DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS
XI. Ces jugements dtmandeiit de nous les mouvements qui suident.
1"* N*aimer que Dieu d*an amoar d'union ou d*aitachement, puisque lui seul est la cause de notre bonheur, petit ou grand, passager ou durable. Je dis d*un amour d'union : car cm doit aimer son prochain, non comme son bien ou la cause de son bonheur, mais comme capable de jouir avec nous * du mAme bonheur. Ce mot aimer est équivoque, on doit y prendre garde.
2» N'avoir de joie qu'en Dieu seul. Car celui qui se réjouit en autre chose, juge que cette autre chose peut le rendre heureux; ce qui est un faux jugement, qui ne peut causer qu'un mouvement déréglé.
30 Ne s'unir jamais aux causes occasionnelles de son bonheur contre la défense de la cause véritable; car ce serait obliger Dieu, en conséquence de ses lois, à servir l'iniquité '.
4« Ne s'y point unir sans un besoin particulier, car le pécheur doit éviter les plaisirs, puisque le plaisir rend actuellement heureux et que le bonheur est une récompense que le pécheur ne mérite point; outre que le plaisir dont on jouit à loccasion des corps fortifie la concupiscence, trouble l'esprit et corrompt le cœur en mille manières. C'est là le principe de la nécessité de la pénitence.
P*« parce qae nous y coopéron», c'est parce que nous ne raffaiblissons pas pI que noua De le détournons pas; 3o 0"*"^ nous l'affaiblissons et le détournons, c'est que Bons avons perdu le pouvoir de résister à la concupiscence et que la grAce ne l'a P*" réformée en nous; 40 Les désirs pratiques qui sont en nous viennent donc ou dQQpouYoif supérieur (Dieu et sa grâce) ou d'une puissance inférieure à laquelle ''OM ne résistons pas (la concupiscei^ce) ; 5o Les actes qui suivent ces désirs pratiques ne sont pas de nous, pas plus que les sentiments qui les accompagnent, pas plag que les effets qui en découlent.
*• Vap. Ces deux mots : avec nous, n'étaient pn» dans l'édition de i684. *• Celte idée revient souvent dans Malebranche. « N'abusons point de sa puis- ,^ (de Dieu). Malheur h ceux qui la font servir h des passions criminelles! Rien ^^ plus sacré que la puissance, rii'n n'est plus divin. C'est une esp«'ce «le sacrilège H"® d'en faire des usages profanes ; c'est faire servir à l'iniquité le juste vengeur *■ crimes. » (Entretiens métaphysiques, vu, 14.) « Le plaisir étant une récomv^^^, c'est faire une injustice que de produire dans son corps des mouvements 4<n obligent Dieu en conséquence de sa première volonté ou des lois générales de "fttiipe, à nous faire sentir du plaisir lorsque nous n'on méritons pa.s... Dieu ^^ juste, il ne peut se faire qu'il ne punisse un jour la violence qu'on lui fait. ^***d on l'oblige de récompenser par le plaisir des actions criminelles que l'on initiQt contre lui. Lorscpie notre Ame ne sera plus unie h notre corps, Dieu n'aura '* obligation qu'il s'est imposée do nous donner des sentiments qui doivent réfif^^ »ux traces du cerveau, et il aura toujours l'obligation de satisfaire à sa jus- ^, / Ainsi, ce sera le temps de sa vengeance et de sa colère. » {Recherche de la ^^^, IV, 10.)
iri6 TRAITÉ DE MORALE.
5° Ne craindre (|ue Dieu, puisque Dieu seul peut nous punir. Il faut craindre Dieu en cette vie, pour ne le point offenser. Le joar viendra qui, excluant le péché, bannira aussi toute crainte.
6. N'avoir de tristesse que de son péché, puisqu'il n'y a que le péché qui oblige un Dieu juste à nous rendre malheureux. Celui qu*! s'attriste de la perte d'un faux bien, lui rend honneur et le regarde comme un vrai bien; et celui qui s'attriste d'an malheur auquel il ne peut remédier se chagrine en vain. L'amour-propre éclairé ne s'attriste que de ses désordres, et la chanté que de c^ux des autres.
7° Quoique Dieu seul puisse nous rendre malheureux, on ne doit point le haïr, mais il faut le craindre. Il n'y a que celui qui est endurci dans son péché qui, par amour- propre, puisse haïr Dieu; parce que, sentant bien qu'il ne veut point obéira Dieu, ou sachant bien, comme les damnés, qu'il n'y a plus pour lui * d'accès ou de retour vers Dieu, l'amour invincible du bonheur lui inspire sans cesse une haine invincible contre celui qui seul peut être la cause du malheur.
S*» On ne doit point ni haïr ni craindre les causes occasionnelles du mal physique ou du malheur. On peut s'en séparer; mais il ne faut jamais s'en séparer contre la volonté de la cause véritable, j'entends contre l'Ordre ou la loi divine.
90 L'homme ne doit vouloir faire que ce que Dieu veut; puisque l'homme ne peut faire que ce que Dieu fait. S'il n'a point le pouvoir d'agir, il est visible qu'il ne doit point vou/oiragir. L'Ordre ou la loi divine doit être sa loi, ou la règle de ses désirs et de ses actions, puisque ses désirs ne sont efficaces que par la puissance et l'action de Dieu seul. Je ne puis remuer le bras par ma propre force : je ne dois donc pas le remuer selon tnes^ propres désirs. La loi de Dieu doit régler tous les effets de l* puissance, non seulement en Dieu, mais encore dans toutes l^^ créatures. L'Ordre ou la loi de Dieu est commun à tous les esprits : la puissance de Dieu est commune à toutes les causes- ^^ ne peut donc se dispenser de se soumettre à la loi de t)'^^ puisqu'on ne peut agir que par l'efficace de la puissance.
10° L'homme néanmoins peut vouloir être heureux, il .^ peut pas même vouloir être malheureux. Mais il ne doit V^^^ vouloir ou faire pour devenir heureux, que ce que l'Ordre P^
1, Var. L'édition de 1684 ajoutait ici : Dans l'état où il se plait.