement les annales des peuples anciens et modernes? vous avez posé comme parle Bossuet, le premier fondement de toutes les histoires, en étudiant d’abord nos livres saints, qui , remontant aux premiers jours du monde et vous révélant les merveilles divines, doivent répandre sur toute votre vie la plus douce et la plus silre lumière; vous avez ensuite vécu avec ces admirables écrivains de l'antiquité qui vous ont montré tour à tour, ici l’orageuse et Jalouse république, là le muet et sanglant despotisme, et presqu’en tous lieux, sous des formes diverses, les prospérités insolentes de la force, les profondes humiliations de la faiblesse le vainqueur sans pitié , le vaincu saus consolations , l'homme méprisé quand il n’avait pour lui que ce litre d'homme.

Dans l'histoire moderne, et j'appelle de ce nom celle qui commence avec le christianisme, vous avez reconnu d'âge en âge les heureuses influences de doctrines meilleures, de ces doctrines célestes dont l’illustre Montesquieu vous dit que nous leur devons dans le gouvernement un certain droit politique, dans la guerre un certain droit des gens que la nature humaine ne saurait assez reconnaître.

Vous avez vu l'homme se rétablissant par degrés dans sa dignité native, recouvrant ses devoirs comme ses droits, sachant commander sans orgueil , obéir sans bassesse; les peuples entiers soumis avec amour à l’autorité légitime, soumise elle-même à l’éternelle et souveraine majesté, source, raison et règle de tout pouvoir humain.

Vous avez admiré surtout cette longue vie de quatorze siècles qu'a déjà vécue notre belle Fiance, l'honneur du monde civilisé. Vous avez vu comment, devenue chrétienne dans les plaines de Tolbiac , sous les drapeaux croisés de la religion et de la victoire, la monarchie de Clovis, de Charlemagne , de saint Louis , de Louis XIV a su toujours concilier deux choses que d'autres États ont jugées incompatibles, d'une part, son indépendance absolue dans l’ordre temporel, d’autre part, sa noble et raisonnable soumission dans l'ordre religieux; vous l’avez vue non moins favorisée du ciel sous le rapport politique , les rois et les peuples conspirant ensemble à l'affranchissement et au bonheur de la commune patrie, et le pouvoir et la liberté resserrant de plus en plus leur indestructibleunion, souslesauspices de cette suite magnifique de rois d'une même famille qui depuis huit cents ans président à nos destinées et semblent un seul roiqui seraitjmmorlel.

N'importe , jeunes gens. Préparez-vous à entendre dénaturer ces riches souvenirs de votre histoire nationale; vous entendrez dire dans le monde, vous lirez peut-être dans de déplorables écrits, que vos cceurs ont été abusés, que vos imaginations ont été déçues, que les gouvernements, même de nos jouis, sont les ennemis naturels des peuples , que les peuples doivent toujours être en garde contre les rois, que les promesses des rfcis sont vaines et mensongères puis unissant le blasphème à la révolte,

APPENDICE

ébranlant à la fois tout ce qu'il y a de sacré, outrageant ou dédaignant la conscience du genre humain , on vous répétera que la religion et la royauté sont de funestes et honteux préjugés, que les prêtres comme les rois sont les fléaux des nations.... et n’estce pas ainsi que l'histoire, destinée à tout sauver par les grandes leçons dont elle retentit à chaque page, a été trop souvent employée à tout perdre par les fruits amers qu'une fausse philosophie lui avait fait produire?

Mais rassurons-nous. L’excès même des déclamations en est le remède. Ces cris de fureur seront à vos Âmes généreuses un salutaire avertissement. Vos nobles cœurs en feront justice, et quelle que soit la carrière où vous appellent vos goûts et vos talents , dans la vie publique comme dans la vie privée, fidèles à votre Dieu, fidèles à votre roi, intrépides chrétiens, bons et ^oyaux Français , dignes enfants de l’Université royale , dignes élèves de ce royal collège, vous vous retrouverez toujours sur le chemin de l'honneur et du devoir. Vous donnerez ainsi , de la seule manière qui nous convienne à tous, un nouveau démenti à d’autres déclamations sans cesse réfutées et sans cesse reproduites, que le zèle ne dicte pas toujours, que la science accompagne rarement, que la justice et la vérité n’ont jamais avouées.

C’est à vous, jeunes gens, l^mour et l’espoir de la France, c'est à vous qu’il appartient de prouver, par vos actions plus persuasives que nos paroles, que Louis le Désiré n’a point failli, quand il a maintenu, protégé, adopté une institution que Charlemagne, François I*’, Henri IV et le grand Louis avaient entrevue et préparée : une institution essentiellement favorable à tous les développements de la raison, à la propagation de toutes les lumières; une institution, en un mot, qui, plaçant l’éducation publique dans les mains des Bourbons, sous la double garantie de leur puissance royale et de la charte constitutionnelle, qu'ils ont donnée à toujours, promet à la patrie que ses nombreux enfants, en tous temps, en tout lieu, s'élèveront dans les principes de dévouement et de sagesse qui mettent fin aux révolutions ou préviennent infailliblement leur terrible retour.

314 TBAITB DE MORALE.

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