‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 120 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU

qui répondent aux traces, et de l'attention capable de former ces images on ces idées sensibles. Car c*est notre attention qui, en qualité de cause occasionnelle, détermine le cours des esprits, par lequel les traces se forment, et auxquelles traces les idées sont attachées. Tout cela en conséquence des lois de Fanion de l'âme et da corps.

Y. Ces images ou ces traces, formées par la force de TimaginatioD, aassi bien que par l'action des objets, disposent le cer- ^u, réservoir des esprits, de manière que le cours de ces mêmes esprits est déterminé vers certains nerfs, dont les uns se répandent vers le cœur et les autres viscères, pour y produire de la fermentation ou du refroidissement , en un mot divers mouvements par rapport à l'objet présent aux sens ou à rimagination : et les autres nerfs répondent aux parties extérieures du corps pour lui faire prendre la situation et le disposer au mouvement que demande ce même objet.

VI. Le cours des esprits animaux vers les nerfs qui répon- ^ui aux parties intérieures du corps, est accompagné des passions du côté de l'âme; et ces mômes passions, produites onginairement par Taction de rimagination, fortitient, par ^^ grande abondance d'esprits qu'elles font monter à la tôte, iMrace et l'image de l'objet qui les a fait naître. Car les passions réveillent, soutiennent, fortifient l'ailention, cause occasionnelle du cours des esprits, qui forment la trace du cerveau, Quelle détermine un autre cours des esprits vers le cœur et '^autres parties du corps pour entretenir les mômes passions, ''oui cela encore par l'économie admirable des lois de l'union deràme et du corps. Voilà une légère idée de l'imagination, et du rapport qu'elle a avec les passions. J'ai expliqué ailleurs * plus amplement cette matière. Mais je crois que cela suffit pour ^re comprendre en quelque manière aux personnes attentives ^ que j'entends en général par imagination, et en particulier que:

Vu. Par imagination salie ou corrompue, j'entends un cerveau 9^iareçu quelques traces assez profondes pour appliquer l'es- PHt et le corps par rapport à des objets indignes de l'homme; ^ que par pureté d'imagination j'entends un cerveau sain et ^ûtier ou sans ces traces criminelles qui corrompent l'esprit et le cœur.

t' Beeherche de la vérité, liv. II et V. (Noie marginale de M.)

Par imagination faible et délicate, j*en tends un cerveau dont la partie principale, de laquelle dépend le cours des esprits, est facile à pénétrer et à ébranler.

Par imagination fine et délicate^ j'entends un cerveau dont les fibres sont si délicates qu'elles reçoivent et conservent distinctement les moindres traces que le cours des esprits grare entre elles.

Par imagination vive, j'entends que les esprits animaux, qui forment les traces, sont trop agités parrapport à la consistance des fibres du cerveau.

Par imagination spacieuse, j'entends une abondance d'esprits capable de tenir dans un même temps tout ouvertes plusieurs traces du cerveau.

Par imagination réglée, j'entends que les passions ou quelque autre accident n'ait point forcé ou rompu quelque fibre de la partie principale du cerveau, qui doit obéir à l'attention de l'esprit.

Par visionnaire, j'entends un homme dont l'attention détermine à la vérité le cours des esprits, mais elle n'en peut pas bien mesurer * la force, ou retenir le mouvement. Ainsi le visionnaire pense à ce qu'il veut; mais il ne voit rien tel qu'il est. Car les traces étant trop grandes ou trop profondes, il n^ voit rien dans son état naturel: il faut toujours rabattre quelque chose de ce qu'il dit. Tout le monde en ce sens est visionnaire à l'égard de certains sujets; ceux qui le sont le moins '» sont les plus sages.

Par insetîsé, j'entends celui dont l'attention ne peut ni retenir ni déterminer le cours des esprits.

Par imagination contagieuse et dominante, j'entends une telle abondance d'esprits animaux, et si agités, qu'ils répandent sur tout le corps et principalement sur le visage un air de confiance qui persuade les autres. Tous les hommes, lorsqu'*^^ sont émus de quelque passion, et les visionnaires en toutteiDP* ont l'imagination contagieuse et dominante.

VIII. Comme la substance et la disposition des fibres du c^^' veau est difi'érente dans difi'érenles personnes, et dans les roêfï^^^ en différents âges, et que les esprits animaux sont plus 5^ moins subtils, plus ou moins abondants, plus ou moins agit^^'

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