‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 176 sur 235 · DVUXIËME PARTIE. — DES DEVOIRS · texte numérisé non relu

DVUXIËME PARTIE. — DES DEVOIRS

iemiments, et pénétrés de la douceur des vrais biens dont ils [Onissent déjà par une espèce d'avanl-f^oût , ils ne pensent qu*à Wre voir aux autres ce qu'ils voient eux-mêmes : ils voudraient bien leur donner du g:oût pour la source féconde de tous les plaisirs. L*horreur qu'ils ont du vice les anime, et les fait pnrfer un langage qui désole ceux qui se trouvent heureux, lorsqu'ils suivent le mouvement agréable de leurs passions. Tout ttUfait qu'un débauché, et par débauché j'entends tous ceux qui ne regardent point l'Ordre immuable comme leur loi ou la Tègle inviolable de leur conduite, ceux qui trouvent que la Rnilonest un joug insupportable : tout cela fait, dis-jc, (iu*un drbaiiché regarde ordinairement les gens repliés comme des per- «écuiears, qu'il évite leur conversation avec une espèce d'horrtur, et qu'il ne veut point former avec eux une espèce de société, persuadé qu'il est intérieurement qu'ils ne quitteront pas tes biens solides pour entrer dans ses desseins et courir avec loi après des fantômes qui se dissipent dans le moment qu'on tes embrasse.

Xil. Mais ces sortes de gens ne manquent pas de se plaindre qu'on confond les lois de la religion avec celles de la nature : qae les devoirs ne sont bons à rien dans le monde, que ce sont ^ entêtés, et de fort malhonnêtes gens. Ils veulent qu'on ^isseavec eux en bon parent, en bon ami, en bon citoyen, et lion point en homme prévenu, disent-ils, de sentiments qu'ils îte goûtent et n'approuvent pas. Mais c'est ce qui n'est pas possible. Ou ne peut agir que selon ses lumières. Celui qui voit ciair laissera-t-il tomber un aveugle dans un précipice sans s'écrier et le retenir? Et cet aveugle aurait-il raison de se plaindre du. service qu'on lui rend, en disant à son ami : Laisseztûoi faire, pensez- vous voir mieux que moi? Nous sommes tous des aveugles ; croyez-moi, vous êtes prévenu. N'ai-je pas plus d'intérêt que vous à ma conservation ? Suivez-moi plutôt en aveugle, de compagnie : je sens bien que je suis dans le plus ^au chemin du monde.

XIÏI. Si je rends service à mon ami selon ses désirs, je le P^rds, et je me perds avec lui. Voilà le préjugé qui m'aveugle. Peut-être a-t-il quelque raison de me plaindre. Mais il n'est P^s raisonnable, s'il s'imagine que je renonce à l'amitié, ou *''ï y renonce lui-même. Si cet ami n'était pas chrétien ni capable de le devenir, si la mort devait nous anéantir tous tant ^Qenous sommes, je pourrais peut-être lier avec lui une so-

ciété telle qu'il souhaite, et avoir pour lui Tamitié qu'il a poar moi. Je pourrais être bon parent, bon ami, bon citoyen, selon ridée qu'il a de ces qualités. Mais Téternité chadge la face des \ choses, et c'est la dernière folie que de n'y avoir point d'égard.

XIV. Un chrétien, un prêtre, un gentilhomme, un ami, ne ! sont point quatre personnes différentes. Lorsque le gentilhomme sera en enfer, où sera le prêtre et l'ami? Ces qualités étant in- i sépirables dans une môme personne, si le prêtre croit avoir droit de faire le gentilhomme, il est évident qu'il se trompe; et

si je le conseille différemment selon ses diverses qualités;, certainement je l'abuse. Quand des qualités sont inséparables, c'est la plus excellente qui doit tout régler : et quoiqu'on puisse faire des abstractions lorsqu'il n'est question que de raisonner en l'air, il faut tout joindre ensemble quand on doit agir.

XV. Soit donc qu'on fasse l'aumône aux pauvres, soit qu'on visite les malades et les prisonniers, soit qu'on instruise les ignorants, ou qu'on assiste ses amis de ses conseils, soit qu'on fasse toute autre action de charité ou.de devoir; il faut tout rapporter au salut du prochain, et penser sans cesse qu'on vil avec des chrétiens, et qu'ainsi on doit faire les actions qu'eiig^ de nous la société éternelle que nous avons tous en Jésus- Christ. H faut assister les pécheurs, les hérétiques, les païens mêines, parce qu*ils peuvent entrer dans cette société bi^^' heureuse ; et l'on doit beaucoup plus plaindre ceux qai en sot^^ exclus que ceux qui sont en servitude dans une terre élt^^' gère. On doit travailler avec plus d'ardeur à les y faire rentr^^; qu'à conserver cette vie misérable : vie, dis-je, qu'on ne d^^^ beaucoup estimer, que parce que c'est un temps qui a rapp^^^ à l'éternité, et qui la peut mériter par la grâce que Jié^'^^ Christ souverain prêtre des vrais biens distribue aux homn^ pour les solliciter à entrer avec lui en communion d'une mô ^ félicité.

XV[. A l'égard des devoirs de respect ou de soumission ex ^^ rieure et relative, comme ils sont dus à la puissance, il ne C^ pend point de nous de les proportionner au mérite * des p^ sonnes, ni de les régler selon nos lumières par rapport ai^ besoins de la société éternelle que rious avons en Jésus-r:hris=^ H faut suivre les coutumes et les lois de l'Etat, où Dieu nous^

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