‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 140 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS

I met. Oq ne trouvera jamais le bonheur, si on le cherche par la puissance de Dieu contre sa loi. C'est abuser de la puissance que de s'en servir contre la volonté de celui qui la communique. Et le voluptueux qui veut être heureux en ce monde le îm, peut-être en partie en conséquence des lois naturelles, mais il sera éternellement malheureux dans Fautre en conséquence de Tordre immuable de la justice, ou par la nécessité ^ la loi divine, qui veut que tout abus des choses divines soit ^rnellement puni par la puissance divine. Car rien n'est plos saint, plus sacré, plus divin que la puissance; et celui qui jeTauribue, celui qui la fait servir à ses plaisirs, à son orgueil, > ses désirs particuliers, commet un crime dont Dieu seul peut connaître et punir Ténor mité.

Il" C'est un injustice abominable que de tirer vanilé de sa noblesse, de sa dignité, de sa qualité,' de sa science, de ses richesses et de toute autre chose. Que celui qui se glorifie le fasse ^sle Seigneur et lui rapporte toutes choses; puisque hors de ï^ienil n'y a ni grandeur ni puissance. L'homme peut s'estimer quelque chose et se préférer cà son cheval. Il peut et doit estimer [. tes autres hommes et généralement toutes les créatures : Dieu teora fait véritablement part de son être. Mais à parler exactement, il ne leur a point fait part de sa puissance et de sa gloire. Weufait tout ce que Thomme croit faire: il mérite seul tout l'honneur qu'on rend à ses créatures: il mérite seul tous les mouvements des esprits. Ainsi celui qui veut être aimé, honoré, craint des autres hommes sans rapport à Dieu, veut se mettre à la place du Tout-Puissant et pariager avec lui les devoirs qu'on ne doit rendre qu'à la puissance, Tadoraiion intérieure qui n'est qu'à celui qui est scrutateur des ccpurs *.

f2» De même celui qui craint, aime, honore les créatures,

comme de véritables puissances^ comnietune espèce d'idolâtrie :

et sa faute devient très criminelle, lorsque sa crainte et son

amour vont jusqu'à cet excès, qu'ils dominent dans son cœur

sur la crainte et l'amour de Dieu. Lorsqu'il est moins disposé

à s'occuper du créateur que des créatures, par une disposition

acquise par choix ou par des actes libres, il est en abomination

devant Dieu.

13» Tout le temps qu'on perd ou qu'on n'emploie pas pour

1, Var. Cette fin de phrase, depuis les mots : l'adoration, inl^rienrc..., n'était pas dans l'édition de 1684, ni dans celle de 1697.

Diea, qui seul est la cause de la durée de notre être, est an vol ou plutôt une espèce de sacrilège. Dieu n'agit que pour sa gloire et non pour notre plaisir; et alors du moins, autant qu'il est en nous, nous rendons son action inutile à ses desseins.

i4<> Généralement tout don que Dieu nous fait et que nous rendons inutile par rapport à sa gloire est un vol. Dieu, par la nécessité de sa loi, nous en demandera compte.

15» La puissance en un mot par laquelle Dieu nous crée à tout moment et avec toutes nos facultés, lui donne un droit indispensable sur tout ce que nous sommes, et sur ce qui nous appartient, qui certainement ne nous appartient, qu'afîn que le rendant à Dieu avec toute la fidélité et la reconnaissance possible, nous puissions mériter par ses dons de le posséder lui-même par Jésus-Christ notre Seigneur et notre chef, qui nous tire de notre état profane pour nous sanctiûer et nous rendre dignes d'honorer le Père et le Fils * dans l'unité du Saint-Esprit, durant des siècles infinis *.

1. Var. Nous remire dijçnes d'entrer, comme enfants adoptifs, en société de biens aven le Père et le Fils. (1084.)

2. Malebranche a insisté en mille endroits sur celte création continaelle de toutes nos facultés par l'action de Dieu. Il l'a raroment fait avec plus d'énergie que dans le passage suivant du Traité de la nature et de la grâce (3« dLscoars, ire partie, I) : « Il n'y a rien de plus informe que la substance des esprits si on la sépare de Dieu : car qu'est-ce qu'un esprit sans intelligence et sans raison. sans mouvement et sans amour? Cependant c'est le Verbe et la sagesse de Dieu qui est la Raison universelle des esprits, et c'est l'amour par lequel Dieu s'aime qui donne à l'Ame tout le mouvement qu'elle a vers le bien. L'esprit ne peut connaître la vérité que par la liaison naturelle et nécessaire avec la vérité mi'mo : il ne peut être raisonnable que par la Raison : enfin il ne peut en un sens être esprit et intelligence que parce que sa propre substance est éclairée. pénétrée, perfectionnée par la lumière de Dieu même... De même, la substance de l'Ame n'est capable d'aimer le bien que par l'union naturelle et nécessaire avec l'amour naturel et substantiel du souverain bien : elle n'avance vers le bien qu'autant que Dieu la transporte : elle n'est volonté que par le mouvement que Dieu lui imprime sans cesse... »

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