CHAPITRE TROISIÈME
Des devoirs qu^on doit rendre à la sagesse de Dieu. Elle seule éclaire Tesprit en conséquence des lois naturelles dont nos désirs sont les causes occasionnelles qui déterminent leur efficace. Jugements et devoirs des esprits à Tégard de la Raison universelle.
I. Après avoir reconnu les principaux devoirs que nous devons rendre à la puissance de Dieu, il faut examiner ceux que noas devons à sa sagesse^ lesquels, quoique moins connus, ne sont pas moins dus. Toute créature dépend essentiellemenl du Créateur. Tout esprit aussi est uni essentiellement à la Raison. Nalle créature ne peut agir par ses propres forces, nul esprit aussi ne peut s'éclairer de ses propres lumières. Car toutes nos idées claires viennent uniquement de la Raison universelle qui les renferme : de même que toute notre force vient uniquement de l'efficace de la cause générale, qui seule a la puissance. Celui qui croit être à lui-même sa lumière et sa raison, n'est pas moins trompé que celui qui croit posséder véritablement la puissance. Et celui qui rend grâces à son bienfaiteur pour les fruits de la terre qui ne sont propres qu'à nourrir le corps, est bien ingrat, bien superbe, ou du moins bien stupide, s'il refuse de reconnaître qu'il doit à Dieu les vrais biens, la nourriture de l'esprit, la connaissance de la vérité.
H. L'esprit de l'homme a deux rapports essentiels. Il est uni à la Raison universelle, et par elle il a ou peut avoir commerce avec toutes les intelligences et avec Dieu même. Il est uni à un corps, et par lui il a ou peut avoir rapport avec toutes les créatures sensibles. C'est la puissance de Dieu qui est uniquement
frtO TRAITÉ DE MORALE.
le priiu'ipt^ fflirnoe mi W litMiiloros deux. unions. Mais l'homi inipiiissanl et sliipûle s*ima};ine que c'est par l'efficace de; pr.ipn^s volontés qu'il est sa<;eel puissant, qu'il s*unit au mon intflli^'.lilt' liont il contemple les rapports, et au monde visil iloni 11 admire les beautés.
III. Dieu seul, en conséquence des lois de l'union de l'âme du rnrps. fait dans l'humme tous les mouvements corpnre i|ui l'appnichent des olïjets sensibles ou qui l'en éloigne M:u< l'oiinne la cause occasionnelle de ces mouvements nest qui' les ditTérenls désirs de sa volonté, Thomme s'attribue p.Hiv.iir de faire ce qu'il n*y a que Dieu qui opère en lui. L' fnrl même qui accompaj;:ne ses désirs, effort pénible, effo marque certaine d'impuissance et de dépendance?, effort soim int»fiicace, j'ffort que D eu lui fait sentir pour abattre son ( jrmMl, »'t lui faire mériter ses duns : cet effort, dis-je, sensil et confus, lui persuade qu'il a de la force ou de reflicace r.nmme il sent bien qu'il veut remuer son bras, et qu'il nev ni ne sent point en lui l'opération divine * d'autant plus (\ Dieu est exact et fidt'le à exécuter ses désirs, d'autant plusf il inlidt'k* à reconnaître ses bontés.
IV. De même Dieu seul, en conséquence des lois naturel de runii)n de l'esprit avec la Raison, découvre à l'homme lou les id»'i»s qui l'éclairent et le promène pour ainsi dire, dans pays de la vérité où habite l'àme, pour lui en montrer l'on et les merveilles. Mais comme la cause occasionnelle de la pi senc»* (»u de réioijrnement des idées ne sont que les diffère désirs de nos volontés, nous nous attribuons indiscrètemeni pouvoir de faire ce qu'il n'y a que Dieu qui opère en nous. I elTort même, qui accompajrne notre attention, effort pénit mnniue certaine d'impuissance et de dépendance, effort souvi
t. M.ilohr.ini'li»^ est rovonu plusieurs foi?, notamment dans les Entretiens «> /;/(//.s.'y//^'s-, V. <>, sur re (•.iractôre tn»nip»'ur. suivant lui, de reflbrl. L'illusion l.uiiu'lle il se trinnpe lui-rnruie «^st vis.Mi». Toutes nos fnoul'és, la mémoire, I' ^.n.'iliiMi. Il' l.jnjraL'O. I»' raisimnemi'nl. le libre arbitre, ont ainsi un aspect no? iiiarqiK^ ili» imli.' imperfection, qu'il est toujours aisé île mettre en relief. Ain?" a dit lie nos jdurs : -< l/otrorf suppo-^e obstacle, limitation, et se ramène au de Cl' (]ui h' c(tn->litui.'. c'e>t la limift; de l'i-tre. c'est le mm-t-tre. » (Fouillée, /*/"^ pfiif. fh Platon, tome II. p. îi^l.) On pourrait «lire de mcme que l'impossib lité' intuilicui imméiliale et complète est ce qui « constitue » le raisonnement. Ce ^ vrai vi) jiartii'. uiais pu partie seulement. Il faut voir ce qu'il y a de po-*»* comme on disait au wn» siècle, de perfection, dans ce»» actes ainsi arrêté*^ mités.