‹ Traitè de moraleChapitre 40 sur 49 · COLLÈGE ROYAL DE BOURBON · texte numérisé non relu

COLLÈGE ROYAL DE BOURBON

21 Août 1832.

Messieurs,

La France, qui doit prétendre à tous les genres de gloire, doit encourager tous les genres d'études. C'est dans ce noble but qu'un puissant génie, méditant avec les Laptacc, les Fontanes et les Cuvier, sur les besoins de l’instruction publique au dix-neuvième siècle, fondait les lycées, établissait les facultés, et déposait dans la même loi le germe de l’instruction primaire, en même temps que de ses mains pleines de victoires, il relevait les autels et refaisait la magistrature. C'est aussi pour atteindre ce but plus sûrement que, six ans plus tard , considérant comme des magistrats importants, ce sont ses propres paroles, les directeurs et les professeurs des diverses écoles qu'il avait créées, et désirant, comme pour l'administration de la justice, imprimer une commune direction à tous les talents et à tous les efforts, il formait de tous ces éléments épars une seule et vaste institution. I| voulait, ainsi le disait-il , un corps qui lendit sans relâche à perfectionner l’enseignement dans tous les genres et à le maintenir au niveau des connaissances acquises, sans que jamais l'esprit de système pût en arrêter les progrès; un corps dont la doctrine fût à l’abri des petites scènes de la mode, qui marchât toujours quand le gouvernement sommeillerait , et dont les statuts devinssent tellement nationaux qu’on ne pût se déterminer légèrement à y porter la main.

A ces traits, Messieurs, il faut bien reconnaître cette Université de France qui , toujours attaquée et s’affermissant toujours, distribuait , hier encore comme il y a vingt-quatre ans, ses prix et ses couronnes à l’élite de ses jeunes athlètes. Elle a traversé avec honneur des temps difficiles, et ce n’est pas à elle à redouter ceux où régneront tout ensemble l’ordre et la liberté. Alors au contraire, il n’y a plus à craindre de jours néfastes pour les sciences et les lettres, et toutes les études prospèrent à l’ombre d’un trône franchement constitutionnel. Au milieu de ce grand nombre d’établissements, dans lesquels, grâce au zèle infatigable des plus

APPENDICB.

habiles maîtres, l’Université donne sur tous les points, ce double enseignement à une jeunesse heureuse du présent et déjà riche de l'avenir, une situation particulière, un caractère propre distingue le collège royal de Bourbon. Placé dans le quartier de la capitale où se trouvent tant de hautes notabilités du commerce et del’insdustrie, il semble destiné à prouverque le sol industriel et commercial est aussi le sol classique. Belle et honorable mission qu'il vous appartient, Messieurs, d'apprécier et de remplir. Elle intéresse, non-seulement la gloire et la prospérité de ce collège, mais la gloire et la prospérité de tout le pays. L’alliance heureuse des études littéraires et des études industrielles, c’est là une de ces questions vitales qui agitent de temps à autre le monde civilisé, et qui donnent un nouveau mouvement à toutes les améliorations sociales. Elle revient à propos à une époque où, comme le disait, hier même, le chef suprême de l'instruction publique, toutes les carrières utiles s’ouvrent devant vous, dégagées de toute entrave, libres de tout obstacle qui ne viendrait pas de vousmêmes. Oui, plus que jamais, la liberté est acquise, cette liberté forte et vraie qui se fonde sur les lois, qui ne vit que par elles et qui périrait avec elles, si désormais le règne des lois n'était pas impérissable en France : le haut prix qu’il nous a coûté nous le garantit.

Tous tes Ares ont leurs lois, devons-nous répéter avec un illustre auteur qui fut aussi un bon Français. Vos lois, jeunes élèves, ce sont les plus douces et les sûres de toutes , l’étude et la discipline; l’étude qui éclaire les intelligences et assure l’avenir; la discipline, qui soumet la volonté , la contrarie quelquefois, mais en la contrariant, la redresse et la fortifie. Ainsi s’élabore lentement, mais noblement, dans son être intellectuel et moral, le chef-d’œuvre de la création; ainsi se prépare l’homme vertueux, l’homme religieux. Que ce soit là , Messieurs, votre triple gloire. Elle n’est pas devenue si commune, qu'elle ne puisse exciter votre envie. Des esprits avides de lumières, des cœurs qui battent au nom sacré de la vertu, des âmes fortes qui sacrifient tout au devoir, voilà l'éducation publique telle que l’Université la conçoit, telle que vos familles la demandent, telle que vos maîtres

vous la doivent, telle que la veut cette belle France dont vous voulez être et dont vous serez les dignes enfants.

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