‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 175 sur 235 · H TRAITÉ DE MORALE · texte numérisé non relu

H TRAITÉ DE MORALE

vivement frappés par les objets qui nous environnent, noas y pensons toujours, et toujours avec quelque mouvement de passion. Et comme nous jugeons naturellement de la solidité des biens par l'impression qu'ils font sur Tesprit, nous les regardons avec estime, nous les désirons avec ardeur, nous les embrassons avec plaisir. Ainsi nous croyons que ceux-là n'ont point d*amitié pour nous, qui nous arrêtent dans notre course, i au lieu de se joindre avec nous pour attraper la proie qui nous j échappe.

X. Les chiens se font mutuellement mille caresses dès qu'ils ] voient qu'on se prépare à la chasse. Ardents à la proie, ils | s'excitent machinalement les uns les autres, et souvent même \ celui qui les conduit : et cela par des sauts, des bonds, des vire- | voites qui en exigent de pareilles; toutes les machines, du moins celles qui sont de même espèce, étant faites pour s'imiter mutuellement l'une l'autre. On prend le plus ardent, celui qui fait partir le gibier de trop loin : on le renferme et on s'en va. Que de gémissements, que de hurlements, que de marques sensibles d'une douleur très cruelle I Tout cela n'est que jeu de machine. Il en est de même de ceux qui ne connaissent point les vrais biens et qui ont quelque passion en tête. Qu'on n'entre point dans leurs desseins, qu'on ne les favorise point, qu'on s'y oppose ; ils ne cesseront point de reprocher qu'on manque aux devoirs de la société, de l'amitié, de la parenté, qu'on les rend malheureux, et qu'on se déclare leur persécuteur. Si on les convainc par raison , c'est qu'on veut faire le Caton. Si on prétend les retenir par la religion , on fait le dévot, on deviefll bigot. C'est la machine qui joue son jeu, et qui le jouera long' temps. Les dévots demeureront bizarres et capricieux, sans honnêteté, sans amitié, sans complaisance. On les fuira tonte sa vie, comme des gens avec qui on ne peut lier de société, parce qu'en eflFet on ne peut lier de société que dans l'espérance de se procurer les mômes biens. Or les personnes de piété cherchent les vrais biens, pour lesquels ceux-là ne se sentent aucune inclination, qui n'ont du goût et du sentiment que pour les objets de leurs passions.

XI. Comme les gens de bien sont véritablement animés de la charité, ils ne rompent jamais par ressentiment avec ceux (iO\ vivent dans le désordre. Ils espèrent toujours les en retirer par leur exemple, leur patience, leurs conseils, favorisés de la grâce. Comme ils sont convaincus de la vérité de leurs propres

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