DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS. 19f
irs de l'amitié en Jésus-Christ, et de la société éternelle, aux roirs ordinaires d'une amitié et d'une société qui doivent Unir Bc la vie. Je m'explique.
KVI. Le fini, quelque grand qu'il puisse être, ne peut avoir r lai-môme aucun rapport à l'infini. Dix mille siècles par pport à l'éternité ne sont rien. Le rapport de l'étendue de al rUnivers à des espaces qui n'auraient point de bornes, ne iQt s'exprimer que par zéro. L'unité divisés par mille millions (Chiffres, dont la progression serait d'un à mille millions, au md'an à dix, serait encore une-frnction infiniment trop grande mr exprimer ce rapport, parce qu'effectivement ce rapport I nul. C'est là mon principe. Or, on possède Dieu en l'autre e, et on le possède éternellement. Donc, la possession de l'emre de l'univers par rapport à la possession des vrais biens, temps de la jouissance de cet empire par rapport à l'éternité ) la vie future, c'est zéro: leur rapport est nul. Tout s'éclipse s'anéantit à la vue de l'éternité. Les grandeurs humaines et J plaisirs qui finissent avec la vie, joignez-y tout ce qu'il vous aira pour vous contenter, tout cela disparaît lors(iu'on y >nse, et qu'on sait qu'on est immortel. Tout cela n'est et ne ûtôtre compté pour rien. C'est de quoi aussi on demeure asi d'accord.
XVII. Qu'on suive donc ce principe, et on verra que celui ti est un sujet de chute à une seule personne, est plus cruel te le très cruel Phalaris: qu'il est juste qu'il souffre, comme
misérable prince, le même feu où il fait tomber les autres, qu'il vaudrait mieux pour lui, comme le dit Jésus-Christ, l'on le précipitât dans la mer, une pierre au cou.
XVIII. On verra au contraire que celui qui travaille sous sus-Christ à la construction du Temple éternel, le plus grand tîhitecte qui fut jamais ne lui est nullement comparable : son ivrage subsistera éternellement, et il ne paraît plus rien du tïjple du grand Salomon, la demeure du Dieu vivant, la oire de tout un peuple.
XIX. On verra clairement qu'un corps difforme, un esprit ïarre, une imagination vive et^ déréglée, un homme sans >nneQr dans le monde, sans biens, sans amis, sans aucune lalité avantageuse, mais qui dans le fond a delà piété, craint
aime son Dieu, est infiniment plus digne de notre estime le le plus bel homme du monde, le plus chéri, le plus honoré >tirse8 qualités admirables, mais qui dans le fond a quelque
peu moins de religion. Ceri.iinemenl, on n'oserait pas dire que Dieu juste juge préfère celui-ci à celui-là. Nous sommes donc oblijrés de le préférer nous-mêmes, supposé que nous soyons suffisamment convaincus de la différence de leur piété.
XX. Qu'on ait plus d'estime de la qualité de médecin quede celle d'avocat, cela est assez indifférent. Cela dépend descoatumes qui changent selon les lieux et selon les temps. Mais qu'on ait plus d'estime de la qualité de prince que de celle de chrétien, de la qualité de gentilhomme que celle de prêtre, selon Tordre du Fils de Dieu, cela n'e^t point indifféreûl. Ce n'est pas qu'il ne faille rendre à son prince bien d'autres devoirs qu'à son curé. Il a la puissance souveraine : il faut loi rendre les derniers respects et l'obéissance en toutes choses.
.XXI. J'ai deux parents ou deux amis, dont l'un est un bon Missionnaire qui travaille utilement à l'édiQce de l'Eglise; l'autre est. consommé dans les sciences humaines, grand géor mètre, savant philosophe : il sait les histoires de toutes les nations et parle leurs langues. Mais je ne vois pas que sa science ait des suites avantageuses à la société éternelle : il me semble même que je vois le contraire. Lequel des deux est le jpliis estimable? L'un et l'autre ont besoin de mon secours, lequel sera préféré? Certainement ce sera ce bon prêtre, ce bon caiéchiste que le monde méprise, et non ce savant homme que le monde adore. Je puis bien donner à celui-ci des plus grandes marques d'estime dans beaucoup de rencontres, de peur de blesser sa délicatesse. Car ceux qui ont de grands talents selon les app*' renées, ou selon le jugement des hommes, croient que loûl leur est dû : et pour ne point les offenser, on peut qu^'' quefois leur rendre des honneurs * qu'ils ne méritent point : car c'est la charité qui doit régler nos actions extérieures, ^^ quelquefois par condescendance aux faux jugements des hommes. Mais pour mon estime et ma bienveillance, je la dois à ceux qui ont le plus de rapport à la société éternelle préf<^' rablement à toute autre, fussent-ils mes ennemis déclarés, ^^ les derniers des hommes aux yeux du monde corrompu.
XXI ï. Dans telles et telles circonstances, c'est une nécessilô"^^ scandaliser son prochain, ou de perdre l'honneur et la vie. On ne peut bien défendre la vérité, sans rendre ridicule celui qu' l'attaque et son parti méprisable. On ne peut rendre service à