‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 128 sur 235 · PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— DE LA VERTU

\é, le commerce, Tacquisition des biens sensibles, sont extrôîment contraires à l'acquisition des vrais biens, des biens de sprit, des biens dus à la vertu et au mérite. YlII. Car 1». Elles ne sont point soumises à nos volontés. m n'est plus difficile que de les modérer à cause de la perle ae nous avons faite par le pécbé du pouvoir que nous défions avoir sur notre corps.

2o ^ Tout le mouvement qu'elles excitent naturellement dans 'àme, n'est que pour le bien du corps, selon cette maxime, que mi ce qui arrive à l'esprit par le corps n'est que pour le xnrps.

3o Lorsqu'elles sont excitées, elles remplissent toute la capacité de l'esprit et du cœur. Les traces et l'ébranlement du cerveau qu'elles entretiennent par la contribution qu'elles tirent âes viscères, et qu'elles font monter promplement et abondam- ■nent dans la tête, troublent toutes nos idées : et le branle et lernoQvement qu'elles donnent à la volonté, par le sentiment Yif et agréable qui les accompagne, corrompt notre cœur et nous fait tomber dans mille désordres.

4» Mais lorsqu'elles ont cessé de nous agiter, l'imagination demeure salie par les traces qu'elles ont faites dans le cerveau, ^nt les fibres ont été ou pliées ou rompues par la violence des esprits qu'elles ont mis en mouvement. Ces traces dissipent sou- Mt l'attention de l'esprit et renouvellent ordinairement les passions qui les ont produites, lorsque le sang s'est chargé de nouveau de parties ' propres à cette espèce de fermentation, pi peut fournir abondance d'esprits convenables à cette même passion.

3" Les passions par leur cours rapide se font un chemin glissant et ouvert dans les nerfs qui vont au cœur et aux autres parties internes, pour y exciter les mouvements propres k les 'aire renaître; de sorte que la moindre chose qui ébranle le ^veau est capable de les renouveler.

^6« Enfin toutes les passions se justifient de manière qu'il ûest pas possible, dans le temps qu'elles agitent l'esprit, de

^- Var. L'édition de 1684 comptait ici un alinéa de plus. Voici cet alinéa supprimé :

Elles sont si contraires à la vertu et au mérite qu'il faut les sacrifier et les anéan- •^1 pour mériter le nom et la récompense d'un homme solidement vertueux ou ^^ parfait chrétien.

*• V«r. Des parties. (1684.)

\U) TRAITÉ DE MORALK.

juger solidement de l'objet qui les excite : car leur malignité est telle, quelles ne sont point contentes, que la raison ne porte (les jugements qui les favorisent.

IX. Car lo Elles font valoir le jugement des sens, quoique faux témoins, bien loin de pouvoir, passer pour juges devant la Raison.

2o Elles ne représentent les objets que du côté faux et trompeur qui les accommode.

^'o Elles réveillent toutes les traces et les idées accessoires qui entrent dans leur parti, et font taire tout le reste.

4o Elles couvrent d'apparences honorables de raison, de justice, de vertu, leur conduite déréglée et leurs desseins criminels. L'avaricieux, par exemple, se cache à soi-même lahonle, rinjuslice, la cruauté de son avarice. Il se déguise sa passion par des pensées de tempérance, de modération, de prudence, de pénitence, et peut-être môme de charité, de libéralité, de magnificence, par des desseins imaginaires, et qu'il n'exécutera jamais. Car les passions ont assez d'adresse pour faire servira leur justification les vertus mêmes qui leur sont opposées. Enfin les passions sont toujours accompagnées d'un certain senlimenl de douceur qui corrompt leur juge et le paie content s'il les favorise : au lieu qu'elles le maltraitent cruellement s'il les condamne à la mort. Car quel présent peut-on offrir plus agréable et plus charmant que le plaisir, à celui qui veut invinciblement être heureux; puisque c'est le plaisir actuel qui rend actuellement heureux? Et quel traitement est plus rude qti^ celui que les passions font à l'esprit, lorsqu'il veut les sacrifier à l'amour de Tordre? Certainement il ne peut les frapper sans se blesser. Car lorsqu'elles sont en défense, le même coupq^^ nous leur portons, et qui ne leur ôte souvent la vie que ponr pea de temps, nous donne la mort par contre-coup, ou plntôt nous réduit dans un état qui nous paraît pire que la mort même.

X. Il est donc visible que ceux qui, bien loin de modérer leurs passions, font tous leurs efforts pour les satisfaire, Q^^ vivent par humeur, qui agissent par inclination, qui jugent ^^ tout par fantaisie, en un mot qui suivent tous les mouvements de la machine, et se laissent conduire sans savoir qui les conduit ni où on les mène; s'éloignent sans cesse de leurvrat bien, le perdent peu à peu entièrement de vue, en effacoû* même le souvenir, et courent en aveugles se précipiter dans

IPREMIÈRE PARTIE. — DE LA VERTU. Ui

î, OÙ se trouveni lous les maux el la privation éternelle

s les biens.

Il est vrai que quelquefois la grâce est assez forte pour

tout court celui qui s'abandonne aux mouvements de siens, et que Dieu, par bonté, tonne, éclaire, parle dans

d'une voix terrible, qui renverse Thomme et la passion mporte. Mais Jésus-Christ fait rarement de semblables ^; et celui-là est bien insensé qui se jette dans le préciattendant que Dieu fasse un miracle pour le garantir de

Mais qu'y a-t-il à faire pour modérer ses passions? Je à dit dans le septième chapitre, et ailleurs, mais le voici de mots, faut éviter les objets qui les excitent, et mortifier ses

faut tenir son imagination dans le respect qu'elle doit lison, ou faire sans cesse révulsion dans les esprits qui r cours entretiennent les traces criminelles, faut chercher les moyens de rendre ses passions ridicunéprisables, les éclairer par la lumière, les confronter à

et par quelque effort d'esprit en découvrir la honte, ice, le dérèglement, les suites malheureuses et pour cette ;t pour l'autre.

5 point former de dessein lorsqu'elles sont excitées, et ne mais le premier pas dans une affaire par leur direction inspiration.

endre l'habitude et se faire une loi de consulter la Raitoutes choses : et lorsqu'on y a manqué par surprise ou ent, changer de conduite, et porter du moins la honte mérite, pour avoir agi en bête par la construction et le nent de la machine, bien loin de justifier sa sotte démar- ' une conduite injuste et criminelle, 'availler à augmenter la force et la liberté de son esprit ipporter le travail de l'attention et pour suspendre son :ement jusqu'à ce que l'évidence l'emporte. Sans ces lualités, on ne peut recevoir de la Raison des ^ règles e sa conduite.

1 pour suivre ces règles qui détruisent les passions, il rlout avoir recours à la prière, et s'approcher avec con-

Lns. (1684.)

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