‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 122 sur 235 · Var. n n'est réglé · texte numérisé non relu

Var. n n'est réglé

«île, nette et vive, les fantômes qu'elle forme sont vifs, animés, agréables, toujours au naturel, et au-dessus du naturel. Ainsif (^Jai qui par la force de son imagination fait naître ûmson esprit mille objets différents, qui revêt ses fantômes d'ornements toujours à la mode, et leur donne certains mouvements mesurés qui ébranlent agréablement tout le cerveau; celui-là, dis-je, se laisse charmer par son propre ouvrage , et, la lieu de contempler les choses en elles-mêmes, telles que leurs idées les représentent, il se fait un plaisir continuel de redonner la comédie, et d'applaudir aux fictions de son esprit.

XVI. Tons les hommes^ cherchent naturellement des appro- )ateQrs, et le bel esprit n'en manqua jamais. Lorsqu'il parle, )mme il parle bien, tout le monde l'écoute avec estime : X)mme il parle agréablement, tout le monde l'écoute avec plaisir: comme il n'avance que certaines vérités sensibles, liMisselés réelles, car ce qui est vrai aux sens est faux à l'esprit, tout le monde lui applaudit. Mais un homme qui connaît, ou !)lutôt un homme qui par l'air de ceux qui le regardent, sent rivement qu'on l'admire, qu'on l'aime, qu'on l'honore, qu'on «révère, peut-il se déûer de ses pensées, se persuader qu'il se trompe, et ne pas s'attacher, non seulement à ses propres visions qui l'enchantent, mais encore à ce monde qui lui applaulit,àces ainis qui le caressent, à ces disciples qui Tadorent, peut-il être uni étroitement avec Dieu, ayant tant de liaisons ^ de rapports aux créature^?

XVU. Le bel esprit est un homme d'honneur, j'y consens : il )eut néanmoins être fourbe, et il y en a pour le moins autant le ce caractère que d'aucun autre. Il n'a point de vice, je le ^eax : il y en a néanmoins de débauchés et en grand nombre. Vais certainement le bel esprit tient au monde par une infmité l'endroits, car comment pourrait-il être mort au monde, le Bonde vivant si fort pour lui? Le bel esprit est agité sans îesse par des mouvements de vanité, car tous ses commerces |e font qu'irriter la concupiscence de l'orgueil. Le bel esprit, entends principalement ici * ce bel esprit qui vit au milieu lu monde choisi, qui tend sans cesse à prendre dans les esprits ine situation avantageuse, ou qui par la réputation qu'il s'est

1- Var. Or, tous les hommes. (1684.) 2> Var. J'entends toujours. (1684.)

déjà faite est devenu véritablemeot Tesciave de tous ceux qui le regardent comme leur maître ; le bel esprit, dis-je, est donc séparé de Dieu, plus qu'aucun autre, et il n'y a nulle apparence de retour. Qu& la délectation de la grâce se répande dans son cœur dix fois le jour, elle trouvera toujours ce cœur rempli de sentiments et de mouvements qui TétouiTeront. Qae la lumière éclaire son esprit et dissipe ses fantômes, l'ima^nation saura bien les reproduire Ml y a trop de fers à briser et de liaisons à rompre pour délivrer ce captif, mais ce captif aiose ses chaînes : il ne sent point sa servitude, il en fait gloire.

XVIII. Un débauché n'est pas toujours actuellement dans la débauche : le sang et les humeurs n'y pourraient pas suffire; et lorsque la fermentation cesse, le débauché a honte de ses désordres. Mais le sang fournit toujours assez d'esprits pour entretenir la concupiscence de l'orgueil. Quel'temps sera done favorable à Tefficace de la grâce? Le fourbe a conlinuelleinent des remords qui le troublent et qui l'inquiètent: mais le M esprit n'a nul remords. Est-ce un crime, dira-t-il, que d'avoir de l'esprit, et de mériter l'estime des honnêtes gens? Ce n'est pas un crime que d'avoir de l'esprit : mais c'est une erreur quû de prendre l'imagination pour l'esprit. Ce n'est point un eria)6 que de mériter l'estime des autres : mais c'est une illusion que de s'imaginer qu'on la mérite: je ne dis pas pour avoir dans sa tête abondance d'esprits animaux ou une juste proportion des fibres du cerveau avec ces esprits, en quoi consiste le bel esprit ' : mais même pour être uni avec la Raison de la manière la plus pure et la plus étroite qui se puisse. On ne mérite aux yeux de celui qui seul sait connaître et récompenser leméritet que par la conformité avec l'Ordre, que par le bon usage de sa liberté ^ : usage qu'on ne peut bien régler que par le secours de la grâce, et dont celui qui se glorifie perd le mériie, parce qu'il ne rend pas à Dieu seul la gloire qui lui est due. Dieu a-t-ii créé les autres hommes afin qu'ils s'occupent de nous et qu'ils nous aiment, afin qu'ils se tournent vers nous et qu'ils nous admirent, qu'ils courent après nous, qu'ils se lient * à nous?

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