‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 161 sur 235 · DEUXIÈME PARTIS. — DBS DEVOIRS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIS. — DBS DEVOIRS

Pliable. On ne doit honorer directement et absolument que iea dans les puissances qu'il a établies : et quoiqu^on doive 3iidre exactement aux supérieurs légitimes les honneurs et » soumissions extérieures que les lois ou les coutumes autoisent, et qu'on y doive joindre le respect intérieur, à cause de i puissance qu'ils représentent S toute la soumission de rame oit se rapporter uniquement à Dieu seul. C'est bassesse d'esrit que de craindre la plus excellente des créatures : c'est Dieu Hil qu'il faut craindre en elle. Néanuioins on doit estimer haque chose à proportion de rexeellence de S(m éire, ou de la erfection qu'elle possède ou qu'elle est capafble de posséder, iinsi l'amour de bienveillance, le respect et la soumission relave et extérieure, et la simple estime sont, que je sache, les rincipes généraux auxquels se peuvent rapporter tous les deoirs qu'on doit rendre aux autres hommes.

X. Il va cette différence entre les devoirs que la Religion DOS oblige à rendre à Dieu et ceux que la société demande ne nous rendions aux autres hommes, que les principaux dc- 3irsde la Religion sont intérieurs et spirituels, parce que Dieu énètre les cœurs, et qu'absolument parlant il n'a nul besoin e ses créatures ; et que les devoirs de la société sont presque >us extérieurs. Car outre que les hommes ne peuvent savoir os sentiments à leur égard, si nous ne leur en donnons des larqaes sensibles, ils ont tous besoin les uns des autres, soit our leur instruction particulière, soit enfîn pour mille et mille Hsoars dont ils ne peuvent se passer.

XI. Ainsi exiger des autres hommes les devoirs intérieurs et ?irituels, qu'on ne doit qu'à Dieu, esprit pur, scrutateur des »ar8, seul indépendant et suffisant à lui-môme, c'est un orteil de démon. C'est vouloir dominer sur les espriis : c'est s'al- 'ibuer la qualité de scrutateur des cœurs ; c'esi en un mot xiger ce qu'on ne nous doit point. Mais de plus c'est exiger * ^ qui nous est entièrement inutile : car que fait aux autres onames notre adoration intérieure, et que nous fait la leur? ''ils exécutent fidèlement nos volontés, de quoi pouvons-nous [9QS plaindre ? S'ils regardent Dieu môme en notre personne, ils Taiment et le craignent en nous, certainement nous nous llpibuons la puissance et l'indépendance, si nous ne sommes

»• Ces deux membres de phrase, depuis : El qu'on v doivo joindre..., n'étaient M dan» l'édition de 1684.

*• Var. El exiger... (1684 ol 1697.)

pas conlenls. Srrti, dit saint V3Lu\,ohecliteper omniaBminUcarnalibus, non ad oculum serx'ientes, quasi hominibus p2acentes, îed m simplicitate cordis, timentes Deum. C'est Dieu (|u*ll faut craindre dans l'obéissance qu'on rend aux hommes. Timentes Deum. H continue, Quodcumque facit'ia, ex animo operamini sicut J)omino et non hominibus. Il faut rendre service avec affection, comme à Dii^u qui connaît les cœurs, et non à des hommes: à Dieu, qui a la puissance de nous récompenser, et non à des hommes, dont loutes les volontés sont par elles-mêmes inefficaces. Scientes^ continue-t-il, quod a Domino accipialis retribur tionem hsereditatis. Domino Christo seriite, Servez le Seigneur Jésus-Christ et ne vous rendez pas les esclaves des hommes. * Vous avez été rachetés d*un grand prix. Pretio redempti est^i nolite fiein servi hominum^.

\ÏI. Comme il y a une étroite union entre Tâme et le corps, et un rapport mutuel entre les mouvements de Tune et Tautre de ces deux substances, il est très diflieile de s'approcher, par le mouvement de son corps, d'un objet, cause occasionnelk du plaisir, sans s'y unir par le mouvement de son amour, comme s'il en était la cause véritable. De môme il est difficile que l'imagination, éblouie par réclat qui environne les grands, s'abatte et se prosterne devant eux, sans que Tàme elle-même suive ce mouvement, ou du moins sans qu'elle s'abaisse. L'âme effectivement doit alors se prosterner: mais c'est devant l^ puissance du Dieu invisible, qu'elle doit honorer dans son Prince où elle réside visiblement.

Xïïï. L'âme qui se sent en quelque manière heureuse parle plaisir dont elle jouit, lorsque le corps se nourrit d'un fruit délicieux, doit alors aimer; mais aimer Dieu seul, qui ajjiten elle, et qui seul peut agir en elle. Mais nos sens, révoltés pa^ le péché, nous troublent l'esprit : ils nous retirent insolemment de la présence de Dieu, et ne nous occupent que de cette matière inefllcace que nous tenons entre nos mains, et que nons broyons sous nos dents. Ils nous forcent à croire que ce fru't contient et répand la saveur ajrréable qui nous réjouit. Car'i comme la puissance de Dieu ne parait point à nos yeux, noo^ ne voyons rien que ce fruit à quoi nous puissions attribuer ^* cause de notre félicité passagère ^. Nos sens ne nous sont doo-

i. r Cor. VII, 23. (Moto marginale de M.)

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