PREMIÈRE PARTIE- DE LA VERTU
.nd il lear imposerait silence. Cela était autrefois ainsi. Mais [têché du premier homme a changé cet ordre admirable; et lion de Fesprit etda corps demeurant la même, Tesprit s'est nvé malheureusement gourmande *■ par les sens, à cause de [»erte qu'il a faite du pouvoir de leur commander, ainsi que i déjà dit tant de fois.
!U. Les sens sont donc institués aOn de fournir à Thomme 5 voies courtes et sûres pour discerner les corps par rapport a conservation de la santé et de la vie. Qu'on s'en serve donc or s'unir par le corps aux objets sensibles ou pour s'en sérer: cela est dans Tordre. Je dis s'unir, ou se séparer: je dis point aimer , je ne dis pas craindre: car l'amour et la ine sont des mouvements de l'âme qui ne doivent jamais être terminés par des sentiments confus. C est la raison et non iS l'instinct qui la doit, conduire. Que l'esprit aime ou n'aime file pain, cela est indifférent au corps. Si l'on en mange sans Amer, le corps ne laissera pas de s'en nourrir; et si on l'aime nsen manger, le corps n'en deviendra pas plus robuste ; mais nn autre côté l'âme se corrompra et se déréglera. Car tout ouvement de l'âme qui, au lieu de tendre vers celui qui l'imimesans cesse en elle, afin qu'elle Taime uniquement, tend w les corps, substances mortes, inférieures, inefficaces, est engle, déréglé, brutal. Ce ne sont point là des abstractions ûnériques: ce sont des vérités nécessaires, des (ois immua- Bs, des obligations indispensables.
Xil. Mais quoi! peut-on s'unir aux corps sans les^ aimer? ut-on fuir son persécuteur sans le craindre? Oui, sans doute,
le peut : car je parle principalement des mouvements libres, ^ certainement peuvent n'être pas conformes aux mouve- ^nis naturels. Mais qu'on ne le puisse pas, je le veux. Qu'en tN)n conclure? Que le cceur de l'homme est tellement cor- DQpa que son mal est incurable, et qu'il ne peut faire usage
ses sens, qu'il n'aigrisse et ne renouvelle ses plaies; et 'ainsi la mortification des sens est la chose du monde la plus Bessaire dans l'état où l'homme est réduit. Car enfin, dou- ^-t-on que Dieu n'agit que pour lui, qu'il n'imprime à l'âme
mouvement que pour lui, que tout amour des corps est dé- (U, en un mot qu'on est indispensablement obligé d'aimer 5U de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces.
* y»e,V9tttma^é dépendant et gourmande. (1684.)
XIII. Quand l'àme est pénétrée de la présence de Dieu, e qu'elle le regarde en opérant sans cesse dans les objets g^ frappent les sens; quand Tespritest actuellement convaincacj ritnpuissance générale des créatures, et appliqué à régler soi cœur selon ses lumières, sans doute il peut dans ce momesi s'unir au corps ou s'en séparer sans les aimer ni les craindre. Mais il est vrai que ce temps de réflexion ne peut pas dorer. L'esprit se faiigue par son attention à ses devoirs; et les sens venant à être touchés par quelque objet qui les flatte, rame, surprise et contente d'abord par l'apparence du bien, ne maaqae pas de suivre, par le mouvement qui lui est propre, celui des humeurs et du sang. Tout plaisir excite et détermine le mouvement naturel de l'àme; et comme en tout temps on yeutètre heureux, le mouvement libre de la volonté se conforme volontiers à ce mouvement naturel qu'excitent les sens. Il fautrésisfer pour ne pas suivre ce mouvement. Mais en résistant on se ia.-se, on perd le repos qu'on aime; on se rend malheureux dès qu'on cesse de suivre l'attrait du plaisir qui rend heureux.
XIV. Il vaut mieux sortir d'un courant qui nous entraîne, si nous cessons un moment d'y résister, que d'y demeurer dans une action continuelle : du moins c'est là le plus sûr. Il vaut donc mieux, autant que nous le pouvons, rompre le commerce que nous avons par les sens avec les objets sensibles, que de s'exposer à mille et mille dangers en se fiant sur ses propres forces : forces certainement * vaines et trompeuses. Que l'imagination les exalte, que l'orgueil humain les défende, rexpérience les confond, la foi les condamne et les rend méprisables. ^^ moins prenons le plus sûr. Il s'agit de l'éternité, de i'alteroîitive épouvantable de la félicité des Saints, et des supplices des démons pour des siècles infinis. Nous pouvons heureusenaei^' boucher les avenues par lesquelles s'entretien i ce commerce d^^' gereux des sens avec les faux biens. Le mouvement des pl^^* et des mains est soumis à nos volontés. Il dépend de nou^ ^^ baisser la vue, de tourner la tête, de prendre la fuite. N^^^ pouvons ainsi éviter le coup fatal que porte un objet infâ^^^ Mais ce coup étant reçu, le cerveau en demeure blessé, l'if^^ gination salie, le cœur pénétré et corrompu. Tout ce qa' ' produit par la force de ce coup dans le cerveau et dans ^ nerfs qui excitent les passions, n'est nullement soumis à ^