‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 137 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE. - DES DEVOIRS. 15i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - DES DEVOIRS. 15i

a gloire, de sa grandeur, de sapaissance. Ego Dominus, hor est wmenmeum^ gloriam meam alterinon dabo {IsaiCy xxxxi, 8 ^) Vil. Diea a soumis aux Auges le monde présent : ils a^'issent, et c'est Dieu qui fait tout. Dieu a donné à Jésus-Christ, comme cM de TEgiise, une souveraine puissance sur toutes les nations delà terre. C'est lui qui nous obtient les vrais biens '; mais c'est Dieu seul qui les répand ; lui seul agit dans les âmes ; lui seul rompt la dureté des cœurs. Jésus-Christ, comme homme, prie, intercède, désire, fait Toffice d*avocat, de médiateur, de souverain prêtre. Mais Dieu seul opère, Dieu seul a la puissance. lui seal est la cause et le principe de toutes choses : lui seul aussi en doit être la fin. C'est vers lui que doivent tendre tous les mouvements des esprits : c'est à lui seul que Thonneur et la gloire appartiennent. Telle est la loi éternelle, nécessaire, inviolable, que Dieu a établie par la nécessité même de son être, par l'amour nécessaire qu'il se porte à lui-môme, amour toujours conforme à l'Ordre et qui fait môme do l'Ordre la loi inviolable de tous les esprits. Quand Dieu cessera de se connaître tel qu'il est, quand il cessera de s*aimer autant qu'il le mérite, quand il cessera d'agir selon ses lumières et par le mouvement (le son amour, quand il cessera de suivre c^tte loi, alors on pourra impunément désirer la gloire ou la rendre à quelque autre qu'à lui. Alors on pourra sans crainte se réjouir et se consoler dans Tamitié des créatures. On pourra aimer et ôtre aimé, adorer et se faire adorer, se montrer au monde pour s'attirer l'estime et l'amour du monde. On pourra s'élever et se mettre en vue comme un objet digne d'occuper les esprits et les cœurs que Dieu n'a faits que pour lui ; on pourra s'occuper soi-même ou de soi ^, ou de la puissance imaginaire des créatures.

yill. Oui sans doute, rien n'est plus chrétien, rien n'est plus ï'aisonnable que ce principe : Que Dieu seul fait tout, et qu'il ne ^^munique sa puissance aux créatures qu'en les établissant causes occasionnelles, pour agir par elles d'une manière qui porte •^ caractère d'une sagesse infinie, d'une nature immuable, d'une c^^seuniverselle : de telle manière que toute la gloire que mé- ^'te l'ouvrage de la créature se rapporte uniquement au créa-

• Cette citation était en marge dans l'ôdilion de 1684. *• Var. C'est Jésus-Christ qui distribue les vrnis biens. (1084 el 1097.) ^- Var. Ou de soi-mr'me. (1684.)

tour, li*s rriMlure? oxiVuiant par uno puissance quelles n'ont pas «Jes dessoins formés avant leur naissance. Qu'y a-t-il de plus saint que ce principe qui fait clairement comprendre à ceux i|ui sont capables de le bien entendre quMl est souvent permis de s'approcher des objets de nos sens par le mouvement de nôtre corps, mais qu'il faut réserver pour Dieu seul tous les mouvements de notre âme ? Car on peut, et souvent rat^me on doit s'approcher de la cause occasionnelle de nos sentiments, mais on ne dint jamais l'aimer. On peut se lier au\ antres liommes, mais on ne doit point les adorer par le mouvement de son amour comme nos biens, ou comme capables de nous faire aucun bien. Il ne faut aimer et craindre que la cause rcritnblr des biens et des maux, il ne faut aimer, craindre que Dieu dans les créatures. Heureux celui qui met son espérance en Dieu, et maudit est celui qui met dans l'homme sa confiance. Mal' dictu^i homn tfui r.onfidit in homine et ponite carnem brachium snuitê. (J. r. XVII, .*!.)

IX. Apparemment c'était là la philosophie du généreux Mardorhée, et qu'il avait apprise à Eslher, sa chère fille adoptive. Cwr les Juifs avaient une philosophie plus sainte que celle qne nous ont laissée les païens. Certainement, c'est dans un mouvement conforme aux principes de celle philosophie, qu'elle fail à Dieu cette prière en lui exposant les vrais sentiments de sur cipur. Délivrez nona^ Seigneur, par la forée de votre bras^et^^roimz-moi^ qui ne cherche qu'en vous le secours. qui m*est nèce^suirc. Seigneur^ qui pénétrez les cœurs, vous savez que je hais /t glnire des mi't'hants rt qut'jr déteste la couche des incirconds et fi' tons reu.r qui ne sont point de ma nation. Vous savez que c'cs pour moi une nécessité malheureuse, et que j'ai en abomination ^ couronne que je porte aux jours que je parais en public, ceti marque funeste de ma grandeur et de ma gloire. Je l'ai, Seignevi en une extrême horreur, et je ne la porte jamais lorsque je suis moi-même. Je nai jamais matigé à la table d'Aman, et je n'ai f mais pris de plaisir dans les festins du Roi même. Jamais vot snn^antc n\i eu de joie qu'en vous. Seigneur Dieu d' Abraham depuis que j\ii été transportée ici jusqu'à présent. Cette grat^ reine prend Dieu à témoin qu'elle n'a jamais eu de joie qu lui seul. Tu scis quod nnnquam Ixtatasit ancilla tua, ex quo /' translata sum usque in prœse.ntem dierri, nisi in te, Domine^ J^^ Abraham. Quoique femme d'un prince qui commandait à i'^ vino:t-sept provinces, quoique parmi les plaisirs, elle n'a »1

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