PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
è Diea en nous ^ n'a rien de sensible, on croit se répondre à soi-même et se faire des reproches, lorsque la Raison uni verielle nous répond et nous reprend dans le plus secret de nous- Dêmes. Certainement celui qui ne connaît point ce que c'est qaela vérité et l'Ordre, ne connaît point cette union, quoique peat-èlre elle agisse en lui : de même que celui qui n'aime point la vérité et qui n'obéit point à l'ordre, ne profite point de cette QDioD, quoique peut-être il la connaisse.
Vil. Pour cette espèce d'union de l'esprit avec Dieu, laquelle i rapport aux créatures, on la croit réelle, mais on la conçoit mal : car on s'imagine recevoir des objets ce qui ne vient que de Dieu seul. La cause de ce préjugé est la même du précédent *. Comme l'opération divine n'est pas visible, on attribue aux objets qui frappent les sens tout ce qu'on sent en leur présence; quoiqu'ils ne soient eux-mêmes présents à l'âme, que parce que Dieu, plus présenta nous que nous-mêmes, nous les représente dans sa propre substance : substance, dis-je, qui seole est intelligible, seule capable d'agir en nous et d'y produire toutes ces sensations qui rendent sensibles les idées intellectuelles et nous font juger confusément, non seulement qu'il y a des corps, mais encore que ce sont ces corps qui agissent ea nous et qui nous rendent heureux. Et c'est ce qui est ^ la eaose de tous nos désordres.
VUl. Car les hommes en tout temps veulent être heureux, ils no veulent jamais être malheureux. Le plaisir actuel rend icluellement heureux, et la douleur malheureux. Or on sent du plaisir et de la douleur à la présence des corps, et on croit <iu'ilsen sont la cause véritable. C'est donc une espèce de nécessité qu'on les craigne et qu'on les aime. Et même quoiqu'on soit convaincu par des démonstrations métaphysiques et certaines, que Dieu seul en est cause véritable, cela ne donne pas la force de les mépriser, lorsqu'on en jouit. Car les jugements des %ns agissent plus sur nous que tes raisons les plus solides; parce que ce n'est pas tant la lumière que le plaisir qui ébranle l'àme et la met en mouvement.
IX. Ainsi il est visible que pour conserver l'amour dominant ^ rOrdre immuable, il faut d'un côté faire tous ses efforts pour augmenter cette espèce d'union de l'esprit avec Dieu, la-
^' Var. Les mots : En pous, n'étaient pas dans l'édition de 1684. 2- Vap. La même que du précédent . (1684.) 3. Var. Ce qui est. (1684.)