‹ Traitè de moraleChapitre 43 sur 49 · COLLÈGE HENRI IV · texte numérisé non relu

COLLÈGE HENRI IV

Su août 1830 .

A pareil jour de l’année dernière, jeunes Élèves, une vois éloquente (i), dont, hier encore, les nobles accents ont enchante vos oreilles et pénétré vos âmes , vous donnait dans celte méine enceinte, de vives et puissantes émotions que ma voix sexagénaire ne reproduira pas. Heureusement, l’éducation publique est une de ces thèses inépuisables , immenses, où d'utiles conseils peuvent apparaître après les inspirations du talent; et vous avez trop bien profité du séjour du collège , pour ne pas aimer qu’on vous conseille, alors même qu’on vous loue.

Hier donc, dans notre grande fête de la jeunesse studieuse, de brillantes couronnes ont ceint vos fronts ; et , grâce à vos constants efforts, sous les auspices de Professeurs habiles et dévoués, grâce à la sage direction de votre jeune et digne Proviseur, le beau nom de Henri IY a souvent retenti sous les voûtes de la Sorbonne. Jouissez , jeunes Élèves , jouissez de votre gloire naissante, jouissez de la joie de vos mères; mais en vous promettant bien que dans un an vous soutiendrez avec plus de succès encore celte lutte classique , qui , n’en doute2 pas , deviendra de plus en plus difficile. La difficulté, la difficulté toujours croissante, c’est le premier fruit de l’émulation générale; c’est l’attrait de la victoire; c’est la loi du progrès, et le progrès , c’est la vie.

Aujourd'hui, d'autres palmes vous attendent. Plus nombreuses et moins disputées , elles n’en sont pas moins désirables. Elles témoignent davantage du travail patient et de la longueapplica-

(i) M Villemain . alors «coprésident du Conseil royal, avait présidé , rn ■ 838, la distribution des pria de ce college. En i83y, il • présidé comme minutre de l’instruction publique, la distribution des pris du grand concours

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lion; elles ont plus spécialement tout l'intérêt et tout le bonheur d’une fête de famille. Elles ont sous ce rapport une double valeur, cl nous vous le répéterons, jeunes Élèves : jouissez de votre gloire naissante, jouissez de la joie de vos mères.

Et pourtant, quel que soit le mérite de toutes les palmes académiques, de quelque éclat quelles environnent le vainqueur, hâtons-nous d'ajouter que, dans de pareils combats, s’il est glorieux de vaincre, il n'est pas honteux d’être vaincu. Aux athlètes qui , cette fois , ont été malheureux , restent des avantages certains qui les suivront dans toutes les carrières où ils serviront leur pays.

Les cœurs bien nés contractent volontiers au collège deux habitudes précieuses. On s’accoutume à entendre avec un sentiment de reconnaissance des vérités quelquefois assez dures, que l’on doit ou au zèle éclairé des maîtres, ou à la franchise un peu brusque des condisciples. On s'accoutume aussi , et c'est un des plus éminents bienfaits de l'éducation nationale, à voir sans euvie, à subir sans murmure , et comme une œuvre providentielle, les inégalités civiles et politiques. On se prend même, pourquoi le tairai-je ici où nous voyons si bien que la bonté est le propre caractère de la grandeur ? on se prend à contempler les rangs les plus hauts de l’ordre social (1) avec un respect qui n'est pas sans affection et sans charme. Et ainsi , dans ces réunions d’une active et brillante jeunesse, on trouve à chaque instant ronsarré par l'usage , approuvé et protégé par la raison , embelli par l'amitié, tout ce qui fait l’ordre et l’harmonie des sociétés humaines.

Oui, jeunes Élèves, c’est ainsi que le collège est véritablement l'apprentissage de la vie, et comme l'essai du monde où vous exercerez à votre tour vos talents et vos forces. A la faveur des études communes , au milieu des enseignements variés des sciences et des lettres, de la philosophie et de l'histoire, de la religion surtout qui orne et règle, agrandit et achève tout ce qu’elle touche, on voit sedessiner,danslesdifférentesinclinations c|ie» élèves, les premiers traits du magistrat, du négociant, de

(i) S. M. U reine et S. A. R. madame Adélaïde asaùtaienl à roue distribution de prii.

l'administrateur, du prêtre ou du guerrier; et en même temps il s'élabore dans tousquelque chose de supérieur à toutes cesdistinclions de la terre et du temps. L’homme se forme, l’homme, ce candidat de l’éternité, cet être immortel créé à l’image de Dieu , et rétabli par Dieu lui-même dans sa dignité première.

Car voilà. Messieurs, j’aime à le dire avec nos meilleurs amis des temps passés, avec Pascal et Bossuet, avec Fénelon et Roi lin; j’aime à le redire en présence de jeunes princes (i), quelque élevés qu’ils soient; j’aime à le répéter, sùr d’être compris de tous ceux qui m’entendent, maîtres et élèves : voilà le grand , le sublime objet de l’éducation. Là, Messieurs, est l’avenir de la France et du monde; là est le salut de l’humanité; là, le triomphe de l’égalité véritable; là, toutes les garanties de la vraie et vivifiante liberté. F.t ce sera l’éternel honneur de ce collège, disons mieux de tous nos collèges, tous honorés et encouragés dans un seul par la plus auguste confiance , tous heureux de l’assistance de notre bien-aimée Reine à nos fêtes universitaires, d’être constitué de manière à recevoir sur les mêmes bancs, à ranger sous la même discipline, à récompenser par les mêmes acclamations et les fils du Roi qui préside aux destinées de la France, et tous ces jeunes Français, autre et magnifique espoir de la patrie.

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