PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU
olontés. De sorte qae noas pouvons sans beaucoup de peine mpècher le mal par la mortificaliori de nos sens, mais nous i^ pouvons point le guérir sans des combats intlnis. Heureux, rop heureux, si, sages à nos dépens, nous empêchons qu il t'augmente et ne nous précipite dans les enfers. XV. Tâchons donc de nous bien convaincre que nos sens Dot des faux témoins, qui portent sans cesse le témoignage (iQtre noas en faveur de nos passions; et que s'il est permis do 'S écouter pour le bien du corps, rien n'est plus dîngereux ne de les consulter pour le bien de l'âme. Que s'il est par temple fort ridicule de prouver par raison que l'or ou les erres pr^ieuses ne sont pas propres à la nourriture, c'est fir contre Tordre et le bon sens que d'examiner" par le senlient du goût, si le vin est un objet digne de notre amour et •ûoire application. Comprenons bien * que c'est la lumière li doit régler les mouvements de l'àme, et le plaisir ceux du fps « : que la lumière ne trompe jamais, et qu'elle laisse Tes- 'it libre sans le pousser au bien qu'elle lui présente, afin l'il Taime librement et par raison; que le plaisir au contraire Oïfipe toujours, qu'il ôte ou diminue la liberté de l'esprit, et pousse naturellement, non vers Dieu qui le produit, mais "*s l'objet sensible qui semble le produire. Souvenons-nous ' pes principes et tirons-en cette conséquence, que la mortifi- ^Jon des sens est Texercice le plus nécessaire à celui qui pré- ^d vivre de Raison, suivre l'ordre, travailler à la perfection, 'ssurer un bonheur solide, une félicité éternelle. ^Vl. Comme j'ai prouvé fort au long dans le premier livre de Recherche de la vérité^ que nos sens nous trompent générale- 'Dt en toutes choses, je ne crois pas devoir m'arrêler davans^ à démontrer ce que je viens d'exposer. Je crains plutôt ^ ceux qui ont lu et médité mes autres écrits, ne trouvent *®dire que je répète souvent les mêmes choses. Mais écrivant ^r tout le monde, cela ne se peut autrement, car toutes ces '^ilés sont enchaînées et ont rapport les unes aux autres. Il ^t connaître l'homme et ses maladies, du moins en partie, ^r en comprendre les remèdes, et savoir la Morale par prin- *Gs. Si je supposais pour connues toutes les vérités que j'ai
- Var. Ces deux mots, n'étaient pas dans l'édition de 1084 et la même phrase se ^itiuait.
- Var. Et le plaisir et l'instinct, les mouvements et la situation du corps. (1684.)
i'l\ TRAITÉ DE MORALE.
prouvées ailleurs, tout le monde n'entendrait pas trop bien ce que je veux dire: plusieurs pourraient s*en effrayer, ei ce livre aurait apparemment le même sort que l'infortuné Traité de la Nature et de la Grâce, que je n'avais composé que pour ceux qui savaient distinctement les vérités que j'avais déjà suffisamment expliquées, ainsi que j'en avais averti; contre lequel néanmoins on s*est déchaîné de manière, qu'on m'a imputé les hérésies mêmes que j'y détruis dans leurs principes *.
1. Ain»i on reproche à Malebranchc de détruire la liberté de rhomme, et il prétend que c'e^'t hu doctrine qui la sauve, parce que l'action toute-puissante et conlinuelle de Dieu peut seule libérer notre volonté. 11 est aisé de voir où est, sur ce point, l'illusion de Ma'ebranche. Le péché originel une fois posé avec les conséquences qu'en tire immédiatement le dogme chrétien, il est très vrai que le secours de la gr&ce, venant contrebalancer l'effet de la concupiscence, peut seul rendre à l'homme sa liberté. Mais ce n'est pas tant la doctrine théologique de Malebranche qui compromet le libre arbitre (Le présent chapitre vient de nous montrer qu'en cette matière il entendait se séparer des jansénistes; ; c'est bien plutôt sa métaphysique, c'est sa doctrine des causes occasionnelles, de Dieu, seule cause véritable, créant continuellement en nous l'être et les manières d'être, etc.. etc. Voyez plus bas, pages 150, 153, 136 et les notes.