‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 123 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU

inement Dieu veat être adoré de ses créatures. Mais quoi, )? Qa'on se prosterne devant ses Autels, qu'on brûle de ms en abondance, qu'on môlQ les voix avec les instruments faire retentir les églises d'airs agréables composés à sa ige? Non, sans douie. Dieu est esprit, et il veut ôtre adoré prit et en vérité. Il veut l'homme tout entier, ses pensées, louvements, ses actions. Mais le bel esprit plus qu'aucun ) s'attire les regards et arrête sur lui les mouvements .atres hommes. Au lieu de prendre lui-même la posture homme qui adore, et de tourner les esprits et les cœurs celui-là seul qui doit être adoré, il s'élève dans l'esprit de ime:il y prend une place honorable. Il entre jusque dans actuaire de ce Temple sacré, la demeure principale du vivant; et par l'éclat et le faste sensible qui Tenvironne, ^sterne les imaginations faibles à ses pieds, et se fait rendre alte véritable, un culte spirituel, un culte qui n'est dû qu'à

K. Mais celui qui cherche l'estime des hommes, et qui déà Dieu ce qu'il estime le plus dans ses créatures, pourraitirer sur lui les grâces du Ciel ? Dieu qui résiste aux superbes, éviendra-t-il de ses bénédictions? L*esprit de Dieu repose itiers sur ceux qui sont humbles et que le monde méprise, ni des vérités certaines par l'Ecriture. Il éclaire ceux qui ent en eux-mêmes, r<».xpérience l'apprend. Mais il aveugle Baginations vives et éclatantes, qui se répandent sans cesse )hors : car la vérité habile en nous. De plus, la grâce, soit imière, soit de sentiment, n'a point son eiïet dans l'esprit ns le cœur de ceux qui sont unis à tout ce qui les envie : cela est évident par les choses que je viens de dire. Le îsprit qui cherche la gloire, n'en trouvera donc qu'une J et passagère, et tombera pour jamais avec les esprits d'ordans l'ignominie qui lui est due.

l. Mais cette beauté d'esprit si fatale à ceux qui la possè-

et qui s'en glorifient, est encore fort dangereuse pour

qui l'estiment et qui l'admirent sans la posséder; c'est

vérité qu'il faut savoir. Rien n'est plus contagieux que

gination; et ceux qui l'ont vive et dominante, sont tou-

5 les maîtres de ceux qui les regardent fixement. Leur air

1rs manières répandent, pour ainsi dire, la conviction et la

lude dans tous ceux qui les considèrent: car ils passion-

sl vivement toutes choses, que lorsqu'on ne rentre pas

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f n stii-même puur confronter ce qu'ils disent avec les réponi de U vériié iniérieure, ce qui est fort difficile à faire en le prrst^nre, .«n rm»il li^ur? sentiments, je ne dis pas sans enei rn n«T le> preuves, je dis même sans comprendre cesseo iiii*n:s «. On demeure convamcu, sans savoir précisément •;u«ii un t'Si c^m vaincu, parce qu'on est pénétré, qu'on ihl'iui, qu'i'n est dominé.

XXI Neanmi^ins "U doit savoir que de tous les hommes, ce •îui > 'fit Its plus suji'is à Terreur, ceux dont les sentiments» !•> plus dan::iTeax, ceux dont les mouvements sontjesmo n'-jli'N ce suni IfS imaginations vives et dominantes. Car, p! 1,' cerveau e>i rempli d'esprits, plus l'imagination se révol plus It^s passions s'animent, plus le corps parle haut, qui parla jamais qu'en faveur du corps, que pour unir et soura tn^ IVsprit au corps et le séparer de celui qui seul peut de ner à l'àme ' la perfection dont elle est capable. Il faut donc l vailler à faire taire sa propre imagination et se mettre en gai l'-mire ceux qui la tlaiienl et qui l'excitent. Il faut éviter a tant que l'on peut 1»^ c.^mmerce du monde : car lorsque la c( ciipisivnce. Suit de l'orgueil, soit des plaisirs, est acluellera excitée, la grâce n'opère point en nous selon toute son eftica

XXn. Car en lin l'homme est sujet à deux espèces de con< piscence, à la concupiscence des plaisirs, et à la concupisce de léK'vaiiun et de la grandeur. C'est à quoi on ne pense pc assez. Lnrs(|ue l'homme jouit des plaisirs sensibles, son iraa nation se salit: et la concupiscence charnelle s'excite et se 1 tilie. De même lorsqu'il se répand dans le monde, qu'il cher des établissements, qu'il fait des amis, qu'il acquiert de la putaiion, l'idée (|u*il a de lui-même s'étend et se grossit d son imagination, et la concupiscence de l'orgueil se renou\ et s'augmente. Il y a naturellement dans le cerveau des tr pour entretenir la société civile et travailler à l'établisseE de sa fortune, comme il y en a qui ont rapport à la conseï tion de la \ie et à la propagation de l'espèce. Nous sou unis aux autres hommes en mille manières aussi réellei qu'à notre corps : et toute union aux créatures nous dés maintenant d'avec Dieu, parce que les traces du cerveai sont plus soumises à nos volontés.

1. Var. Cfttl»» (in <!«» phrase, depuis les mots : on reçoit leurs sentiinenls..., ; pus «luiis l'édition de UjS4.

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