‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 169 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS. i · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS. i

ae les hommes en font. Les êtres mômes qui n ont point d'autre erfection que celle de leur nature, sont préférables n ccmix (|ui Q ont d*acquises. Un diamant brut n*a pas tant do beauté que a verre bien taillé et bien poli, mais il mérite boaunuip plus 'estime, les choses étant comme elles sont. De sorle, (ju'un lOrame passerait avec raison pour un fou, si, voulant faire le ihilosophe, il préférait une mouche à une émerande. et rej^ariait comme an caillou un diamant brut de fort ^raiid prix.

XII. Car il ne suffit pas, pour jujrer de l'estime qu'cm doit aire des choses et des personnes, de les; considérer en ellesnêmes : il faut que Tesprit s'étende aux différents rapports îïï'elles peuvent avoir avec d'autres beaucoup plus estimables. Les l)onnes grâces du Prince donnent du relief aux personnes les plus viles, et l'estime que les hommes font des choses, doit régler leur prix, et par conséquent notre estime extérieure et relative, si nous ne sommes résolus à les mépriser enx-mAmes Btànous rendre ridicules et méprisables. Ce (|u'(»n doit seuletnent observer, c'est de ne se pas laisser f^^âter l'esprit |)ar les jngements qu'on fait ordinairement des choses. Notre estime ne doit être que relative, si le mérite n'est que relatif, (lar, quoique les hommes estiment davantafre l'or et rarjj:ent (lue le cuivre et le fer ou que les corps organisés des moucherons, il Qe faut pas rendre ce devoir d'estime à l'or et k l'argent, mais itii hommes qui en portent un faux jugement. Il ne faut pas loger des personnes ou des choses comme les hommes en jugent ipi attribuent aux objets de leurs passions des perfections ima- ?inaires. Mais, qu'ils soient ou ne soient pas trompés dans '^Qrs jugements, il faut estimer d'une estime relativ(; ee (ju'ils ^timent peut-être sans raison, parce que dans la société c'est estime générale qui * règle le prix des choses.

XIII. Comme le mérite relatif est souvent beaucoup plus >J*and que le mérite personnel, et que nos devoirs se doivent '%ler aussi bien sur le mérite relatif que sur le mérite personne') rien encore un coup n'est plus difficile jue de juger de ee lu'on doit faire dans les combinaisons infinies de ces dilîérents ïïérites. C'est une nécessité dans telles ou telles circonstances: 'faut manquer à ce qu'on doit à un parent en tel degré, ou à lu homme qui nous a rendu tel service, ou qui dans la société ^tel emploi et qui rend tel service k l'État. Que faire? Quelle

*• Var. C'csl ordinniromcnl lV«time qui... f1685.)

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sera la mesure commuDe pour découvrir précisément la gr^n deur de nos devoirs? Certainement, quoique l'ordre immua.1?/^ la renferme, elle ne nous est point exactement connue : etqaai?^ elle le serait, il y a souvent tant de rapports à cx)mparer, qu'on ne saurait encore à quoi se résoudre, si on attendait que ïévidence nous marquât précisément tout ce que nous devons faire.

XIV. On sait bien que, toutes choses égales, il faut préférer j certains parents à d'autres, ses parents à ses amis, son prince à son parent et à son ami. Mais faut-il préférer un parent à quatre, ou huit amis; tel parent ennemi à tels amis en particulier? C'est là ce qui embarrasse. Car il faut dans un mêmft temps avoir égard aux droits de la parenté, à ceux de l'amilié, à ceux de la société. De sorte qu'il arrive souvent qu'on doit préférer son ennemi à son ami : son ennemi, ami de ses parents, considéré du prince, propre à servir l'État, à son ami, personne. assez inutile à l'État, ou qui n'a que de la froideur pour ceux qui nous doivent être les plus chers. Ainsi, il n'y a point de j règle générale, et qui ne souffre mille et mille exceptions, pour ■ se conduire dans les devoirs d'estime, de respect, de bienveil- j lance qu'on doit rendre aux autres hommes. Et ce qui brouille | extrêmement tout ce qu'on pourrait dire sur celte malière, c'est qu'autres sont les devoirs d'estime, autres ceux de respect, autres enfin ceux de bienveillance, et que souvent, dân:J une môme espèce, on doit préférer tel, à l'égard des devoirs de bienveillance, à tel autre à qui on doit absolument rendre les devoirs d'estime et de respect.

XV. Comme ce sont donc les diverses circonstances qui changent et règlent l'ordre de nos devoirs, circonstances qu'il n'est pas possible de prévoir, il faut que chacun les examine avec soin, et qu'il rentre en soi-même pour consulter la loi immuable, sans avoir égard à des faux intérêts que les passions représentent sans cesse ; et que dans l'incertitude, on s'adresse a ceux qui sont plus savants que moi dans ces matières. Qa'ot^ consulte, dis-je, ceux qui ont beaucoup de charité, de prudence et de capacité, plutôt que ceux qui ont la mémoire remplie ^^ certaines règles générales, insuffisantes pour décider dans 5^^ circonstances particulières, et qui manquent souvent de b^ sens et de charité. La seule règle générale que je m'avance ^^ donner présentement, règle qu'on ne suit guère, et qui paraît néanmoins la plus sûre, c'est qu'il faut préférer les cl

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