COLLÈGE ROYAL DE SAINT-LOUIS
23 août 183*.
Messieurs,
« La lutte que vous avez à soutenir contre vos redoutables rivaux devient chaque année plus laborieuse et plus difficile, et cependant de nouveaux succès ont récompensé vos efforts; quelques couronnes de plus ont orné vos fronts dans cette grande solennité du conrours général : vous avez prouvé que vous comprenez votre temps et votre patrie.
APPENDICE
« En instruction comme en vertu, qui n'avance "pas recule, et reculer n’est pas de notre siècle ; reculer n’est pas français. En avant! en avant! c’est la devise universelle, c’est le cri de ralliement des sociétés vieillies; c’est surtout le cri de guerre des générations naissantes; c’est mieux que tout cela : c’est au fond le mot d’ordre que le christianisme a donné au monde, il y a dixneuf cents ans; et plus que jamais, ce mot d’ordre est compris dans notre France. Il retentit dans les montagnes de la Corse à demi-sauvage et dans les landes incultes de la Bretagne, comme dans les plaines riantes de la riche Normandie et dans les manufactures de l’industrieuse Alsace. Partout les peuples marchent, volent, se précipitent vers un avenir indéfini , immense... et si tous , même en passant sous nos arcs de triomphe, nous répétons avec Horace le betla matribus detestata , personne n’est tenté de partager les plaisantes colères du poète philosophe contre l’audacieux Prométbéequi dérobait le feu céleste, ou contre le navigateur au cœur d’airain, assez téméraire pour franchir la prudente barrière de l’infranchissable Océan. Non, non : ce n’est point par là que la terre offense le ciel ; le Dieu qui a fait l’univers et quis’est plu dans son œuvre, trouve bon que l’homine l'étudie, la parcoure ou la contemple. Le grand livre de la nature est ouvert à toutes les intelligences comme à tous les regards; et le jour s’approche où, grâce à l’instruction primaire, devenue chez toutes les nations le patrimoine des plus pauvres enfants , le plus humble des humains , initié aux éléments de l’histoire naturelle et de l’astronomie, entendra les cieux raconter la gloire de l’Éternel, et se verra, sans que la tête lui tourne, suspendu entre ces deux infinis dont la pensée pénétrait d’une pieuse admiration un Newton, un Pascal. L’admiration du vrai beau va bien à tous les âges et à toutes les âmes, et tous les cœurs bien nés sont à l’aise avec Dieu.
• Mais aussi, messieurs, à mesure que les connaissances élémentaires se répandront dans les rangs inférieurs de la société, à mesure que les découvertes de la science, les prodiges de l’industrie, les entreprises du commerce et tous les arts de la paix iront se développant , songez , vous qui prétendez aux rangs élevés de l’ordre social , songez que vos progrès doivent suivre la même proportion; que, demeurer stationnaires, c’est
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vouloir être dopasses : qu'il V a pour vous une glorieuse nécessite de lutter toujours, et de toujours vaincre.
• Ne vous dissimulez aucune des graves circonstances qui vous environnent. Tenez pour certain qu’au milieu des flots sans cesse grossissants de notre innombrable population , à la vue de ces milliers de concurrents qui apparaissent sur la scène et qui se pressent à toutes les portes, impatients de jouer leur rôle, la législation, de plus en plus exigeante et sévère, mettra nécessairement à de plus hautes conditions l'honneur de servir le pays.
« Nous le disons à tous ceux qui nous entendent, et à vous, jeunes hommes, qui, près de quitter ces bancs, allez terminer vos premières études en vous parant, sous les yeux de vos mères charmées, de ces paisibles couronnes; et à vous, jeunes élèves, pour qui ne sont pas encore écoulées les années précieuses qui renferment la vie entière: gardez-vous de rompre avec les premiers amis de votre enfance, avecces immortels écrivains de la Grèce et de Rome, qui ont porté si loin le bel art de parler et d'écrire, et à qui nous devons d’ailleurs toutes les gloires littéraires des temps modernes. Aimez sans douteet cultivez les sciences , recherchez avec ardeur leurs utiles applications; mais, au nom des sciences elles-mêmes , aimez et cultivez les lettres, sans lesquelles les sciences ne sauraient dire leurs secrets, révéler leurs inspirations, publier et faire goûter leurs merveilles.
Et enfin, messieurs, permettez à nos soixante ans un dernier conseil. Tous tant que nous sommes, maîtres et élèves, enfants et |>èrcs de famille, n'oublions pas que nous, Français , nous sommes une société chrétienne, et l’ainée de toutes ; que si la France a marché , quatorze siècles durant , à la tête de la civilisation, elle a dû cet insigne honneur à ces belles doctrines religieuses, à ces puissantes doctrines que défendirent également et saint Louis et Louis le Grand, et Gerson et Bossuet, en même temps qu’ils baisaient avec respect le pave de nos temples. Jamais, certes, âme humaine n’aura de plus fiers besoins que ces àmcs-là; jamais rieur d'homme ne battra dans de plus nobles poitrines. Croyez-nous, messieurs, pour la vie morale, qui est la vraie vie des nations, rontentons-nous de ce qui a contenté ces grands hommes, et les yeux sur l'histoire, comprenons que l'humanité consolée, éclairée, perfectionnée, le travail mis en
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lionnrur, l’ordre solidement établi , le pouvoir respecte et sans orgueil , l'obéissance facile et sans basses»^, la liberté entière et sans licence, tous ces biens politiques et civils sont, à le bien prendre, le christianisme en action.