DEUXIÈME PARTIE, — DES DEVOIRS
1 n*esl cligne de mépris que le néant el le péelié, néant véible qui corrompt la nature, qui anéantit le mérite, mais i ne détruit point l'excellence de la personne *. Le plus grand 1 pécheurs peut devenir, par le secours du cii*l, pur et saint nme les Anges : il peut jouir éternel lement avec noHs des aiis biens et nous précéder dans le royaume de Ditui. Il faut oir compassion de sa misère : non de celle qui l'afllige, mais celle qui le corrompt; non de ses douleurs, mais de ses dé- Pdres, qui le mettent hors d'étal de posséder avec nous des BDsdont il peut jouir sans nous en priver.
V. Mais de plus, quel droit a-t-on de juger des inlenlions seèles? Dieu seul pénètre les cœurs. Celui qui coiniiiet un crime fait peul-ôtre sans vouloir le faire. Son esprit faihie et iroué, ses passions allumées l'ont peut-être privé dans ce moment ) Tosage de sa liberté. Mais qu'il ait agi librement, son avuv ►ntritet humilié en a peut-être obtenu le pardon, ou Tobiien- *a'demain, jour heureux pour lui et peut-être fatal pour vous ir votre chute irréparable en punition de votre orgueil. Vï. Enfin le mépris qu'on fait des personnes n'est pas s«'uleent injuste; mais il met encore celui qui est assez imprudent 'uren donner des marques, hors d'état de lier un comm«TC(î charité avec la personne méprisée, et de pouvoir jamais lui ^ utile. Car enfin les homm»*s ne forment point de société ec ceux qui les méprisent. On n'entre naturellement en so- 'té avec les hommes, on ne leur fait du bien, que dans IVspéîce du retour. On ne se met point dans rn commerce, (piand s'attend d'y perdre toujours et de n'y gagner jaioais rien, l'on ne s'attend pas de recevoir du secours des personnes i ont rinjusiice de nous mépriser ; parce que le mépris n'est ^ seulement une preuve certaine qu'on manque actuellement charité et de bienveillance, mais encore qu'on so trouve fort igné d'en avoir jamais.
^il. A l'égard de nos ennemis et de nos persécuteurs, il est tain que l'estime est un devoir plus général que celui de la lîveillance. On peut ne pas vouloir de certains biens à ses
Malebranche n'attache certainement pas à ce mot de pei'sonne toute l'impor- ^ que la philosophie lui donne depuis Kant. Il s'agit bien cependant, et la ^ae qui va suivre achevé de le prouver, de la personne considérée comme agent ^, capable de mérite et de démérite, capable d'être « justifiée » et sauvée par 1. D'accord ou non avec l'ensemble de sa doctrine, Malebranche croit ferment que c'est là ce qui fait la valeur de la personne.
f>nnem>>. panv que i'amoar que l'on se doit à soi-même obli • •u du moinji permet de ne pas désirer qu'ils aient le poui de niius nuire. Ainsi onus pi^uvons en quelque manière m «|uer de hienvHjllance pour nos persécuteurs, sansmanqw iM> devoirs fi li'ur épard. Car il n'y a que les vrais biens i l'un dniw toujours souhaiter à ses ennemis *. Mais la perse lit in qut* nnus font les srens ne doit point par elle-même di nuer l\*siiine qu>? nous leur devons. Elle doit au contraire Ta m»*nter en ce sens, que nous devons leur en donner des n quHS plus sensibles Pt plus frr*quenles. On peut passer dev son ami. ou même son pt»re, sans le saluer, ce n'est poini lui f.iire insulte. Mais on insulte à son ennemi lorsqu'on ne renrl point ce di»voir, parce qu'il n'a pas pour nous les mêi s»*niinj»^nis que les autres hommes. Il a sujet de croire quec ini'pris, et nos amis jugeront bien que c*est pure inadv tanci* '.
Vîlf. Mais de plus, il n*y a rien qui désunisse si fort hininii«»s que le mi'M»ris : car personne ne vent être compté p rien dans la société qu'il fait avec les autres : personne ne v fairp la dernitTe partie du corps qu'il compose avec eux *. A des esprits déjà irrités, des hommes déjà séparés par queli inimitié, ne peuvent jamais se rejoindre, quand le mépris évi(|j»nt. Mais par une raison contraire, les inimitiés morte IKMivent se dissiper lorsqu'on se rend mutuellement des i voirs d'estime, et que l'on marque par là que, bien loin prétendre un ran^^ supérieur dans la société qui se veutf MUT, on le défère volontiers aux autres, et qu'on leur n justice et à soi-même, selon le jugement qu'ils portent de nf mérite et du leur. L'amour-propre et rorjrueil secret ne [ mettent guère qu'on regarde longtemps comme ennemi et (jui nous donne volontairement des marques qu'il est persui de notre propre excellence.