IE LA HATEE ET DE LA EUITE DO PÉCHÉ
Persuadons-nous bien que , nous fût-il possible de nous cacher de Dieu et des hommes, nous devrions nous interdire toute avarice, toute injustice, toute passion désordonnée.
A mon avis, disait Elien, le méchant n’est pas seulement celui qui a commis une injustice, mais encore celui qui a eu dessein de la commettre.
On peut être coupable sans avoir fait aucune mauvaise action. Les crimes sont accomplis, quanta leur malice, même avant que l’action soit consommée. Le brigand, avant de souiller sa main, est déjà brigand. L’action révèle la méchanceté, elle ne la commence pas.
Le bon et le méchant ne se discernent pas seulement par les œuvres, mais par la volonté.
L’homme de bien n’est pas celui qui ne fait point le mal , mais celui qui ne veut pas le faire.
Dieu punit la volonté même de pécher; en effet , l’homme qui a conçu et résolu un crime dans son cœur, est coupable comme s’il eût commis le crime. La justice réprouve jusqu’au simple désir
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du bien d’autrui. Celui qui veut obéir à la nature, à cette grande loi divine et humaine, ne se permettra jamais de désirer ce qui appartient aux autres.
On se fait ennemi, non-seulement lorsqu’on commet une injustice, mais lorsqu’on songe à la commettre.
Désirer l’adultère, c’est être adultère.
Comment l’homme qui veut être l’ami de Dieu pourrait-il s’abandonner à d’injustes désirs, à de honteuses pensées!
L’homme de bien n’osera rien faire , ni même rien penser, qu’il ne puisse produire au grand jour.
Elle est sage la maxime de ceux qui défendent d'agir quand on doute si l’action est juste ou injuste. .
Dans le doute, abstiens-toi.
C’est une honte, non-seulement d’estimer l’utile plus que l’honnête, mais de comparer ensemble l’honnête et l’utile , et d’être en doute sur le choix.
Regardons comme des scélérats et des impies les hommes qui délibèrent s’ils pratiqueront la vertu ou s’ils se livreront au vice; le doute seul , la seule délibération fait le crime , lors même que l’action ne suivrait point. Il ne faut point délibérer là où la délibération même est honteuse.
L’action ne sera point droite, si la volonté ne l’est point ; car de la volonté dépend l’action : et la vo-
TlUlTé DF. MOKA LE.
lonté ne sera point droite, si l’habitude de l’âme ne l’est point; car de cette habitude de l’âme dépend la volonté.
N’appelonspointjusteceluiquine commet point d’injustice , mais celui qui , pouvant en commettre impunément, s’abstient parce qu’il veut s’abstenir.
Il faut s’abstenir de pécher, non par crainte, mais par devoir.
Quelques-uns s’inquiètent peu s’ils obéissent aux lois par crainte ou de plein gré : mais c’est se ravaler à la condition des bêtes féroces ; elles aussi respectent le troupeau, lorsqu’elles voient les hommes et les chiens qui le gardent.
Nous n’appellerons pas vertueux ceux qui évitent de mal faire par la crainte des lois ou des tribunaux ; car que fera dans les ténèbres l’homme qui ne craint autre chose sinon le juge ou le témoin?
La crainte est un mauvais précepteur du devoir. Il est vrai pourtant que si la crainte de l'infamie et des supplices ne donne pas l’innocence, elle peut du moins amener l’homme qu’elle détourne du crime à devenir enfin un homme vertueux. En s’éloignant du mal , il s’accoutume peu à peu à obéir aux lois divines et humaines, qui nous enseignent à dompter nos passions, à réprimer nos cupidités, et, tout en défendant ce qui est à nous,
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à conserver nos esprits, nos yeux et nos mains, purs du bien d’autrui.
Nous devons fuir le plus loin possible tout ce qui peut irriter les vices; nous devons fortifier notre âme et l’arracher aux caresses de la volupté, faire incessamment la guerre aux passions, agir en toute circonstance avec vigueur et fermeté, ne rien donner à la mollesse , et enfin choisir pour notre séjour habituel une demeure sainte, sérieuse, salubre pour le corps, mais salubre aussi pour les mœurs.
Une atmosphère trop molle efféminé les âmes ; un lieu plus grave, une discipline plus austère, affermissent l’esprit et le disposent aux généreux efforts.
Évitez la foule : on ne s’y expose jamais sans péril. La fréquentation continuelle des hommes nous est ennemie ; chacun d’eux nous imprime ou nous vante quelque vice, etle danger croît en raison de la multitude.
Il faut tenir à l’écart un cœur trop facile et trop peu sur de son attachement à la justice : on passe aisément du côté du grand nombre. Il est bon de ne point se mêler à des hommes différents de goûts et de désirs. Une pareille société aurait pu ébranler l’âme d’un Socrate, d’un Caton, d’un Lélius, tant il est difficile à ceux mêmes qui s’appliquent
le plus à maîtriser leur esprit , de soutenir le choc des vices qui s’avancent en troupe!
Un seul exemple de mauvaises mœurs ou d’avarice fait beaucoup de mal ; un seul ami adonné à la mollesse, peu à peu vous affaiblit et vous énerve; un seul voisin riche irrite la cupidité : qu’est-ce donc si l’attaque est vive, publique, incessante? Séparez-vous donc de la foide autant que vous le pourrez ; plaisez-vous avec celui qui vous rendra meilleur; accueillez ceux que vous-même pouvez améliorer. Il y a là une sorte de réciprocité; et enseigner, c’est apprendre.
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