CHAPITRE DIXIKMK
D69 devoirs domestiques da mari et de la femme. Princi{ic de ces devoirs. De ceux des pères à Tégard de leurs enfuots, par rapport à la société étemelle^ et à la sociélé civile. De leur in^lruction dans les sciences et dans les mœurs. Les pères leurdoiveiil l'exemple, et les conduire par Raison. Ils n'ont point de droit de les outrager. Les enfants leur doivent Tobèissance en toutes cIioFes.
1. Gomme ceux qui gouvernent l'Etat n'ont point un rapport continuel à tous les particuliers qui le composent, et (]u'il se trouve bien des gens qui dans toute leur vie ne regoivcnt aucan ordre de leur souverain ni de ses ministres, ce que jo viens de dire dans le chapitre précédent, n*cst pas d'un si j^rand usage que l'explication des devoirs mutuels d'une fenune et d*un mari, des enfants et des parents, des maîtres et des valets, d'un juge et de ceux de son ressort, de la sociélé des personnes qui se voient k tous moments, et qui ont entre eux mille ditîérents rapports. Ainsi il faut s'instruire plus particulièrement de ces devoirs domestiques. Je vais tâcher d'en étahlir les principes, afin que chacun en puisse tirer facilement les conséquences.
IL L'union la plus étroite que les personnes puissent avoir ensemble, c'est celle de l'homme et de la femme : parce que celte union est figure expresse de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise. Celte union est indissoluble , parce que Dieu étant immuable dans ses desseins, le mariage de Jésus-Christ et de son Eglise subsistera éternellement K Cette union est naturelle,
t. Il ne faudrail pas croire qu'il n'y ail pas de raisons naturelles à alléguer en faT6ur de rindissolubilité de ce contrat, si éloigné do ressembler à tous les autres.
•iL>0 TRAITÉ DE MORALE.
et les deax sexes par leur conslruclion particulière, et en conséquence des lois admirables de runion de Tâme du corps, ont Tun pour l'autre la plus violente des passions : parc^ que J'*mour de Jésus-Christ pour son Eglise, et celui de TEglise pour son Seigneur, son Sauveur et son Époux, est le plus grand amour qui se puisse imaginer. Cela est clair par le cantique dei cantiques. Car enfin Thomme et la femme sont réciproquemeot faits l'un pour l'autre ^. Et si on peut concevoir queDieaes les formant n'ait pas eu dessein de les unir ensemble, on comprendra aussi que l'incarnation du Verbe n'est pas nécessaire. On comprendra que le principal ou l'unique dessein de Dieo, qui est plus particulièrement figuré par le mariage derhomme et de la femme que par toute autre chose, nesl pas l'établissa^ ment de son Eglise en Jésus-Christ qui en est la base et le fondement, en qui même l'univers subsiste, parce qu'il n'yaqne lui qui tire tout l'ouvrage de Dieu de son état profane, et qal le rende par sa qualité de Fils, digne de la majesté du Père^
III. Ce principe fait assez comprendre que les devoirs matueis de Jésus-Christ et de TEglise sont le modèle de ceux des femmes et des maris ; et que le mariage des chrétiens, à l'imitation de celui des premiers hommes^ étant la figure de celoi de Jésus-Christ et de l'Eglise, il ne doit point démentir par ses suites et ses circonstances la réalité qu'il représente. C'est pour cela que saint Paul tire de ce même principe les devoirs que les femmes et les maris doivent mutuellement se rendre. Voici ses paroles :
IV. Que les femmes soient soumises à leurs maris comme (^ Seigneur : parce que le mari est le chef de la femme, comme ^àus- Christ est le chef de V Eglise qui est son corps, de laquelle il est aussi le sauveur. Comme donc VEglise est soumise à Jésus-Christ, les femmes aussi doivent être soumises à leurs maris en toutes choses : Et vous maris, aimez vos femmes comme Jésus-Christ a otwfi
1. Indcpendamniont de toute figure et. de tout symbolisme Ihéologiqae, Malebranche croit aux causes finales et affirme (contrairement à Descartes) l'évidence de certaines causes finales dans la structure du corps humain. (Voyez la i\*à& Méditations chrétiennes.)
2. On sait à laquelle de ses grandes théories Malobranche fait ici allusipn; Malebranclifi professe que, sans l'Incarnation, le monde n'eût pas été digne de Dieu cl n'eût pas mérité de subsister. Lés théologiens n'ont pas été plus satisfaits quelW philosophes, de cette conception qui rend le péché d'Adam nécessaire et enlèT® • la pure nature toute dignité comme tout mérite. (Voyez le Traité de la natvff *» de la grâce.)