DEUXIÈME PARTIE. — DES DEVOIRS
iassi se trouve-t-on natarellement porté à mesarer le respect lu à la grandear et à la puissance, à proportion qu'elle se fait «mir. Certainement lorsqu'on est en la présence du Tout- Pnissant, il faut que Tesprit se prosterne. Or quoiqu'on soit toujours devant Dieu, on se met en sa présence d'une manière particulière, lorsqu'on aborde son supérieur qui en est l'image. II ne suffît donc pas de prendre au dehors un air respectueux Bt craintif. Mais il faut encore que Tesprit s'bumilie, et respecte la grandeur et la puissance de Dieu dansla majesté du prince.
III. Comme il n'en coûte guère de rendre aux Puissances les devoirs de respect, et que même le cerveau est construit de manière que l'imagination s'abat volontiers à Téclat qui les environne , il n'est pas fort nécessaire que j'en parle davantage. Mais comme l'obéissance exacte à leurs ordres est un sacrifice continuel, bien plus difOcile à faire que celui dégorger des victimes, l'amour-propre e1i est un ennemi irréconciliable. Peu de gens s'acquittent chrétiennement de ce devoir, ou dans l'attente îtie celui * qu'on honore en la personne du Prince soit leur unique récompense. Presque tous se dispensent autant qu'ils ponventy de rendre une obéissance qui les incommode; et Quelques-uns obéissent mal à propos à des commandements iniostes, pour ne pas connaître exactement l'ordre de leurs devoirs. Car, comme les Puissances différentes • ont des droits ^parés, leurs différents intérêts se mêlent de manière qu'il y a beaucoup de difficulté à reconnaître à qui il faut obéir; et dans ^ rencontres chacun suit son humeur ou son utilité particu- 11^1%, faute des principes qui règlent leurs actions. Je vais tài^Iierd'en expliquer quelques-uns qui pourront donner quelque ■ouverture à l'esprit, pour reconnaître plus distinctement ces fevoirs.
IV. Il n'y a dans le monde que deux Souveraines Puissances, ^Civile et l'Ecclésiastique : le Prince dans les états Monar- 'hiques », et l'Evêque : le Prince image de Dieu tout-puissant, 't son Ministre sur la terre, l'Evoque image de Jésus-Christ, 't son Vicaire dans l'Eglise. Le Prince ne tient que de Dieu
*• Bien.
2* Var. Opposées. (1684.) . ^* Dans les États non monarehiqnes, les représentants de la pmssance cirile va- *^>>t, selon les constitutions et les osages. Il est clair que Malebranche ne songe |f|" à les exclure, et que Texemple qu'il tire du « Prince », n'est pas, comme on ™' limitatif.
•21-i TRAITÉ HE MORALE.
seul ', non plus (|iio l'ËvcMiue, son autorité sur les auln humilies; l't l'un vi l'autre n'eu doivent user que comme Die nu'^uus par rapport ti TOrdre immuable, la Raison uiiiverselli la loi inviolable de toutes les inlellig^ences, et de Dieumôme.l Prinre. iu»anmoins a une puissance plus absolue que rEvêqn( Il a Tautorilé de faire des lois, et il n'y est point soumis'.] ]n»ut agir avec empire, sans rendre raison de sa conduite personne : parce (ju'il semble qu'il ait plus de rapport à Diec comme puissance, (|ue comme Raison : à Dieu revêtu de gloir et de majesté, (lu à un Dieu fait homme et semblable à noos à Jésuf-Christ dans sa pïoire, qu'à Jésus-Christ humilié suri lern^ et revêtu de notre bassesse et de nos intirmités. Mai rKvé«|ue a plus de rapport à Dieu, comme Sagesse, comme Rai son incarnée et revêtue de nos faiblesses, qu'à Dieu comm puissance absolue et indépendante: à Jésus-Christ sur la lem conversant familièrement avec les hommes, qu'à Jésas-Chrii glf)rieu\ et établi Souverain Seigneur de toutes lesnationsd monde. Vous savez * dit Jésus-Christ à ses Apôtres, que lesRo\ dv la terre arfissent en maîtres , et que les grands traitent l antres avec em\tire *. Qxiil n'en soit pas de même parmi vous, l Fils de r homme n'est pas venu pour être servi, mais pour rcnà service et répandre son sarig pour le salut des hommes. Ce n'c!
1. Malchranclio «;nt<;nd par là : 1<* qu'il ne la lient pas de l'autorité ecclésiastiqu du Papo; 2*» qu'il ne la lienf pas non plus du peuple qu'il jrouvernc. Quanta dlsIiiK'.tion de la iiéi-cpsité absolue d'une jmissaneo publique et de la délégation» ••«'H»' puissance à tels ou tols rejn-ésuntants, sous certaines formes et conditionsd • «TiuiriéoM, Malebrancbt» ne semble pas l'avoir faite.
2. Il ost inutile de relever ces théories, communes k Malebranche, à Bossuet, pri«s(jiio tous les écrivains du xvii' siècle.
A. Math. x.\, 2."). (Noie marginale do M.)
■i. (a) laiiga^'-o ne ressemble gucre k une approbation. Mais toute celle apoloj
di» la puissance absolue des princes n'est pas .«^ans une nuance de dédain, lis so
Mii'ius éclairés que les évcques, el pourtant leur pouvoir est plus étendu, voilà
qu,' Malebranche semble d.re. Kt il faut observer qi;'. n fait, les théologions «
\x !i» siècle, à commencer i)ai- l'auteur du Traité de la nature et de la grôre, à
,.,' licut beaucoup plus avec l'autorité ecclésiastique qu'avec l'autorité civile. C'(
. ,. i.oîir eux la première est tenue d'avoir toujours raison, tandis qu'on n'en «
\ . ■. t.-t doinandor ù la .««oconde. On abandonne donc à celle-ci le soin des intér
^ . ,«•«1. choses (hî « conje(!lure », « d*ex[)érience », et ne valant guère la P^'
.., ■c-î'^te. .\ ce prix on a ou on espère avoir la paix, le seul des biens teni]
• ^ j t. quelque chose de la valeur des spirituels. « Le plus grand des ma'
■.,^-»'- ^*"'' !*'•'' guerres civiles. Le mal à craindre d'un sot, qu; succède pardi
^^^ = -.'. r.est ni si grand, ni si sûr. » {Pensées, art. v, li, édition Havet.)
^ -i". l'« partie, ch. n, par. 13. Voyez dans les Pensées de Pascal.
... ■ .i-a^JT. 7 et la note do M. ilavet.