‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 184 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS. il'l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS. il'l

IX. Afin qa'un père on une mère conserve dans ses enfants Le droit inestimable qu'ils ont acquis par le baptême iirh(Tita<;e de Jésus-Christ, il faut qu'il veille sans cesse à oter de dt>vant leQjrs yeux les objets capables de les tenter. Cest leur an<,'c tutélaire, il doit lever de terre toutes les pierres qui peuvent les faire tomber. C'est à lui à les instruire des mystères que la foi noQS enseigne, et par elle les conduire peu à peu jusqu'à Tintelligence des vérités fondamentales de la religion, pour les affermir dans Fespérance des vrais biens et dans un généreux mépris des grandeurs humaines. 11 doit aussi perfectionniT leur esprit, leur apprendre à en faire usage. C'est par la raison qu'il doit les conduire, car il n'y a point de loi plus parfaite, qae celle que Dieu môme suitinviolablement. Mais il faut commencer par la Foi : parce que l'homme, et principalement les jeunes gens, sont trop sensibles, trop charnels et trop répandus an dehors, pour consulter la raison qui habite en eux. Il faut qa'elle paraisse au dehors revêtue d'un corps qui frapp*^ leurs sens. Ils doivent se soumettre à une autorité visible, avant (|ue de pouvoir contempler l'évidence des vérités intelligibles. Un père ne doit aussi jamais rien accorder à ses enfants de ce «{u'ils désirent, mais toujours tout ce que la raison demande pour eox : car la raison doit être la loi commune, la règle générale de toutes nos volontés. Il faut accoutumer les enfants à la suivre, aussi bien qu*à la consulter. Il faut qu'ils rendent raison de leurs désirs bonne ou apparente; et on peut y condescendre, <lQoique peu raisonnables, pourvu qu'on juge qu'ils aient dessein de suivre la raison. Il ne faut pas les chicaner, de peur de les rebuter *. Mais c'est un précepte indispensable, on ne doit agir que par raison. L'esprit ne doit jamais rien vouloir par lui-môme ; car il n'est point à lui-même sa règle ou sa loi. 11 ne possède point la puissance : il n'est point indépendant. Il ne doit vouloir que par dépendance de la loi immuable; parce Qu'il ne peut penser, agir, jouir du bien que par dépendance de la puissance divine. C'est ce que les jeunes gens doivent savoir : mais c'est peut-être ce que les vieillards ne savent pas : c'est assurément ce que tous les hommes n'observent pas.

'• Ceci est très finement observé : dans leurs jeux, dans leurs démonslrnfions

*roitié, dans leurs questions, dans leurs tentatives d'explication, "los enfants (iiil

'«isonnement, une logique à eux qu'il ne faut pas décourager; c'est la prépa-

'on. n'est l'ébauche d'une raison (ju'ils ne peuvent pas encore entendre et qu'il

••lit ou im])rudonce ou ridicule à vouloir lojir imposer prématurément.

X. Il faat prendre garde à ne point charger la mémoire des enfants de mille faits peu utiles, et qui ne sont propres qu'à troubler et qu'à agiter un esprit qui n'a encore que très peu de fermeté et d'étendue, et qui n'est déjà que trop troublée trop ému par l'action des objets sensibles. Mais il faut tâcher de leur faire clairement comprendre les principes certains des sciences solides : il faut les accoutumer à contempler les idées claires; et surtout à distinguer l'àine du corps, et reconnaître les propriétés et les modifications différentes de ces deux substances dont ils sont composés. Bien loin de confirmer leurs préjugés, de prendre leurs sens pour juges de la vérité, de leur parler des objets sensibles, comme de la véritable cause de leurs plaisirs et de leurs douleurs, il faut leur dire sans cesse que leurs sens les séduisent, et s'en servir devant eux comme de faox témoins qui se coupent, pour découvrir leurs illusions et leors tromperies.

XI. On meurt à dix ans, aussi bien qu'à cinquante ou à soixante. Que deviendra donc à la mort un enfant dont lecœar se trouvera déjà corrompu, tout plein de l'estime de sa qualité et de l'amour des biens sensibles. Â quoi lui servira dans fantre monde de savoir parfaitement la géographie de celui-ci, et dans l'éternité les époques des temps? Toutes nos connaissances périssent à la mort, et celles-ci ne conduisent à rien. Qu'il sache décliner et conjuguer, qu'il entende parfaitement, si on le veut, le grec et le latin : qu'il soit déjà savant dans l'histoire et dans les intérêts des princes : qu il promette beaucoup pour le monde, pour lequel il n'est pas fait. A quoi bon toutes ces vanités, dont on remplit son esprit et son cœur *? Y a-t-il dansl»^ ciel des récompenses solides pour de vaines études, des places d'honneur destinées à c^ux qui composent un thème sans faute? Dieu jugera-t-il les enfants sur une autre loi que sur Tordre immuable, que sur les préceptes de l'Evangile, qu'ils n'auront ni suivis ni connus? Les pores doivent-ils élever leurs enfants pour l'Etat, et non pour le ciel; pour le prince, et non pour Jésus-Christ; pour une société de quelques jours, et non pour une société éternelle? Mais qu'on y prenne garde, ce sont les mieux instruits dans ces vaines sciences qui corrompent môme le plus l'Etat, et qui y excitent de plus furieuses tempè-

1. La réponse n'ost pas difficile : à discipliner son esprit, à lui donner des idées élevées, fortes, à orner el ù polir la société dans laquelle il est ohligé de vi\Te, cle.

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