‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 132 sur 235 · DEUXIEME PARTIE.— DES DEVOIRS. iio · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE.— DES DEVOIRS. iio

V^ ^Tie action lui soit conforme. La première, qu'on examine, ^^^^ïxt qu'on en est capable, l'action en elle-même et ses cir- ^^stances. La seconde, qu'on suspende son conseniemenl, jus- V^^ ce que l'évidence l'emporte, ou l'exécution jusqu'à ce <4Ue la. nécessité l'oblige à ne pas différer davantage. La iroisitoie, qu'on obéisse prompteinent, exactement, inviolable- ^^nt à l'ordre connu. La force de l'esprit doit faire porter courageusement le travail de l'attention. La libeiHé de Tespril doit arrêter et régler sagement le désir du consentement. La soumissim de l'esprit doit faire suivre pas à pas la lumière, sans jamift xxi la prévenir ni s'en écarter *. Et c'est l'amour de l'Ordre qui doit animer ces trois puissances, par lesquelles, quoique caché dans le fond du cœur, il se fait paraître aux yeux du monde et sanctiile devant Dieu toutes nos démarches.

V- JUais, comme il n'est pas possible qu'un homme, qui ne serait; pas instruit dans la morale, pût dans des rencontres imprévues reconnaître l'Ordre de ses devoirs, quelque force et queVque liberté d'esprit qu'il eût; il est nécessaire de prévenir ees^ occasions, où le temps ne permet pas de rien examiner, eiP^r une sage prévoyance s'instruire en général de ses de- ^oîTfty ou des principes incontestables sur lesquels on doit régler sa conduite dans les occasions particulières. Cette étude de ses devoirs doit sans doute être préférée à toutes les autres. Sa fia, sa récompense, c'est l'élerniié. Et celui qui s'applique aux Ungoes, aux mathématiques, aux affaires, au liju d'étudier Jes règles générales de sa conduite, ressemble à un voyageur insensé qui s'amuse ou s'égare, et que la nuit surprendra' : mais une nuit éternelle qui le privera pour jamais du séjour de sa patrie, le remplira d'un immortel désespoir, et le laissera aixposé à la colère terrible'de l'Agneau, au pouvoir des démons, ou. plutôt à la justice d'un Dieu vengeur.

[j 1. En lisant ce pussagc on ne reporte nalurellemetil uux propositions de Des- \sftrte8 : « Ma seconde maxime était dV>trc le plus ferme et le plus résolu en mes

^ijQODS, que je pourrais... Les actions de la vie ne souffrant souvent aucun délai... Éviter soigneasement la précipitationet la prévention... » (Discours de la méthode.)

g. Var. Les. (1684.)

II. 11 est ioutile de relever ce qu'il y a d'excessif dans celle phrase : un injuste ^mépris des sciences, d'abord; pnis une idée exagérée des diflicullés de la morale. SCéme au point de vue de rhonnèteté, il y a quelquefois plus de profit à agir qu'à «e demander avec des hésitations et des scrupules sans fin, comment il faut qu'on iglase. Ce n'est pas qu'il faille prendre absolument au pied de la lettre ce mot do Oiderol : « Ou a toujours des mœurs quand ou pa.ssc les trois quarts de sa vie à traTaîller ; » mais la vérité est entre les deux.

VI. Qui voudrait examiner en détail tous les devoirs des conditions, entreprendrait un ouvrage dont il ne verrait pas TaccompUssement, quelque infatigable qu'il fût dans le travail. Pour moi, je ne me sens pas assez de force pour m'engager dans un dessin si vaste et si difficile; et tout ce que je prétends faire maintenant, c'est de marquer en général ^ les devoirs que tout homme doit rendre à Dieu, à son prochain et à soi-même, autant qu'il en est capable. C'est à chacun d'examiner ses devoirs particuliers par rapport aux obligations générales et essentielles, et selon les circonstances qui changent à tout moment. Il faut prendre tous les jours quelque temps réglé pour cela, et ne pas s'attendre de trouver dans les livres, ni peutêtre dans les autres hommes, autant de sûreté et de lumière qu'on en trouvera en soi-même, si de bonne foi, dans le monvement de l'amour de l'ordre, on consulte fidèlement la vérilé intérieure •.

1. Var. L'édition de 1684 ajoutait : Et principalement pour mon utilité particulière.

2. Cette fin atténue l'exagération que nous avons relevée dans certaines expressions du paragraphe précédent. Examiner chaque jour sa conscience pendant « quelque temps », se consulter soi-même de bonne foi, en présence des circonstances variées de la vie active, cela suffit ; et il n'est pas nécessaire d'abandonnw la science ou les affaires, pour creuser indéfiniment la casuistique ou la métaphysique de la morale.

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