‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 115 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU. i

ppose toujours que le cerveau, réservoir de ces esprits, soit ranlé par les sens ou par Timagination. AiDsi, celui qui mur- 3e ses sens combat dans son principe Tunion de Tesprit au irps, ou plutôt sa dépendance ^ Il diminue la vie animale, le )ids du pécbé, la concupiscence, et favorise lefficact* de la race, qui seule peut nous réunir k notre principe '. VIII. Le sens le plus étendu, celui qui serl à tous les autres, t sans lequel l'imagination et les passions seraient toutes lanaissantes, c'est la vue. Pour peu de réflexion qu'on fasse sur oi-même et sur Tusage qu'on peut faire de ses yeux, on reonnaitra qu'ils nous exposent tous les jours à mille dangers. In regard indiscret est certainement capable de nous prècipierdans les enfers. 11 fit tomber David dans un adultère, qui 'engagea ensuite dans un homicide. Eve se laissa tromper par e démon, parce qu'elle osa bien regarder fixement le fruit déiBDda, et qu'elle le trouva fort agréable à la vue, Pulchrum m, a»pectuque delectabile. £t s*ils avaient l'un et l'autre mé- [ffisé leurs sens comme des trompeurs et s'étaient défiés de m témoignage, ils auraient apparemment conservé leur in- Qocence. Il n'est pas fort à propos que je m'étende ici k prouver parles mauvais effets de la vue, la nécessité qu'il y a de feriner les yeux en bien des rencontres : il vaut mieux que j'explique les cbosesdans leur principe, et que je fasse voir l'usage légitime qu'on doit faire généralement de tous les sens : ce qui ^ réduira k l'usage le plus resserré qu'on en puisse faire. IX. Voici le principe que je crois avoir démontré en pln- Jjears manières dans le premier livre de Recherche de la vénié. Les sens ne nous sont donnés que pour la conservation de ^tre être sensible. Ils sont parfaitement bien réglés par rapport ^ ce dessein : mais rien n'est plus faux, plus trompeur, plus déréglé qu'eux par rapport k l'usage que le monde en fait : en '^oici la preuve. Nous sommes composés d'un esprit et d'un ^rps: nous avons aussi deux sortes de bien k rechercher, celui fe 1 esprit et celui du corps. Le bien de l'esprit se reconnaît k ^ lumière, car c'est le vrai bien : celui du corps se discerne ^r sentiment, car c'est un faux bien ou plutôt ce n'est nulle-

'• En eflfet, l'union est dans l'ordre élernellement arrêté de la nature. La «'épen- ^*^ eat un effet de la chute. La possibilité d'un retour à l'ordre est un effet de la •ce.

*• Var. L'édition de 1684 ajoutait : Il se donne enfin celte espèce de mort, sans ^11q il n*est pas possible de voir Dieu, comme le dit l'Écriture.

ineni uq bien. Si Thomme connaissait ies objels sensibles tels qu'ils sont en eux-mêmes, sans y sefntir ce qui n'y est pas, î^ ne pourrait les rechercher et s'en nourrir sans chagrin et sans une espèce d'horreur: et s'il sentait les vrais biens autrement qu'ils sont, et sans les connaître, il les aimerait brutalement ei sans mérite. Car l'esprit ne peut et ne doit vivre que de lasut>-3 stance intelligible de la Raison : et il n'y a que les corps qixî puissent nourrir les corps et les faire croître, tes biens intelligibles n'accommodent pas la machine; et lés biens sensible^ dérèglent l'esprit. Ainsi, la lumière et l'évidence sont aux bieims de l'esprit, ce que le sentiment et l'instinct sont aux biens d ta corps. Cela ne se peut contester.

X. La raison de tout ceci, c'est que Dieu n'a fait l'esprit q»^ pour lui : il ne l'a pas fait afin qu'il s'occupât des objets sensî^ blés, et qu'il conservât et conduisît par raison le corps qu'il informe. Pour connaître distinctement et par raison les rapports infinis que les corps qui nous environnent ont avec celui qa^ nous animons; pour savoir par exemple, quand on doit man — ger, combien et quels fruits, afin d'entretenir sa santé et sa vie ? il faudrait s'appliquer tout entier à la physique, et assurémeimt on ne vivrait pas longtemps par ce moyen, du moins les enfants qui sont sans expérience. Mais la faim avertit du besoin b< règle à peu près la quantité de la nourriture. Autrefois elle la réglait juste; et elle la réglerait encore assez bien S "^i nous mangions des fruits tels que Dieu les fait croître. Le goût est une preuve courte et incontestable si certains corps sont ou ne sont pas propres à la nourriture. Sans connaître la tissure d'une pierre ou d'un fruit inconnu, il suffit de le présenter à la langue, portier fidèle, du moins avant le péché, de tout ce qui doit entrer dans la maison, pour s'assurer s'il n'y fera po»t^^ de désordres. C'est la même chose des autres organes de t^^^ sens. Rien n'est plus prompt que le toucher pour avertir qu'e^* se brûle, lorsqu'on touche imprudemment un fer chaud. Aîns*i l'esprit, laissant au sens la conduite du corps, il doit ' s'apP^*' quer à la recherche des vrais biens, contempler les perfectic>^^ et les ouvrages de son auteur, étudier la loi Divine, et Tèg\^^ sur elle tous ses mouvements. Il faudrait seulement que ^^ sens l'avertissent avec respect et cessassent de TinterroncB P^^

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