‹ Traité de morale de MalebrancheChapitre 185 sur 235 · DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS. ?5r · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE.— DES DEVOIRS. ?5r

. On peut apprendre ces sciences : mais c'est lorsque l'esprit orme, et qu*on est en état d'en faire un bon usa«:e: et on oit pas remettre à s'intraire des vérités essentielles dans un )soù on ne sera plus, ou du moins où l'on ne sera plus ible de les goûter, de les méditer et de s'en nourrir. II. Comme il n'y a que le travail defatiention qui conduise Dtelligence de la vérité, un père doit se servir de mille rens * pour accoutumer ses enfants à se rendre attentifs, si, je crois qu'il est à propos de leur apprendre ce qu'il y a )lus sensible dans les mathématiques : non que ces sciences, ique préférables à beaucoup d'auires, soient fort estimables slles-mêmes, mais parce que l'étude de ces sciences est telle, Où n'y profite qu'autant qu'on s'y rend attentif. Car, lorson lit un livre de géométrie, si l'esprit par son attention ne iraille -point, on n'attrape rien. Or, il faut s'accoutumer dès eunesse au travail de l'esprit, car c'est pour lors que les lies du cerveau sont capables de toutes sortes d'inflexions, peut alors acquérir facilement quelque habitude de se renattentif. J'ai fait voir * que c'est dans cetie habitude que isiste toute la force de l'esprit. Ainsi, ceux qui se sont ac- Uamés dès leur jeunesse à méditer des principes clairs, et à )porier les effets à leurs causes, sont capables non seulement toutes les sciences, mais encore de juger solidement de toutes )ses, de suivre des principes abstraits ♦, de faire des décou- Hes ingénieuses, de prévoir les conséquences et les événeinis des entreprises.

5^11. Mais les sciences de mémoire confondent l'esprit, trouant les idées claires, et fournissent sur toutes sortes de sujets lie vraisemblances, dont on se paye, pour ne savoir pas disigiier, entrevoir et voir. Et c'est parce qu'on s'arrôte à des aisemblances, qu'on dispute et qu'on querelle sans cesse ^. ■r, comme il n'y a que la vérité qui soit une, indivisible, im- ^able, il n'y a qu'elle qui puisse unir les esprits étroitement

• Var. Le plus de tempotes. (1684.)

Et principalement de ceux que Malehranchc traitait si dcdaigneuseinent tout 'eare.

■A^U chapitre v, dit une note marginale de l'édition de 1684.

" n'importe pas seulement < e « suivre des principes abstraits », mais de s'ac-

iittier à saisir dans sa complexité et son harmonie le concret des choses hues.

'^ est pour cela que la rhétorique a été défmie la dialectique des vraisem-

et pour toujours. Les sciences de mémoire inspirent aussi naturellement de l'orgueil; car l'âme se grossit et s*étend, pour ainsi dire, par la multitude des faits dont on a la tête pleine '• Et quoique Tesprit ne soit alors rempli que de vide ou de choses assez inutiles, de la situation des corps, de la suite des temps, des actions et des opinions des hommes, il s'imagine avoir autant d'étendue, de durée, de réalité que les objets de la science. 11 se répand dans toutes les parties du monde; il remonte jusqu'aux siècles passés; et au lieu de penser à ce qu'il est lui-môme dans le temps présent, et à ce qu'il sera dans l'éternité, il s'oublie et son propre pays, pour se perdre dans un monde imaginaire, dans des histoires composées de réalités qui ne sont plus, et de chimères qui ne furent jamais.

XIV. Ce n'est pas qu'il faille mépriser l'histoire par exemple» et n'étudier jamais que des sciences solides, qui par elles-mêraes perfectionnent l'esprit et règlent le cœur. Mais c'est qu'il faut étudier les sciences dans leur rang. On peut étudier l'histoire lorsqu'on se connaît soi-même, sa religion, ses devoirs; lorsqu'on a l'esprit formé, et que par là on est en état de discerner, du moins en partie, la vérité de l'histoire des imaginations de rhislorien. Il faut étudier les langues : mais c'est lorsqu'on est assez philosophe, pour savoir ce que c'est qu'une langue, lorsqu'on sait bien celle de son pays, lorsque le désir de savoir les sentiments des anciens nous inspire celui de savoir leor langage; parce qu'alors on apprend en un an ce qu'on ne peal sans ce désir apprendre en dix. Il faut être homme, chrétien, Français, avant que d'être grammairien, poète, historien, étranger. 11 ne faut pas môme être géomètre pour se remplir la tête des propriétés des lignes , mais pour donner à son esprit la force, l'étendue, la perfection dont il est capable. En un mol, il faut commencer ses études par les sciences les plus nécessaires, ou par celles qui peuvent le plus contribuer à la perfection de l'esprit et du cœur. Celui qui sait seulement distinguer l'âme du corps, et qui ne confond nullement ses pensées et ses désirs avec les divers mouvements de sa machine, est par la connaissance de cette seule vérité, plus solidement savant, et plus en état de le devenir, que celui qui sait les histoires, les coutumes, les langues de tous les peuples, mais d'ailleurs si

1. Ceiîi rappelle l'aphorisme de Montaigne, qu'il vaut mieux avoir la tète bien faite que bien pleine.

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