DR LA CONSCIENCE RT DR LA REPUTATION
Ma conscience est pour moi , quelque chose de plus que tous les discours des hommes. J’estime par-dessus tout le bien qui se fait sans ostentation et sans témoins; le plus beau théâtre de la vertu, c’est la conscience.
Cette force intérieure qui excite à bien faire et qui détourne du péché, n’est pas seulement plus ancienne que les peuples et les cités : elle est contemporaine du Dieu qui protège et gouverne le ciel et la terre. En effet l’intelligence divine ne peut
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être sans la raison, et la raison divine ne peut être sans le discernement du bien et du mal.
Estimez-vous heureux et homme de bien , lorsque vous vivrez dans votre maison comme en public, lorsque vos murs serviront à vous couvrir, non à vous cacher. Trop souvent nous aimons à nous enfermer, non pour vivre plus tranquillement, mais pour pécher plus secrètement. Après tout, que sert de se cacher et d’éviter les yeux et les oreilles des hommes? La mauvaise conscience, même dans la solitude, est inquiète et agitée; la bonne conscience appelle tous les regards. Si vos actions sont honnêtes , qu’elles soient connues de tous; si elles sont honteuses, que vous importe que personne ne les connaisse, puisque vous les connaissez? Oh! que vous êtes à plaindre si vous méprisez ce témoin-là!
La conscience a , de toute manière , une grande force, soit pour éloigner toute crainte de celui qui n’a aucun reproche à se faire, soit pour mettre sans cesse le châtiment sous les yeux de celui qui a péché.
La mauvaise conscience n’est jamais sans inquiétude.
« Le cruel repentir est le premier bourreau,
« Qui dans un cœur coupable enfonce le couteau. »
Il peut y avoir pendant quelque temps sûreté pour le cri me, il n’y a jamais sécurité. La première
et la plus grande peine du pécheur, c’est d’avoir péché; nul crime n’est impuni, lors même qu’il n’est point suivi d’une peine publique, parce que le supplice du crime est dans le crime même. La conscience flagelle les mauvaises actions; toujours craindre, toujours s’alarmer, est le propre des coupables. La bonne conscience cherche le jour et les regards; le méchant a peur des ténèbres mêmes.
Il faut placer la conscience avant la réputation.
Vous ne voulez delà justice qu’avec la gloire: c’est une erreur. Il vous faudra souvent accepter la justice avec l’infamie, et si vous êtes un vrai sage, vous vous réjouirez d’une mauvaise renommée acquise à ce prix. L’homme qui estime le plus la vertu et qui lui est le plus dévoué, c’est l’homme qui a su perdre la réputation d’homme de bien pour ne pas perdre sa conscience.
Si vous désirez une bonne renommée , apprenez à bien dire et à bienfaire ; c’est ainsi qu’on y arrive.
Socrate disait qu’il y avait une voie courteetsùre pour arriver à la gloire : c’est d’être ce qu’on veut paraître. On se trompe grossièrement si l’on croit obtenir une gloire solide par une vaine ostentation et par un visage ou un langage menteur. Les choses fausses tombent bientôt comme des fleurs d’un jour, et rien de frivole ne peut être durable.
La tempérance est la vertu qui modère toutes les émotions de l’âme; elle détourne de la passion , elle préserve des vaines joies , elle donne la paix du cœur, elle nous avertit de suivre la raison dans la recherche ou la fuite des choses extérieures; elle renferme en elle-même la pudeur, la modestie, la juste mesure de toutes choses.
L’âme humaine a été divisée en deux parties : l’une est l’appétit, qui entraîne l’homme çà et lâ ; l’autre est la raison, qui enseigne ce que nous devons faire ou éviter. Il faut que la raison commande et que l’appétit obéisse.
U y a naturellement dans le cœur de tous les hommes quelque chose de mou , de lâche , de rampant; s’il n’y avait pas autre chose, quoi déplus hideux que l’homme! Mais dans une région plus élevée est la raison , maîtresse et reine , et son pouvoir est grand. Ayons soin qu’elle commande à cette partie de nous-mêmes qui doit] obéir, et qu’elle lui commande comme le maître à l’esclave , le général au soldat , le père à l’enfant.
Marchons, dans toute notre vie, sous la conduite de la raison : elle doit présider à nos moindres comme à nos plus grandes entreprises.
Toutes les émotions qui troublent Taine et repoussent la raison sont un obstacle au bonheur. On ne doit appeler heureux que ceux qui ne sont effrayés par aucune crainte, rongés par aucun cha-
grin , troublés par aucune passion , emportés par aucune vaine joie, amollis par aucune volupté.
Comme une ville ou une maison ne peuvent être heureuses si la sédition règne parmi les citoyens, ou la discorde parmi les maîtres, ainsi une âme combattue, déchirée par mille désirs contraires, ne saurait goûter aucun bonheur.
Si les maladies très-graves qui affligent le corps ôtent à la vie tout ce qu’elle a d’agréable, combien plus les maladies de l’âme! Or les maladies de l’âme sont la soif des richesses et de la gloire, le désir de la domination et des voluptés , les tristesses et les abattements qui minent et accablent le cœur.
Appelons heureux l’homme qui ne connaît qu’un seul bien, l’honneur; qu’un seul mal, la honte; qui regarde comme la véritable volupté, le mépris des voluptés; qui , sectateur de la vertu et content de son partage , ne se laisse ni emporter ni briser par les événements; qui use des dons de la fortune et ne s’en fait point l’esclave. Un tel homme jouit nécessairement d’une joie inébranlable et toujours égale , d’une tranquillité, d’une liberté continuelles, de lanoblesse et de la paix de l’âme.
Tous veulent vivre heureux, mais tous n’aperçoivent pas ce qui constitue une vie heureuse. Voyons donc d’abord ce que nous devons désirer ;
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nous examinerons ensuite par où nous pourrons le plus promptement y parvenir. Ce dont nous devons surtout nous garder, c’est de suivre comme de vils troupeaux la foule qui marche devant nous , nous dirigeant, non où il faut aller, mais où l’on va. Malheur à nous si nous vivons, non pas selon la lumière de la raison , mais selon l’exemple des autres! Louant ce que la multitude loue , blâmant ce qu’elle blâme, regardant comme excellent ce qui attire le plus de vœux et de louanges, nous périssons par cette grossière imitation.
La seule voie de salut , c’est de nous séparer de la foule. Vous dites que ce parti est le plus nombreux : donc c’est le pire. Le mieux n’a pas coutume de plaire au plus grand nombre , et là où est la foule, là est le mal. Cherchons ce qu’il y a de meilleur, non ce qui est le plus usité; non ce qui plaît au vulgaire, le pire juge de la vérité, mais ce qui peut nous mettre en possession d’un éternel bonheur.
TITRE VIII
du choix d’ujt état.
Le choix d’un genre de vie est ce qu’il y a au monde de plus difficile.
En effet , dans cet âge de l’adolescence où la réflexion est si faible encore , chacun se propose son
genre de vie uniquement d’après ce qu’il a le mieux aimé jusque-là. Il se trouve donc lancé et embarrassé dans une carrière déterminée, avant d’avoir pu juger ce qu’il y avait de meilleur pour lui. La plupart, dirigés par les exemples de leurs parents, suivent les habitudes paternelles. D’autres sont emportés par le jugement de la multitude, et préfèrent à tout le reste ce que la multitude proclame comme plus avantageux. Un petit nombre, grâce à quelque heureuse rencontre, à leur excellent naturel ou à leur sage éducation, suivent une bonne route.
Dans une pareille délibération , chacun doit surtout tenir compte de son caractère, afin de s’assurer contre les tentations d’inconstance , et de s’affermir dans l’accomplissement de toute espèce de devoir; il faut ensuite considérer les chances de la fortune. Que chacun tâche donc de se bien connaître; qu’il s’établisse juge sévère de ses défauts et de ses qualités, et qu’il applique tous ses soins à l’occupation pour laquelle il aura le plus d’aptitude. S’il arrivait que la nécessité l’eût condamné à quelque emploi étranger à ses goûts, il devrait alors employer tous ses efforts, toutes ses pensées , toutes ses recherches à s’acquitter de ses fonctions, sinon avec éclat, du moins sans reproche et sans honte.
La nature peut vous avoir refusé les talents né-
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cessaires pour marcher sur les traces de vos ancêtres, en défendant la veuve et l’orphelin, en haranguant vos concitoyens, en commandant les armées; mais elle vous a dédommagé en vous donnant de pratiquer la justice, la bonne foi, la générosité, la modestie, la tempérance, et de telles vertus doivent tempérer vos regrets.
DBS DEVOIBS ENVERS LES AUTRES HOMMES.