U TRAITÉ DE MORALE
l'exécution de ses volontés. Ainsi les droits naturels essentiels et primitifs de la souveraineté temporelle sont, autant que l'ordre le permet, tous les moyens nécessaires à la conservation de l'État ; et les droits naturels de la puissance ecclésiastique sont tous les moyens nécessaires * à TédlGce de TËglise de Jésos- Christ.
VII. Mais comme TEglise et TEtat sont composés des mêmes personnes, qui sont en même temps Chrétiens et citoyens, enfants de TEglise et sujets du Prince, il n'est pas possible que ces deux puissances, qui se doivent mutuellement respecter, et qui doivent ôtre absolues et indépendantes dans Texécutionde leur charge, exercent leur juridiction et exécutent Tordre de leur maître commun, si elles ne sont parfaitement d'accord, et si môme dans certaines circonstances elles ne cèdent matnellement Tune à l'autre quelque chose de leurs droits. C'est pour cela que le Prince par concession de l'Église a droit à la nomination de plusieurs bénéfices, et que l'Église par concession du Prince possède maintenant des biens temporels '. Ces sortes de droits ne sont point naturels, parce que ce ne sont point des suites nécessaires ou naturelles de l'Ordre que ces diverses pais^ sauces ont reçu de Dieu. Ce sont des droits de concession qni dépendent d'un accord mutuel, dont la fin ne doit être que celte que Dieu a eue dans l'établissement de ces deux puissances.
VIH. Comme l'Église de Jésus-Christ, le Temple étemel, est le grand, ou plutôt l'unique dessein de Dieu, puisque les sociétés et les royaumes de ce monde périront, dès que l'ouvrage de celui qui seul est immuable dans ses desseins, sera achevé, il est visible que l'Etat se rapporte et doit servir à TËglise? plutôt que l'Église à la gloire et même à la conservation à& l'État : et qu'un des principaux devoirs d'un Prince chrétien» c'est de fournira Jésus-Christ les. matériaux propres à être sanctifiés par sa grâce, sous la conduite de l'Évêque, et à former l'édifice spirituel de l'Église ^. C'est principalement pou^*
1. Var. Tous les moyens légitimes qui sont nécessaires. (1684.)
2. Les théologiens, en reconnaissant que l'Église ne peut posséder de biens temporels que par concession de la souveraineté temporelle, ajoutent que celte concossion n'est pas « une aumône qui n'oblige à rien, mais un salaire; >• nonpa-«"i" bienfait pur et gratuit, mais « une solde, un honoraire payé à titre de justice » pour services ayant été ou devant être rendus à la société chrétienne.
3. Malebranche, comme ses contemporains, se place ici à ce double point de ▼«c: 1' Que le Prince a sur ses sujets toute autorité; 2' qu'il est chrétien, et obligé àe tout faire selon son pouvoir (or ce pouvoir est posé, sans discussion, comme «b-