‹ Traitè de moraleChapitre 41 sur 49 · COLLÈGE DE STANISLAS · texte numérisé non relu

COLLÈGE DE STANISLAS

17 Août ISJ7.

Il y a quelques années, jeunes élèves, nous étions réunis dans cette enceinte avec plusieurs d’entre vous; et, certains de la pensée du gouvernement, nous vous annoncions que bientôt serait promulguée une loi généreuse qui répandrait l’instruction populaire jusque dans les moindres hameaux de ce vaste royaume. Grâce aux efforts d’un illustre et sage ministre, cet immense bienfait de l’instruction populaire n’est plus seulement un voeu. Une espérance , c’est un bien présent et acquis; et c’est là, Messieurs , pour tous les degrés de l'échelle sociale, un grand événement , grand par les avantages qu’il assure aux classes les plus nombreuses de la société, grand par les avertissements qu'il donne aux classes les plus élevées; car, il ne faut pas vous le dissimuler, il deviendra de plus en plus difficile , comme il sera de plus en plus glorieux, de se placer aux premiers rangs dans une nation qui veut grandir et s’élever tout entière en s’éclairant et en s’améliorant.

Il est digne de la France du dix-neuvième siècle de donner ce mémorable exemple , alors que les enfants des rois disputent avec ardeur aux fils du peuple les palmes littéraires; alors que les rois même, partageant nos fêtes académiques, se prennent à verser des larmes de joie comme les autres hommes.

Déjà cette noble France, et nous l'en félicitons hautement, s’est empressée d’inscrire dans une loi fondamentale, en tête des connaissances humaines, ces mots pleins d'avenir, parce qu’ils sont pleins de lumière eide force: instruction morale et irlifcieuse. Il lui appartenait de témoigner par là même de l’esprit réparateur qui souille sur notre chère patrie, cl d’exciter ainsi une salutaire émulation vers tout ce qui est et sera éler-

APPENDICE

nettement beau et vrai ; il lui appartenait d'offrir partout aux générations naissantes, avec un enseignement proportionne à toutes les intelligences, une éducatiou qui convienne à toutes les dînes, une éducation qui soit la sauvegarde de l'ordre public aussi bien que la garantie de nos libertés, et qui, remettant en honneur les saines croyances et les fortes convictions, prépare chaque Français à l'accomplissement sérieux de ses devoirs pour le disposer à l’exercice raisonnable de ses droits.

C’est ainsi que l’Université de France, admirable création d’un puissant génie à l’époque de sa plus grande gloire, a toujours compris son importante mission. C’est ainsi, j'aiine à vous rendre une seconde fois, Messieurs, cet hommage mérité, c’est ainsi que, sous les auspices de son vénérable Directeur et des dignes Maîtres qui partagent ses sollicitudes paternelles, le collège Stanislas a surtout cherché à résoudre le difficile problème de l'instruction publique.

L’éducation de l'âme , ou, si nous osons risquer un mot qui exprime parfaitement toute notre pensée, l'animiculture tient ici une grande place. Sans doute , jeunes Élèves, on ne vous interdit pas de vous associer, dès à présent par vos sympathies et par vos vœux, dans la suite par vos efforts personnels et par vos propres succès, au mouvement universel qui agite l'esprit humain en tous sens, et développe et féconde toutes ses facultés; qui crée à tout moment, pour la vie extérieure et physique, de nouveaux besoins et de nouvelles ressources; qui ,de toutes parts, excite l’industrie, encourage le commerce, établit entre tous les points du globe des relations rapides comme le vent, actives comme la pensée; qui ne permet à aucun peuple de s’arrêter dans la carrière des sciences et des arts,, sous peine de reculer et de descendre; tout cela est du travail , et, comme vous le disait hier le ministre de l’instruction publique , le travail est la grande loi de l’homme et de la société. Mais en même temps , aimable et brillante jeunesse, on souhaite que vous sachiez à quoi vous en tenir sur les questions vitales qui louchent à ce qu’il y a dans l'homme de plus intime et de plus réel ; on désire que vous avez, en toute occasion , réponse ferme et nette sur ces points capitaux

TBAITÉ DE MOEULB.

qui ont exercé les pim beaux génies de l'antiquité, et que , depuis dix-huit siècles , le christianisme a décidés pour jamais avec une souveraine autorité : qui suis-je? où suis-je? où vais-je? On pose pour vous sur la route de la vie, à la double lueur de la raison et delà foi, de précieux jalons qui dirigeront votre course vers tout cequi est honnête, généreux et pur. On veut enfin que les Élèves de Stanislas, après s’étre dispersés, au sortir du Collège, dans les voies les plus diverses , s’ils viennent à sc rencontrer, se reconnaissent toujours à ces doux et sacrés caractères par lesquels l’orateur-philosophe définissait l’amitié, à ce consensus rrrum diyinarum nique hunwnarum cum benevolentia. Oui, jeunes Élèves, après avoir été bons et fidèles camarades sur ees bancs, vous demeurerez bons et fidèles amis dans toute la suite de la vie ; et tous , à force de solides vertus et de véritables lumières , vous contribuerez à ramener parmi nous cette estime et cette bienveillance mutuelles, ou, comme parlent et saint Paul et Tacite, ce respect et cette préférence réciproques ; en un mot, ce merveilleux consentement sur les choses divines et humaines, qui seul pourra recomposer notre unité nationale, cette magnifique et imposante unité à laquelle la France a dù longtemps d'être la reine des nations et la gloire du monde.

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